Début juin, à minuit, je photographiais une macareux posé sur une falaise de Látrabjarg. Il faisait encore jour. Pas "encore un peu clair" — jour franc, comme à trois heures de l'après-midi. C'est la première chose que comprennent les gens qui me demandent quand venir : en Islande, la question n'est pas "fait-il beau ?", c'est "combien d'heures de noir il vous reste".
Parce que ce paramètre-là, personne n'en parle dans les guides. Et c'est lui qui décide de tout : votre sommeil, votre budget, vos photos, et si vous verrez ou non des aurores.
Points clés à retenir
- La fenêtre 10-15 jours est celle qui revient le plus souvent quand on veut faire le tour complet sans courir.
- Juin-août : lumière permanente, tout est ouvert, prix au maximum.
- Septembre-octobre et mai : le vrai compromis, à condition d'accepter que certains sites ferment.
- Le mois le plus arrosé, dans mon expérience, c'est octobre — mais la pluie islandaise est une pluie de passage, pas un déluge continu.
- La période la moins chère : novembre et la première quinzaine de janvier, juste après les fêtes.
Les meilleures périodes pour visiter l'Islande, classées par ce que vous cherchez vraiment
La plupart des articles vous donnent un tableau "saison / avantages / inconvénients". Je vais faire autrement. Je vais partir de ce que vous voulez faire, parce que c'est ça qui détermine la bonne période.
Vous voulez les aurores boréales
Oubliez l'été. Il faut du noir, et du noir il n'y en a quasiment pas entre fin mai et début août. La fenêtre réaliste s'étend de mi-septembre à fin mars, avec un pic de probabilité autour de l'équinoxe d'automne et de celui de printemps. Pourquoi ? Parce que l'activité géomagnétique est statistiquement plus instable autour de ces dates, et parce qu'il fait nuit assez longtemps sans qu'il fasse -15 °C.
Ce que personne ne vous dit : la météo compte plus que l'activité solaire. J'ai passé onze nuits d'affilée sous des ciels bouchés en février, avec un indice KP à 5. Zéro. Puis une seule nuit claire en octobre, indice KP à 2, et un rideau vert qui a tenu quarante minutes. La couverture nuageuse est votre véritable ennemie, pas l'intensité de l'aurore.
Conseil pratique : dormez avec les rideaux ouverts et un réveil toutes les deux heures. C'est moche, mais ça marche.
Vous voulez le soleil de minuit et randonner
Là, c'est juin et juillet, sans discussion possible. Les Hautes Terres (Landmannalaugar, Þórsmörk, Askja) ouvrent généralement fin juin et ferment aux premières neiges sérieuses, souvent dès la fin septembre. Si votre objectif est la randonnée longue distance — le Laugavegur, par exemple — vous avez une fenêtre de dix à douze semaines, pas plus.
Le revers : les campings affichent complet des semaines à l'avance, les locations de voiture explosent, et les sites comme Geysir ou Seljalandsfoss deviennent des parkings à touristes. J'ai vu la file pour la cascade de Skógafoss s'étirer sur cent mètres un 12 juillet. Ce n'est pas une exagération, c'est une mesure que j'ai prise à pied.
Le climat islandais mois par mois : ce que disent les chiffres, ce que dit le ressenti
Températures moyennes à Reykjavik, de mémoire et d'après mes carnets :
| Mois | Temp. moyenne jour | Précipitations | Ce que ça donne sur le terrain |
|---|---|---|---|
| Janvier | 0 à 2 °C | moyennes | Vent violent, routes parfois coupées |
| Avril | 3 à 6 °C | modérées | Neige qui fond, boue partout |
| Juillet | 12 à 14 °C | faibles | Le mois le plus doux, souvent sec |
| Octobre | 4 à 7 °C | élevées | Pluie battante, vent latéral constant |
Ce tableau est volontairement approximatif. Les valeurs exactes varient selon la station et l'année, et je préfère vous le dire honnêtement plutôt que d'inventer un dixième de degré.
Quel est le mois le plus pluvieux en Islande ?
Dans mon expérience, c'est octobre, suivi de près par novembre et décembre. Ce n'est pas un hasard : c'est le moment où les dépressions atlantiques passent le plus fréquemment sur l'île. Mais attention au mot "pluvieux".
En Islande, la pluie ne tombe presque jamais douze heures d'affilée. Elle arrive en averses courtes, souvent violentes, avec du soleil entre les deux. J'ai fait une randonnée de six heures en octobre où j'ai enfilé et retiré ma veste une quinzaine de fois. Le total de précipitations est élevé, le nombre d'heures où vous êtes réellement bloqué sous un abri est faible.
Ce qui vous mouille vraiment, ce n'est pas la pluie. C'est le vent. Un vent latéral à 60 km/h rend un simple crachin insupportable. Investissez dans une veste coupe-vent avant d'investir dans un parapluie — d'ailleurs, ne prenez pas de parapluie, il finira retourné au bout de vingt minutes.
Quel budget pour 10 jours en Islande ?
Réponse honnête : entre 2 000 et 3 500 € par personne selon la saison et votre niveau de confort. Voilà comment ça se décompose dans mes propres voyages.
- Vol Paris-Reykjavik A/R : de 180 € en novembre à plus de 550 € en juillet
- Location d'une voiture compacte 10 jours : environ 500 € hors saison, le double en été
- Hébergement en guesthouse chambre double : 90 à 180 € la nuit
- Essence pour un tour complet de la Ring Road : comptez 250 € à 300 €, l'essence est chère sur l'île
- Repas : un plat au restaurant tourne autour de 25-30 €, une bière 10 €
La ligne qui explose tout, c'est l'hébergement en haute saison. Je conseille systématiquement de réserver six mois à l'avance si vous partez en juillet. J'ai testé l'inverse une fois — arrivée sans réservation à Vík un 8 août. On a fini dans un hôtel à 320 € la nuit, chambre avec vue sur un parking.
Quelle est la période la moins chère pour aller en Islande ?
Novembre et la première quinzaine de janvier. Novembre est le mois que je recommande à quiconque veut l'Islande pour pas cher : les prix de l'hébergement chutent d'environ 40 %, les vols sont au plus bas, et les aurores sont déjà là. La contrepartie est brutale : quatre à cinq heures de jour seulement, et une météo qui peut annuler vos plans sans prévenir.
Juste après les fêtes, début janvier, c'est le deuxième créneau. Les Islandais ont fini leurs vacances, les touristes étrangers aussi. Les tarifs remontent doucement à partir de la mi-février avec l'effet "chasse aux aurores".
Attention à un piège que peu de gens anticipent : en novembre, la Ring Road dans sa partie est peut fermer plusieurs jours de suite. J'ai dû renoncer à trois étapes prévues parce que les cols étaient fermés aux voitures de tourisme. Prévoyez toujours un plan B.
Quelle est la durée idéale d'un voyage en Islande ?
Il n'y a pas de réponse unique — chacun fait selon ses moyens et ses disponibilités. Cela dit, dans mon expérience, 10 à 15 jours sur place constituent la durée idéale. C'est le temps qu'il faut pour faire un tour complet sans passer ses journées au volant.
Vous pouvez descendre à 5 jours minimum pour un premier aperçu, en vous limitant à la côte sud. Et si vous voulez vraiment tout voir, un mois de road trip est un objectif crédible.
Voici comment je découperais selon le temps disponible :
- 5 jours : Reykjavik, Golden Circle, côte sud jusqu'à Vík. C'est serré, mais ça donne une première impression solide.
- 7 à 8 jours : ajoutez le glacier Vatnajökull et la lagune glaciaire de Jökulsárlón.
- 10 à 12 jours : vous pouvez boucler la Ring Road complète, mais à cadence soutenue. Environ 3h30 de conduite par jour en moyenne.
- 14 à 15 jours : c'est là que ça respire vraiment. Vous pouvez intégrer les fjords de l'Est, le nord, et une journée sur les Hautes Terres en été.
Un chiffre qui aide à décider : la Ring Road fait environ 1 330 kilomètres. À 80 km/h constants, ça paraît faisable en trois jours. Sauf qu'on ne roule pas à 80 km/h constants, qu'on s'arrête quinze fois par jour, et qu'on ne roule pas beaucoup après 22h même s'il fait clair.
Un angle que j'aurais aimé qu'on me donne : les événements
Aucun guide ne m'a parlé du calendrier local avant mon troisième voyage. Pourtant il change la donne :
- La saison des baleines pour l'observation depuis Húsavík s'étend globalement de mai à septembre, avec un pic en juin-juillet
- Les fêtes de Þorrablót en février, avec leur cuisine traditionnelle qui demande un certain courage
- La Nuit des feux et les festivals de Reykjavik en août, qui font grimper les prix de la capitale
- La réouverture des routes des Hautes Terres, généralement fin juin — si votre voyage tombe avant, oubliez Landmannalaugar
Ce dernier point est le plus important pour les randonneurs. J'ai rencontré des voyageurs en juin qui avaient réservé leur place au refuge de Landmannalaugar et qui ont découvert sur place que le bus n'était pas encore en service.
Comment je choisirais, si vous me demandez mon avis honnête
Premier voyage et budget moyen ? Septembre. Vous gardez environ 12 heures de jour, vous avez déjà des nuits assez longues pour les aurores à partir de la mi-mois, les prix redescendent, les foules partent, et presque tout est encore ouvert. C'est la meilleure affaire de l'année.
Vous ne partez qu'une fois dans votre vie et voulez les photos ? Fin juin. La lumière dorée à 23h ne se remplace pas.
Vous voulez des aurores et n'avez pas peur du froid ? Mi-octobre ou mars. L'équinoxe joue en votre faveur, et vous dormez plus de deux heures par nuit contrairement à juin.
Ce que j'ai fini par comprendre après plusieurs séjours : personne ne "rate" son voyage en Islande à cause de la période choisie. On le rate parce qu'on a voulu trop en faire dans un temps trop court. Je préfère mille fois cinq jours bien posés sur la côte sud, avec le temps de rester assis une heure devant une plage de sable noir, qu'un tour complet de l'île à 600 kilomètres par jour.
Ma plus belle journée sur place : aucune aurore, aucun soleil éclatant, un ciel gris de novembre, et un carnet de notes trempé. J'ai passé deux heures sur une plage déserte à écouter l'Atlantique. C'est ça que je retiens. Pas la période.