8 – Les singes géants

Au premier campement, nous sommes les seuls.  Les tours organisés se rendent directement au sommet.  Je commence à monter ma tente, puis à faire le souper ; des pâtes mélangées et du lait concentré.  Quelques minutes plus tard, plusieurs petites filles se rassemblent autour de moi pour m’observer.  Qu’est-ce que je mange?  Elles n’ont probablement jamais mangé de pâtes, puisqu’elles ne sont jamais allé à Addis-Abeba.  Pour elles qui portent de grandes robes avec de grands foulards, mes vêtements les intriguent beaucoup!  Elles chuchotent entre elles et me demande combien coûte mes souliers de randonnée.  Je ne réponds pas toute suite, il faut que je réfléchisse à ce que je vais leur répondre.  Je ne veux pas leur donner l’impression que je suis millionnaire.  100$, c’est une gigantesque fortune, ici.

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-Aller dis-nous le!  Tes souliers doivent valoir tellement chers, ils t’on coûte…   2$, c’est ça!? Tu es riche! Nous, nous avons des souliers et ils lui ont coûté 0,20$! Toi, tu es riche!

Cette affirmation me laisse sans mot.  Moi qui pensait dire 25$!  Je vois bien qu’elles sont très pauvres, seulement deux d’entre elles ont des souliers et ils coûtent 0,20$ en plus.  Directement arrivées de Chine, presque tous les Éthiopiens que j’ai rencontré portent le même modèle de chaussures de type sandales en caoutchouc.  La réalité de ces filles me frappent…  alors qu’elles rient ensemble de la couleur de mes cheveux en tirant sur des mèches qui dépassent de mon capuchon.


Nous sommes enfin au sommet!

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Le chemin est incroyable, d’immenses crevasses m’entourent!  Mais il n’y a pas que cela autour de moi!  Il y a également des hordes de singes!  Les mâles sont intenses!  Ils ouvrent leurs gueules découvrant d’impressionnantes canines!  Ah, là je comprend la nécessité du A-K47!  Lorsque je me réveille le lendemain matin, la tente en est entouré de ces singes géants!  Bon matin, Andy!  J’en crois pas mes yeux, mettons que c’est différent de Montréal!

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Je croise plusieurs tours organisés venus en voiture, moi je suis venue seule.   Au campement, j’entends un homme crier sur son guide.  J’aurai voulu lui dire tout ça :

-As-tu parlé seulement une fois aux gens que tu as photographié?

-As-tu une idée de la vie quotidienne des populations vivant dans les paysages que tu as entrevus à travers les vitres de ton jeep?

-Sais-tu combien d’enfants a le guide que tu es en train d’engueuler?

-Payer un prix faramineux te donne-t-il le droit de manquer de respect aux gens qui portent tes baggages?

-Tes photos de baboins font-elles plus sensation que les photos des personnes que tu as prises en photo?

Voyager en tour organisé est certainement une façon intéressante et sécuritaire de parcourir le monde.  Pourtant, certains touristes pensent avoir le droit de tout faire sous le prétexte qu’il ont payé un prix important pour leur séjour.

Il y a une grande différence entre consommer une culture et la vivre, merde!

Quand je pense que les Éthiopiens prennent le genre de transport sur la photo pour redescendre des Simiens Mountains, je pense que je suis très chanceuse et je prends conscience de mes privilèges de touriste…  Assise dans un 4×4 pour redescendre la montagne, je rumine ma colère à propos l’homme qui n’avait pas su apprécier les siens.

Et vous, avez-vous déjà observé ce genre d’attitude de la part de d’autres touristes?

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7 – Trekker pour mieux s’accepter

A force de monter les pentes raides, je suis fatiguée, épuisée.  Concentrée sur chacun de mes pas, je réfléchis.

Quand l’altitude te donne l’impression de ne rien respirer, quand la poussière s’incruste dans tous tes pores de peau, quand tu ne t’es pas lavé depuis des jours, quand le poids de ton réchaud, de ton sac de couchage et de ta bouffe creusent de larges sillons dans tes épaules, et que tu en es à ton vingtième kilomètre sous le soleil brûlant, c’est entre toi et ton mental.

J’adore les treks, pour la simple raison que cela me permet d’aller au bout de moi-même.  Je garde ces victoires précieusement pour les jours où je me sens moins à mon avantage, ou quand je me sens jugée par les autres.  A la fin de la journée, j’aurai atteint le sommet de la montagne et j’en serai fière, mais surtout j’aurai la fierté d’y être arrivé en étant exactement comme je suis avec le corps que j’ai, car j’ai relevé le défi.

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Alors que la sueur coule dans mes yeux, je fais un pas de plus.  Ma peur d’être épuisée, sale, laide, grosse ou faible décolle de moi ; j’ai d’autres priorités.  La sueur brûle ma peau déjà brûlée par le soleil, et c’est le plus beau moment de ma vie. J’apprends une chose très importante : quand je cesse d’avoir peur d’avoir l’air, je commence enfin à vivre dans l’instant présent et à percevoir la beauté des choses qui m’entoure.  C’est la première leçon de mon voyage, j’imagine.

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Des montagnes immenses, des crevasses gigantesques me font face.  Je vis!  La nature est infiniment plus grande que moi et mes préoccupations.

Dans les villages que je traverse, les femmes et les hommes portent de grandes couvertures poussiéreuses pour se couper du vent maintenant froid, annonçant la nuit.  Ici, on vit au rythme des troupeaux de chèvres, de moutons et de bœufs.  Dans ce pays sec aux milles rocs, mes préoccupations d’occidentale ne font plus aucun sens.  Tout ce qui compte maintenant, ce sont les rencontres que je fais et qui m’aident à comprendre la vie à 4000 km d’altitude au nord de l’Éthiopie.  Ah je me sens vivre!

Et vous, gravir une montagne vous a-t-il déjà fait le même effet de fierté?

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Au milieu des montagnes, je croise un véritable troupeau de singe, c’est incroyable!