N’arrête jamais d’explorer

J’enfile mon casque de moto et je me dis que tout va être correct.  J’ai déjà fait de la moto en Tanzanie, au Cameroun, en Chine, dans des p’tites rues, sans amortisseurs, parfois à contre-sens dans la circulation.  Je me dis que je connais ça, la moto.  En fait, je m’apprête à traverser États-Unis en moins de deux semaines, de l’Ontario jusqu’en Californie et vraiment, je me sens comme une pro.

Après, je prends l’avion pour l’Australie, puis enfin ma destination ultime… la Papoisie Nouvelle-Guinée.  Ensuite, je reviens à Vancouver pour retraverser le Canada, 5 jours plus tard, je pars pour le Nunavik.  Ça va être tout un trip.  Bref, je me sens prête pour l’aventure, drillée par la fatigue et l’adrénaline des préparatifs.

Quelques heures à peine après être partie, je déchante… j’ai tellement froid sur la moto et j’ai toujours peur de perdre mes lunettes qui avec le vent ont l’air d’une brindille face à un ouragan.  Gênée, je finis par écouter les conseils qu’un peu tout le monde m’a donné : porter un bon manteau en cuir et mettre une corde sur mes lunettes… à contre-contre coeur (parce que c’est pas du tout mon style) je me fonds dans le monde de la moto…  et c’est magique!

En fait, sur mon chemin, je rencontre des dizaines de passionnés!! Des hommes (en grande majorité) tatoués de la tête aux pieds, vêtus de jeans et de cuir, avec des bandanas ornés de squelettes et de longues barbes.  Partout, les gens viennent me voir pour m’aider, pour voir comment je vais, où je me dirige et surtout savoir si tout va bien.  Je découvre une famille tissée serrée, une vraie communauté, qui me fait sentir en sécurité partout où je vais… parce que je voyage à moto.  C’est vraiment extraordinaire… et même si j’ai trouvé la transition difficile au début, je suis vraiment heureuse d’avoir fait un court séjour dans ce monde inconnu… j’ai vraiment été inspirée par le sentiment de solidarité entre les motos cyclistes.

Quelques semaines plus tard, en Papoisie Nouvelle-Guinée, j’irai à la chasse aux crocodiles sur la rivière Sepik, une région du pays où la seule façon de se rendre de village en village est par bateau.  Bon, certaines embarcations sont motorisées, mais sur le coup, je suis plutôt dans un mince canot sculpté dans un tronc d’arbre qui n’a pas vraiment de ballant… et c’est la nuit.  En fait, j’ai vraiment peur, je suis convaincue que je vais mourir dévorée par un croco, et je sais pas trop comment expliquer le tout aux chasseurs dans l’embarcation qui sont occupés à affuter leurs arpons.  Heureusement, un poisson volant saute dans ma face et change vraiment le mal de place.  Je finis par me calmer et vivre moment absolument magnifique avec les Papous.  L’homme devant moi fait des blagues à mesure que sa sacoche se remplie de bébés crocodiles.  Quelques jours plus tard, je comprends qu’il n’aurait jamais pu rien m’arriver.  Les Papous se sentent absolument responsable des gens qui les visitent, j’avais toute une famille qui m’attendait à mon retour.  J’ai trouvé cette expérience tellement touchante et ça aussi, ça m’a vraiment inspiré.

En fait, la raison pourquoi ne parle de ces deux anecdotes, c’est que je ne veux pas seulement parler de voyages, mais d’expériences de vie, de rencontres, de nouvelles activités, sports, sorties, cours à l’école, musées, groupes de musique, etc.  La vie est infiniment intéressante et remplie ; il y a tellement choses à apprendre, à explorer, à découvrir.  Mon voyage m’a seulement rappelé à quel point le monde est immensément grand et beau, et rempli de gens différents vivant de manières éclatées, et qu’ici ou ailleurs, c’est souvent dans l’inconfort de l’inconnu (et quand on accepte qu’on ne sait pas tout) qu’on grandi le plus.

PS : La semaine, je reprends mon récit sur le Cameroun 🙂

2 – Le déluge

Après un court arrêt au Maroc, où j’ai eu à peine quelques heures pour mettre les pieds dans les petites rues de Marrakech, j’arrive tard le soir à Douala, la capitale du Cameroun.  Il fait extrêmement chaud et humide.  Les vitres de l’aéroport sont couvertes de buée.  Mon ami Camerounais doit venir me chercher, mais il n’y est pas.  Assises sur mon sac-à-dos, je suis loin de paniquer, je sais très bien qu’en voyage le temps ne se mesure pas de la même manière que chez nous et qu’une vrai panoplies de choses rocambolesques peuvent arriver!

Deux heures plus tard, il n’est toujours là.  Je commence à me demander si je lui ai pas donné la bonne journée d’arrivée…  Puis, je le vois arriver.  TREMPÉ!  C’est qu’il a traversé les 15 mètres qui le séparent du 4×4 de l’aéroport… et il pleut!!!  J’arrive en plein saison des pluies!  Honnêtement, je n’ai jamais vraiment fait attention à ce genre de choses en voyage, mais en traversant le Cameroun… ouf, j’ai eu ma leçon!

Nous crevons dans l’auto, mais les fenêtres sont relevées.  Nous traversions Douala, et les routes sont remplies d’un épais lit d’eau!  Je n’ai sincèrement jamais rien vu de tel!  L’eau jailli de partout, et chaque fois que l’auto avance, de larges «splashs» refoulent sur la voiture.  C’est incroyable.  Je suis tellement fatiguée en raison de transport, mais franchement j’ai un géant pic d’adrénaline, je me sens comme dans une course à obstacles, dans la nuit, au milieu de ce nouveau pays.  L’eau est partout, et avec cette aventure, mon voyage au Cameroun commence bien 😉 

1 – Le python


J’ai rencontré Gabin lors d’un souper entre ami.  C’était un conteur.  Un vrai.  Un de ceux-ci t’emporte à l’autre bout du monde avec leurs paroles, leurs récits, leurs histoires.  Assise sur le coin de ma table, j’étais rendue au Cameroun.

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Il m’a raconté comment les hommes de son village chassait le python, partant à dix dans la jungle, jusqu’à la fameuse maison du dit serpent.  Le pied d’un homme au fond du trou, ils attendaient patiemment que l’animal s’enroule autour de la jambe, puisque c’est par asphyxie que ce dernier tue ses proies.  Le pied bien enroulé, on sortait rapidement le serpent de son terrier pour ensuite le tuer.  Et bang, on revenait au village en file avec le piton sur les épaules de 10 hommes.

Les yeux écarquillés, j’ai tout de suite pensé, qu’eh bien… Gabin et moi, on avait pas eu la même enfance!  Entre son village et Pointes-Aux-Trembles.

Pour Gabin, le Cameroun, c’est le plus beau pays du monde.  C’est le bijou de l’Afrique : c’est le tout-inclus des climats et le résumé de la beauté de ce qu’on peut trouver sur ce gigantesque continent : la mer, la jungle, la ville, les villages, les gens.

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Alors quand Gabin m’a demandé si je voulais au Cameroun, eh bien, j’ai capoté de joie, et j’ai acheté mon billet d’avion, parce que ça allait être trou fou aller visiter le plus beau bijou de l’Afrique et le monde rempli d’aventures dont Gabin m’avait tant parlé.

L’Afrique, le futur paradis du voyage sac-à-dos

Il a quelques mois, j’ai eu le plaisir de travailler avec Jennifer du blog «Moi, mes souliers» à l’adresse suivante : http://www.moimessouliers.org

Je vous invite à visiter son blog, afin de me lire sur les 5 plus grands mythes du voyage sac-à-dos en Afrique et pourquoi ce continent sera probablement bientôt, le futur paradis de ce type de voyage.  A bientôt!

C’est par ici : http://www.moimessouliers.org/lafrique-le-futur-paradis-du-voyage-sac-a-dos/

Voyager en sac à dos en Afrique

10 – Autour de la chauffrette

Monte, descend, monte, descend, monte, descend.  Le treks de l’Annapurna est composé de milliers et de milliers de marches qui montent à l’infini, puis redescendent toujours plus bas, et plus un tout petit peu plus haut… finalement.  Je le sais, je les ai comptées!  Mes pieds sont remplis d’ampoules et je suis épuisée, mais en focusant sur le nombre de marches, j’avance un peu plus!

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Le paysage est à couper le souffle.

Le soir, je me change directement en arrivant.  J’enlève rapidement mon linge mouillé par la sueur, puis ensuite j’enfile directement mon ensemble du lendemain.  Il n’y a pas de chauffage dans les chambres des refuges et le matin je suis trop gelée pour même penser à enlever une couche de vêtements.  Après quelques jours, je n’ai toujours pris ma douche.  J’hésite encore entre ma propreté et l’eau littéralement glaciale!  Il faut dire que les douches sont rudimentaires.  Bon, je suis habituée à l’habituelle plaque de céramique au sol qui sert de douche, de toilette, de tout en fait.  Mais cette fois-ci, avec le froid, les besoins des gens sont plutôt gelés et collés au sol, donc bizarrement, c’est extrêmement glissant, alors bon, je vais attendre avant de prendre ma douche. 😉

Il y a aussi eu cet endroit ou la toilette n’était un long tunnel à découvert creusé au sol…  Dans cette grande pièce, j’ai cherché les cloisons, la porte à fermer… mais rien.  C’était plutôt..  ouvert comme situation!  J’étais un peu étonnée, mais je n’étais pas la seule apparemment…  d’autres locales étaient aussi bien surprises de me voir aller!  Au milieu des chuchotements et des rires à mon endroit, je pouvais heureusement admirer la vue sans pareille de la toilette.. ah, c’est beau l’Himalaya!

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Heureusement, le soir, sous de grandes tables centrales, des petites chauffrettes sont installées partout.  Alors, on a beau avoir un peu froid, on fait le tour du monde toute la soirée.  Entourée d’autres trekkeurs, c’est la grande conversation : Italiens, Coréens, Israeliens, on passe les soirées à discuter autour de nos gourdes en mangeant du riz, et c’est la belle vie!

 

 

9 – Dans le ventre de l’Himalaya

L’Annapurna, c’est un des géants de l’Himalaya.  Un colosse de plusieurs sommets allant jusqu’à plus de 8 000 d’altitude.

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Le permis de trekking obtenu à Katmandou en main, j’arrive à Pokhara, une ville bercée par le vent frais des montagnes.  Après les rues remplies et vivantes de la capitale, je suis vraiment heureuse d’y être arrivée.

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Dès mon arrivée, je prépare pour cette randonnée quelques jours, car je pars le lendemain matin.  J’ai un sac-à-dos de 60 litres, une bonne paires de souliers de marche et quelques sous-vêtements.  Comme je vais porter mes bagages, j’essaie de faire dans le léger 😉  Apparemment, ce n’était pas la technique adoptée par mes collègues Coréens qui, équipés de la tête aux pieds de vêtements synthétiques, partagent le chemin de randonnée avec moi!  Ils ont de petits sacs-à-dos bien sûr, mais également… plusieurs géants sacs ressemblant à des poches de hockeys!!  Je plains les porteurs qu’ils ont payés!!!!  Heureusement, le soir venu, complètement gelée parce qu’il n’y avait pas de chauffage dans les petites habitations fournies aux randonneurs, j’ai eu de la chance de goûter à de la pieuvre séchée  gracieusement offerte par ces derniers!  Je pense que c’était la dernière chose que j’avais pu penser manger ici 😉  Je comprends maintenant pourquoi leurs poches étaient si lourdes, ils ont apporté tout leurs repas!

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En fait, la nourriture sera plus chère à mesure que j’avancerais dans ce trek.  Tout étant porté à bras, plus j’étais loin, plus le prix du repas était élevé.  C’est normal.

Le lendemain, je quitte mes amis Coréens et reprends la route.  Je traverse plusieurs villages et la vue est absolument magnifique.  Je gravis la montagne, monte et monte encore des centaines de marches, arrivée au sommet je jubile, pour ensuite me rendre compte que je dois tout redescendre!  Le trek de l’Annapurna est tellement particulier sur ce point, souvent, si l’on regarde directement devant soi, on dirait qu’on pourrait atteindre le prochain sommet à vol d’oiseau en 5 min de marche, mais il faut monter et redescendre chacune des falaises de montagne qui forme une longue chaîne.  Heureusement que c’est magnifique, car c’est aussi interminable 😉

5- La citoyenne du monde

Un jour, quelqu’un m’a dit qu’avec tous mes voyages, j’étais une vraie citoyenne du monde.  Un voyage ici, un voyage-là, je n’appartenais à personne, puisque j’allais partout.  Sur le coup, j’ai été tellement flatée!  Wow, wow, wow, moi la p’tite fille de Pointe-aux-Trembles.. je suis une grande Citoyenne du Monde.  J’avoue que pendant plusieurs années, je me suis enorgueillie de ce charmant titre, un peu trop fière d’ailleurs.  On aurait dit que ça me donnait l’impression de n’avoir peur de rien.

Un jour, dans un souper, je ne me souviens plus quand, ni où, quelqu’un a bien ri de cette expression.  Je me souviens pas non plus d’où la personne venait, mais elle m’a dit ceci, et je ne l’ai jamais oublié.

Elle m’a dit :

«Sté Andy, te rends-tu compte que tu peux dire cela seulement parce que tu es privilégiée?  Toi, tu es née avec la nationalité canadienne, avec ton passeport, tu passes partout, sans question, ni regard.  Toi, tu peux.  Tu peux bien être fière de te définir de cette manière, tu es née avec la possibilité de voyager, de traverser les frontières.  Bien des personnes rêveraient de le faire aussi, mais c’est impossible.  Et ce sont souvent les gens chez qui tu voyages.  Tu trouves leurs cultures fascinantes, tu peux les comparer, essayer de les comprendre, mais combien des personnes que tu as rencontré pourraient vraiment faire comme toi?  Ce n’est pas vrai que tout le monde peut être un citoyen du monde, Andy.  Et le fait que tu te décrives de cette manière ne fait que démontrer comment tu ne réalises pas tes privilèges.  Certains ne peuvent pas.»

Ne me méprenez pas, je crois dans le pouvoir de la détermination personnelle.  Que quand on veut, on peut… et tout le tralala.  Mais peut-être que pour moi, ça été plus facile d’amasser les outils pour voyager, parce que j’avais accès à internet, au crédit, à la possibilité d’ouvrir un compte bancaire, à la possibilité d’avoir un emploi, une éducation…  et je passe l’électricité et l’eau courante, la nourriture pour mettre sur la table.

Depuis, je ne me suis plus jamais définie de cette manière.  Et je suis aussi beaucoup plus consciente du signal que j’envoie quand je mets les pieds dans un pays… moi qui vient d’ailleurs et qui a le pouvoir d’achat et le pouvoir politique de voyager.  Je suis pas une citoyenne du monde après tout, je suis une québécoise qui a vraiment beaucoup, beaucoup de chance de voyager.

 

 

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4 – Le meilleur avion

Je quitte déjà le Bangladesh.  Les yeux remplis d’expériences colorées et magnifiques, comme cette ride jusqu’au village le plus proche, assise dans la charette, les pieds ballotants dans le brouillard humide de cette matinée orange.  La charette est tirée par un homme à vélo, ce que je trouve tout à fait incongru, puisque je me fais porter par une force humaine, et que je suis humaine qui peut se porter, mais bon…

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C’est le retour dans le train, puis vers l’aéoport… et dans l’avion.. le petit petit petit avion, avec des chaises pliantes non fixées au plancher.. et oh des trous dans le métal qui forme le sol. Je n’allais pas entrer au Népal n’importe comment!  Le regard absorbé par l’ouverture dans la carlingue, on décolle.  Bon, un peu de turbulences… mais ce n’est pas ce qui va me faire peur ; j’en ai pris des vols!

Le temps passe lentement à quelques milliers de pieds dans les airs… jusqu’à ce qu’une voix un peu tremblante annonce au micro que nous nous ne rendrons pas à Katmandou ce soir…  bon, bon, je ne suis pas une fille qui s’inquiète… mais.. pourquoi revient-on à Dhaka?  Ah oui, bien sûr, les instruments de bords ont cessés de fonctionner et sté… atterir sans instrument de bord en plein coeur de l’Himalaya, c’est pas… super!

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Oh la la!  Ce soir-là, parce que c’était bien la grande noirceur à ce moment-là, je n’ai donc pas été au Népal.  Non, non, mon pilote a été extraordinaire et ont est réatteri à vue à la capitale du Bangladesh.  Peut-être que je préfère me faire porter par un homme à bicyclette finalement 😉

 

3 – Au village

Je suis arrivée dans ce tout petit village avec de magnifiques personnes.  Mes pieds foulent les chemins de terre tapée, et se tracent un chemin entre poulets et chèvres.  Les animaux sont partout, sortent des racoins puis disparaissent à nouveau.  Je me demande bêtement comment ils retournent à la bonne maison le soir, puisqu’ils se mélangent inlassement au village durant la journée.  On me répond qu’ils retrouvent tous le soir, le chemin de leurs maîtres.  Je ne savais pas, moi, qui vient de la ville.

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La plupart des grands bâtiments sont faits de béton, mais beaucoup de maisons sont faîtes de panneaux de feuilles.  Ces minces murs m’impressionnent beaucoup, j’imagine que je n’ai pas la même perception d’être à l’intérieur ou à l’extérieur d’une habitation.  Je suis tout autant impressionnée lorsque je vois ces hommes casser à la main le grain du riz qu’ils ont récolté.  Quel travail!!!

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Le Bangladesh, n’est pas un pays touristique.  Il n’y a d’ailleurs que très peu de «lieu» à visiter à l’exeption de quelques temples.

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Ce sont les gens et la vie quotidienne qui est si impressoinnante.  Les femmes dans leurs habits multicolores et les hommes en lungis, les enfants qui jouent, le rythme de la culture du riz qui change constamment le paysage.

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Un soir, j’ai été invité à souper dans une famille du village.  Un vrai honneur.  Assise à la petite table, la femme me sert le repas, puis l’homme vient vers nous souhaiter bon appétit.  Le couple s’en va.  Sur le moment, je trouve la pratique tout à fait bizarre, mais je ne dis rien.  J’apprends bien vite qu’ici, on ne partage pas le souper avec ses invités par respect.  C’est une coutume à laquelle je ne suis pas habituée, mais je comprends bien vite que c’est rempli de bonnes intentions.

Il y a tant de belle choses à apprendre au Bangladesh.  J’ai d’ailleurs pu admirer le plus charmant des autobus scolaires  🙂

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2 – Si près et si loin

J’étais plantée là, à la garre.  Il y avait beaucoup de monde à la garre. Surtout beaucoup de monde autour de… moi.  Et proches, vraiment proches.  Proches comme dans, il y a une dizaine de personnes qui me regarde à moins de 50 centimètres de mon visage… et plus d’une vingtaine après ces dernières.

-Eeee, c’est normal qu’il y a autant de gens autour de moi?

-Oui!  Vraiment normal!

-Mais… c’est impossible.  Les gens doivent être là pour une autre raison!?

-Non, non.  C’est vraiment pour toi!  Ils veulent te connaître!

-C’est impossible…

-Bouge, tu vas voir!

En voyage, j’avais déjà fait l’expérience d’être le centre d’attention ; ce n’était pas la première fois pour moi.  C’était surtout des enfants qui s’amassaient près de moi pour dévisager la couleur de ma peau.  Toutefois, au Bangladesh, c’était tout-à-fait un autre niveau!  Non seulement, les gens s’arrêtaient dans la rue pour me dire bienvenue, mais ils s’approchaient extrêmement prêts, sans mot, pour m’observer.

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Et c’est ce qui est arrivé.  Je me suis posté une quinzaine de mètre plus loin de l’endroit où j’étais, pour faire le test.  Tout doucement, il y a eu un mouvement de masse.   Des enfants, s’avançaient, puis des hommes, quelques personnes plus âgées, et enfin des femmes.  A la fin , il y avait autour de 40 personnes à quelques centimètres près de mon visage.  Il n’y avait vraiment aucune animosité, seulement la plus belle des curiosités!  Malhereusement, je ne parlais pas bengali, et c’était vraiment difficile de communiquer. Toutefois, pour moi, ça été l’un de mes moments de vie les plus intenses : si près et si loin des gens au même moment.

Je réfléchis toujours beaucoup en voyage.  Sur ce qui nous éloignent et ce qui nous rassemblent.  Sur les différentes perceptions du monde qui nous habitent et qui défissent notre vision de certains concepts.  Clairement, ici, ma perception de mon espace/bulle avait été mis à l’épreuve, mais c’était tellement avec une bonne intention de la part des gens.  C’était absolument fascinant de constater le désir de découvrir des gens autour de moi et mon incapacité totale à communiquer avec eux. 🙂

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La tête dans les nuages, le train s’ébranlait.  Je sortais tranquillement de Dhaka, et je me dirigeais enfin vers la campagne. 🙂

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19 – Épilogue de cette aventure asiatique – La peur

Quand je suis partie en Asie pour la première fois, j’avais 21 ans.  J’avais été en Inde et en République Dominicaine avec des programmes d’initiation à la coopération internationale, mais je n’avais aucune idée de c’était quoi… un voyage sac-à-dos.

Quand je suis arrivée en Beijing, les deux pieds au milieu de gens qui ne parlaient pas un mot d’anglais, j’ai capoté.  Face à l’inconnu.  Ni Hao la Chine, moi c’est Andy.

Les premiers jours, j’ai trouvé ça rough.  Attend, je veux dire les premières semaines.  Pour être honnête, j’étais incapable de manger la bouffe chinoise au début.  Pendant des jours, j’ai mangé de poulet Kong Pao, parce que je savais que c’était du poulet et des peanuts.  That’s it.  J’ai jamais été une fan des pattes de poulet, ni de cerveau de mouton d’ailleurs 😛

Aujourd’hui, quelques années plus tard, je me trouve ben hot de m’avoir lancé dans l’inconnu comme ça.  Banguerang.

Parce que j’ai eu peur : (Oh oui)

  • De ne pas trouver d’endroit où dormir.
  • De travailler traverser une jungle remplie de grosse bibittes..

  • De manger de manger de la viande, et de me demander si c’était du chien.

  • De me perdre en milieu de mégapoles chinoises.

  • De ne pas être comprise, car personne ne parle ma langue.

Mais c’est ce qui m’a donné la force d’attraper des opportunités de vie plus intenses les unes que les autres par la suite, et de maintenant travailler au Nunavik.   Et de faire de ma vie une constante chaîne de défis.

Ce que je veux dire, c’est que des fois ça vaut la peine d’avoir peur.

Parce que se mettre dans une position où tu peux plus reculer, c’est aussi te mettre dans une position où tu ne peux plus qu’aller de l’avant.  Et apprendre.  Et grandir.

17 – Le mont Hua Shan : l’extrême via ferrata chinoise

Le Mont Hua Shan, est la place en Chine pour vivre des émotions fortes!  Le paysage est sincèrement à couper le souffle!   Au sommet, on se retrouve au milieu de pics aiguisés et de petits temples, puisque la montage est un lieu religieux daoiste depuis plusieurs décennies.

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Il est possible de grimper pour aller au sommet, mais même prendre le téléphérique est une expérience vraiment impresionnante.  Dans la petite boîte vitrée au milieu de cette immensité, je me sentais tellement petite!

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Mais le paysage n’est que le début de la légende, puisque le Mont Hua Shan est connu à travers le monde pour son parcours extrême de via ferrata.  Mettons que les normes de sécurité n’ont rien à voir à ce qui se fait au Québec!

Avec les planches de bois accrochées à même le roc…

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Des chaînes..

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Et des pics de métals à titre d’escalier!

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Franchement, il y a de quoi avoir la frousse!

16 – Les enterrements du ciel et de la terre

J’arrive à Xinning.  Je n’ai qu’une envie, c’est d’aller sur internet faire plus de recherches sur Yushu.  Assise sur un mini banc en plastique dans un café internet un peu crasseux, j’essaie de comprendre où je viens de passer.  L’internet est extrêmement lent.  Comme d’habitude, plusieurs sites sont bloqués par le gouvernement : pas facile d’avoir de l’information.

Au bout d’une demi-heure, ça y est, j’ai trouvé : tremblement de terre.

Et oui.  Tout s’éclairci.  Mon guide de voyage date de l’année précédant l’évènement, voilà pourquoi je n’ai jamais entendu parler de cette situation incroyable.  J’essaie d’en apprendre plus, mais il y a très peu d’information en ligne.  Une chose est sûre, la dévastation que j’ai vue m’a vraiment jeté à terre.

 

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Ce n’est qu’un an plus tard, que j’ai vraiment réalisé où j’étais allé.  A Montréal, dans une exposition du World Press Photo, je lisais les descriptions reliées aux meilleures photos prises à travers le monde.  Jusqu’à ce que… Oh!  Je vois des images de Yushu!!  Quelle surprise!!

Sur les photos, j’ai vu des allées et des allées de corps étendus prêts pour le rite funéraire traditionnel des Tibétains.  Des dizaines de corps.  Honnêtement, je ne pouvais pas croire que j’étais passé par cette ville, quelques mois après cet évènement où tant de personnes étaient décédées si drastiquement.  Il y avait plusieurs photos du «Sky Burial».  Je n’ai pas trouvé de traduction exacte en français de cette pratique, on parle parfois d’enterrement à ciel ouvert ou d’enterrement du ciel et de la terre.

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Durant mon séjour dans l’Ouest de la Chine, j’ai été invité plusieurs fois à observer ce rite à titre de touriste.  Au coeur de la tradition bouddhiste tibétaine, où l’on croit à la réincarnation, on croit aussi que le corps doit être redonné à la terre.  Lors d’un décès, le corps est donc séparé en morceau par un moine et les os et le cerveau sont broyés, puis mélangés à de l’orge pour être ensuite offerts aux vautours.  Il n’y a pas de mise en terre.

Honnêtement, j’ai éprouvé un profond malaise à cet égard ; à l’idée d’observer un «enterrement» d’une personne dont je ne suis pas une proche.  C’est pourquoi j’ai décidé de ne pas assister à ce rite.  Bien que cette pratique ait été sans doute extrêment intéressante à observer, puisqu’elle est si différente des croyances apprises au sein de ma culture, j’ai pensé que je trouverai complètement irrespectueux que quelqu’un paierait de l’argent pour venir observer ma famille au salon funéraire.  J’ai donc refusé à plusieurs reprises cette opportunité lors de ce voyage.

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Toutefois, je trouve cette pratique intéressante.  Elle fait réfléchir sur la signification que nous donnons à la vie, à la mort, au corps, à la réalité tangible, à la réincarnation, etc.   C’est pour cela que je voyage : pour  connaître d’autres points de vue, me remettre en question, comprendre le monde et apprendre à voir comment d’autres peuples abordent autrement des concepts et des expériences de vie, à leur manière.  Le tremblement de terre à Yushu aura certainement été pour moi une expérience de vie unique et une occasion formidable de me questionner sur ces sujets.

13 – Parmi les yacks

Quand je suis arrivée à Kanding, j’ai eu le coeur géant.  Dans cette ville à majorité tibétaine, j’entrais exactement à l’endroit où j’avais rêvé aller en Chine.

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Et quelle ville!  Entre temples et grands bâtiments, un grand torrent cindait la ville en deux!  J’avais beau ne pas avoir de chauffage à l’auberge, et être glacée toute la nuit entre les murs de ciment humides, j’étais heureuse d’être là.  Le lendemaine, ni une, ni deux, je remonte une montagne et me voilà au-dessus de tous dans les nuages touchant ce temple tibétain.

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Mais ce n’est que le début!  Demain, je m’en vais dans la steppe à Litang.  J’ai fait des pieds pour arriver à cette ville.  En essayant de comprendre la femme qui parlait exclusivement mandarin à la billetterie, on m’a dit que la route que je souhaitais emprunter pour aller à ce trésor tibétain c’était effondrée sous la crue des eaux.  Il me faudrait quatre jours de transport pour aller jusque là-bas en faisant le contour de la route détruite!

Cahotique, le chemin pour se rendre à Litang?  Les chauffeurs chinois aiment à faire penser à leurs passagers qu’ils vont mourir à chaque tournant! Et hop on glisse un petit peu.. oh le précipice est vraiment beau!  Aie, Aie, Aie!  Avec beaucoup de chance, je suis finalement arrivée dans ce lieu carrément mythique… la steppe!

Ici, aucun arbre à l’horizon, nul sentier où marcher.  Que des endroits à parcourir à l’infini, à pied où à cheval parmi les troupeaux de yacks.    C’est aussi à Litang que j’ai vu des populations de nomades vivre dans des tentes et faire des courses de chevaux ornés de rubans colorés.  Je me croyais dans un film honnêtement.

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Et des temples tibétains comme je n’en ait jamais vu.  Des beautés architecturales.  Litang, c’est aussi l’endroit où j’ai cru que j’allais enfin manger du fromage!  Avec les élevages présents, je croyais que le gens fabricais eux-même ce produit.  J’en rêvais, puisqu’en général les Chinois mangent très peu de produits laitiers.  Alors, je suis allée au village m’en acheter et c’est avec grand enthousiasme que j’ai pris une croquée géante… de beurre ranci!  Beurk!  Et oui, pas de fromage ici mais bien du beurre de graisse de yacks… Miam!

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Et un brin de modernité par ici et là.  Comme des moines à motos!

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Aller, toute cette route m’a creusé l’appétit!  Je vais au marché, justement il y a une tête de yack fraîche!

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