9 – Le poisson du village

Je suis maintenant à Kribi, une magnifique petite ville sur le bord de l’océan atlantique.  Je mange dans un petit resto local, juste avant de prendre le bus pour un tout petit village, où j’ai entendu parler d’une initiative éco-touristique.  Durant quelques jours, je serai logé dans une petite maison sans électricité où je m’éclairerais le soir à la lampe à l’huile sur le bord d’une magnifique plage déserte.

Après plusieurs heures de transport, j’arrive finalement à l’endroit dit.  Il y a de petites maisons partout, et je suis bien accueillie par la femme qui préparera mes repas personnellement durant mon séjour, comme il n’y a ni marché aux alentours, ni restaurant.  Je me sens au bout du monde, dans ce petit endroit tranquille, et je suis vraiment frappée par la beauté de l’endroit.

Pour moi, c’est l’endroit idéal.  Loger au coeur d’une petite communauté et partager au maximum le quotidien des habitants de l’endroit est le meilleur moyen de connaître la culture locale, selon moi.  D’ailleurs, je sais que l’argent offert pour mon séjour représente à la fois une somme modique pour moi, puisqu’il est en fait une fraction du prix demandé dans un grand hôtel pour une plage aussi intime, et un revenu qui bénéficiera directement à la communauté dans laquelle je loge.

Durant mon séjour, je mangerai trois fois par jour la même chose : le petit poisson pêché localement par les hommes du village durant la nuit assaisonné avec un cube Magi.  Dans la maison rudimentaire de la cuisinière (une grande pièce séparée en section par des draps), elle partage avec moi ses succès et ses défis.  Elle me dit que le gouvernement se prépare à construire un port important près du village, ce qui amènera de très grands bateaux dans la région.  Les villageois ont peur que ces embarcations effraient  les bancs de poissons locaux, ce qui empêcherait les hommes de vivre du mode de vie traditionnel du coin : la pêche.  Elle me raconte qu’elle sent que le pays cherche à développer rapidement son économie sans toutefois mesurer l’impact de ce développement sur les petits villages comme le sien ; il n’y a aucune garantie que les emplois de subsistance locaux seront remplacés.  Sans électricité, les gens vivent assez simplement ici, mais ces derniers semblent préférer ce mode de vie, à des emplois au port, probablement plus payants, mais également plus stressants.

Je sors de la cuisine de la femme la tête remplie de réflexions sur ce que nous venons de discuter : développement local versus régional, proctection de la culture locale versus économie, etc.  Je suis vraiment heureuse de d’avoir rencontré cette femme, et d’avoir pu en apprendre plus sur sa vie.  Une expérience que je n’aurais pu vivre si j’avais décidé de loger dans un endroit plus luxueux.  D’ailleurs, ce séjour au village m’a également permis d’assister à une scène de ménage assez intense entre deux femmes partageant apparemment le même mari.  😉  Si près des gens, j’ai beaucoup plus de chance d’en apprendre plus sur la culture d’ici!

7 – Négocier serré

Je suis vraiment une passionnée des marchés de poissons!  Chaque fois que j’en vois un sur mon chemin, je fais fit de l’odeur, et je me fais un plaisir d’y passer des heures!  J’en ai visité en Afrique, en Asie, en Europe et en Papoisie Nouvelle-Guinée, et chaque fois je suis absolument impressionnée par les couleurs, les formes, les grandeurs de ces habitants de l’océan.  Il y a toujours un poisson que je n’ai jamais vu de ma vie!

Voici mon dernier article sur le marché de poisson que j’avais visité en Tanzanie 😉

http://pleinairvoyagesetcompagnie.com/2015/11/25/poisson-geant-et-poulet-tandoori/

Au Québec, les fruits coûtent tellement chers, j’en mange donc rarement… alors j’en profite à fond en voyage pour me remplir la panse de pieuvre, calmars et poissons frits! Wow! Tellement d’éléments me fascinent dans ces endroits :  l’abondance d’abord, la grosseur ensuite, mais aussi l’ambiance toujours un peu festive en raison des gens qui négocient serrés leurs achats, et surtout les pêcheurs fiers de leurs plus grandes prises et qui ont toujours des bonnes histoires de pêche à raconter.  Partout autour du monde, la pêche s’effectue de différentes manières : que ce soit en pleine nuit avec une lampe au Malawi : http://pleinairvoyagesetcompagnie.com/2015/12/22/32-peche-traditionnelle-au-malawi/ ou dans de petites embarcations doubles et étroites en Papoisie Nouvelle-Guinée ( j’ai déjà hâte d’écrire mon article sur le sujet!), je raffole de ces histoires toujours intenses.

Tout cela pour dire, que cette fois-ci, j’ai mis les pieds dans mon premier marché de poisson au Cameroun, près de Limbe et je suis gaga.

Je suis toujours impressionnée par les gros poissons et les crabes géants.

Négocier est toujours une expérience un peu étrange.  C’est la tradition dans plusieurs des pays dans lesquels j’ai voyagés, mais je suis toujours un peu perdue au travers des éléments à prendre en considération lorsque je regarde les prix :

  • Dans certains pays, négocier les prix de tous achats est normal, alors que dans d’autres la nourriture ne se négocie pas, c’est un signe d’irrespect pour l’énergie demandée pour amener ce poisson/fruit/légume sur la table.
  • Je dois aussi être consciente que souvent les prix sont gonflés artificiellement pour moi, car je suis une étrangère et la plupart du temps, les gens des communautés que je visitent pensent que mes poches sont pleines à craquer.  En même temps, je dois aussi être consciente que dans d’autres endroits du monde, notamment le Bangladesh ou la Papoisie Nouvelle-Guinée, monter les prix pour moi, étrangère, ne viendrait jamais à l’idée des gens locaux, et essayer de faire baisser le prix de la nourriture pourrait me faire paraître franchement insultante.. pour eux qui me demande un prix tout à fait juste pour leurs produits.

  • Finalement, je dois aussi prendre en considération, que quand je ne négocie pas un prix qui devrait l’être selon les locaux, j’envoie également le message qu’en tant que visiteur, j’ai les moyens de payer ces prix-là et que je suis vraiment très riche.  On s’entend, venant du Canada mon pouvoir d’achat est la plupart du temps plus élevé que celui de gens dans lequel je visite, toutefois, je fais toujours attention de négocier mes prix, afin de d’envoyer le message que oui, j’ai les moyens de voyager, mais non je ne vis dans un château au Canada à manger du crabe des neiges matin, midi, soir.  En fait, j’ai souvent assisté à situation, où des touristes étant inconscients de cette dynamique voyaient un prix absolument dérisoire pour un produit étiqueté de luxe au Canada, par exemple ces crabes géants dans ce marché au Cameroun.  Cela envoie un vraiment un drôle de message aux vendeurs et vendeuses du marché qui pensent maintenant pouvoir demander un prix ridiculement élevé aux étrangers pour un produit local.  A long terme, cela crée un fossé infranchissable entre les populations locales et les touristes autour de l’idée de richesse.

Bref, j’adore les marchés de poissons, ou tous les autres types de marché dans  les pays dans lesquels je voyage.  Je suis une super fan de ce contact avec les gens ; tout le monde doit manger, et la nourriture en dit tellement sur le mode de vie local, les traditions, les goûts, sur les familles qui fréquentent ces marchés.  J’en profite toujours pour faire le plein d’histoires et de conversations, mais je suis toujours aussi consciente de l’impact de mes achats sur la dynamique du marché : j’essaie de payer le prix juste et ma réflexion change de pays en pays selon les traditions locales : ce n’est pas nécessairement un prix durement négocié ou le plus bas possible, ni le plus élevé non plus, aussi parfois il n’est pas négocié, parce qu’il ne négocie tout simplement pas.  C’est le prix qui respecte la personne en face de moi, qui lui envoie le message que je donne de la valeur de son travail, qui reconnaît aussi que je viens d’ailleurs, mais qui en même temps veux donner une idée juste de qui je suis, une voyageuse sac-à-dos qui vit dans un appartement bien normal à Montréal.

Et voilà, je promène un peu partout et je fais mes choix ; c’est que je me prépare un festin.  Juste sur le côté du marché, plusieurs femmes ont des grills et cuisent sur le feu les achats frais du matin des clients.  Je laisse mes réflexions sur la négociation pour goûter pleinement aux saveurs du terroir camerounais.  C’est délicieux!

 

6 – Les lianes

Limbe a un des plus impressionnants jardins botaniques que j’ai vu de ma vie! J’ai l’impression que le coeur du Cameroun se retrouve dans cet espace caché à deux pas de la ville, et c’est absolument magnifique.  J’ai vu tellement de paysages arides en Afrique de l’Est, mais la partie du Cameroun où je me retrouve présentement représente absolument le contraire.

Ces arbres géants enfouis sous les dizaines de lianes sont absolument fascinants.  Ce sont des murs faits littéralement de végétation.  C’est vraiment incroyable.  On dirait un autre monde, immuable, tout en vert.

Je suis vraiment heureuse de découvrir, cette forêt miniatures, mais j’ai encore plus hâte de pouvoir découvrir le tout hors d’un parc officiel.  😉  J’ira bientôt avec un trappeur local… ce serait vraiment intéressant!

 

En attendant, ma prochaine sortie dans la jungle, je retourne vers les plages de sable noir de Limbe, j’en avais tellement entendu parler.  Ça me donnera une petite pause, avant d’aller au marché de poisson 🙂

4 – Les parapluies camerounais

Il vient de pleuvoir, l’asphalte est un peu glissante.  Il y a une odeur de terre et surtout celle de la bouffe de rue ; les petits stands sont pleins.  Des avocats murs, du pain, des petites tomates, du poisson grillé dans un épais fond d’huile sur le bord de la rue : la pluie ne change pas grand chose au rythme bien rodé de Douala.

Malgré la pluie, les motos filent de partout avec…. leurs parapluies!  J’avais vu quelque chose d’un peu semblable au Vietnam, un espèce de grand imperméable couvrant la moto et ses passagers.  Au Cameroun, on fait dans le plus concis ; le parapluie 🙂

Et avec la moto à Douala, on ne niaise pas!! J’y ai fait un des tours les plus rocambolesques de toute ma vie!  Assise derrière une moto taxi, l’homme roule, file, dépasssseee, et me scratche les deux genoux, un sur une autre moto dont on est allé trop proche, l’autre sur la partie avant d’une auto, bien communément appelé son «bumper».  Après la deuxième égratignure, c’est exactement le moment où je me dis : «aie, aie, aie, qu’est-ce que ma mère dirait!!».  J’enlève rapidement, mes cheveux étampés sur mon visage par la pluie, parce qu’en fait, l’homme me fait visiter Douala à vitesse grand V et c’est absolument unique.  A contre-sens, dans le traffic inverse à notre direction, juste avant de monter sur le terre-plein en évitant bien sûr, les kiosques de bouffe de rue de toutes sortes, il joue habilement du frein et de l’accélérateur dans le traffic monstre de cette capitale!   Je ris, mais j’ai aussi un peu mal au coeur 😉  Je pense que la moto aurait peut-être besoin de nouveaux amortisseurs.  Bref, j’ai le gros sourire aux lèvres, à découvrir le quotidien de cette métropole africaine…  Mon ami camerounais me disait que quand il avait quitté le pays 10 ans plus tôt, il n’y avait aucune moto.  Aujourd’hui, au coeur de ce hub en grand développement, comme de dizaines d’autres grandes villes africaines, elle se faufile partout, sans aucune restriction routière, à part l’espace minime entre les véhicules pris dans le traffic monstre de cette grande ville.

Demain, c’est le grand départ pour Kribi.  J’ai hâte de voir l’un des autres visages du Cameroun.

 

 

3 – Histoire de viande

Je le regarde, il me regarde aussi.  Nous sommes face à face.  Je détourne le regarde, mais lui non.  C’est le duel.

Je viens d’arriver à Douala, et j’ai eu l’accueil le plus chaleureux de ma vie dans une famille camerounaise.  Tout le monde est là, heureux, me répétant par dizaine de fois de me sentir comme à la maison.  Je suis vraiment touchée, ils partagent tout avec moi, maison, lit, repas.  Je me sens tellement bien accueillie, parce qu’en plus de m’avoir cuisiné le repas, on me dit chaleureusement qu’on m’a fabriqué un plat tout spécial et typique seulement pour moi.

Alors, les joues rouges de surprise, je fais face au… rat.

Et je me sens tellement mal…. parce que vraiment, je pense que je vais avoir de la misère à le manger, ce plat cuisiné avec tant d’attention et de bonté.  Ouf!

En fait, cette situation m’est arrivée plusieurs fois en voyage…  et chaque fois, je me questionne sur la chance que j’ai eu d’avoir été élevé au paradis du steak, des coupes de viandes bien définies.  A force d’avoir été habituée à manger de bons gros morceaux de protéine provenant de type d’animaux bien spécifique (principalement boeuf, poulet, porc) je me sens toujours un peu mal de ne pas être capable d’apprécier à leur juste valeur des plats vraiment bien cuisinés, issues de la culture typique de l’endroit où je voyage.  Des coeurs de poulet et pattes de porc dans les soupes chinoises, au organes bien juteux dans certains pays africains, au castor chez les Cris, j’éprouve toujours un certain malaise à mon incapacité de m’adapter à ce que les gens mangent normalement, surtout que ces mets typiques traduisent toujours l’adaptation au territoire et le désir de ne rien gaspiller, et de respecter l’environnement et les ressources disponibles.  D’ailleurs, les étrangers ont souvent la réputation de ne manger «que les bonnes parties», laissant plusieurs morceaux de viande et cartilage sur les os.  Et puisque, j’avoue que je n’aime pas le gaspillage… je pourrais vraiment m’améliorer de ce côté là.

Donc, chaque fois, j’essaie vraiment fort d’aller au-delà de cette barrière, même si franchement, une des choses avec lesquelles j’ai le plus de difficulté quand je voyage.  Je retourne donc dans cette famille super accueillante et cette fois, je vais essayer le groin de porc.

2 – Le déluge

Après un court arrêt au Maroc, où j’ai eu à peine quelques heures pour mettre les pieds dans les petites rues de Marrakech, j’arrive tard le soir à Douala, la capitale du Cameroun.  Il fait extrêmement chaud et humide.  Les vitres de l’aéroport sont couvertes de buée.  Mon ami Camerounais doit venir me chercher, mais il n’y est pas.  Assises sur mon sac-à-dos, je suis loin de paniquer, je sais très bien qu’en voyage le temps ne se mesure pas de la même manière que chez nous et qu’une vrai panoplies de choses rocambolesques peuvent arriver!

Deux heures plus tard, il n’est toujours là.  Je commence à me demander si je lui ai pas donné la bonne journée d’arrivée…  Puis, je le vois arriver.  TREMPÉ!  C’est qu’il a traversé les 15 mètres qui le séparent du 4×4 de l’aéroport… et il pleut!!!  J’arrive en plein saison des pluies!  Honnêtement, je n’ai jamais vraiment fait attention à ce genre de choses en voyage, mais en traversant le Cameroun… ouf, j’ai eu ma leçon!

Nous crevons dans l’auto, mais les fenêtres sont relevées.  Nous traversions Douala, et les routes sont remplies d’un épais lit d’eau!  Je n’ai sincèrement jamais rien vu de tel!  L’eau jailli de partout, et chaque fois que l’auto avance, de larges «splashs» refoulent sur la voiture.  C’est incroyable.  Je suis tellement fatiguée en raison de transport, mais franchement j’ai un géant pic d’adrénaline, je me sens comme dans une course à obstacles, dans la nuit, au milieu de ce nouveau pays.  L’eau est partout, et avec cette aventure, mon voyage au Cameroun commence bien 😉 

1 – Le python


J’ai rencontré Gabin lors d’un souper entre ami.  C’était un conteur.  Un vrai.  Un de ceux-ci t’emporte à l’autre bout du monde avec leurs paroles, leurs récits, leurs histoires.  Assise sur le coin de ma table, j’étais rendue au Cameroun.

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Il m’a raconté comment les hommes de son village chassait le python, partant à dix dans la jungle, jusqu’à la fameuse maison du dit serpent.  Le pied d’un homme au fond du trou, ils attendaient patiemment que l’animal s’enroule autour de la jambe, puisque c’est par asphyxie que ce dernier tue ses proies.  Le pied bien enroulé, on sortait rapidement le serpent de son terrier pour ensuite le tuer.  Et bang, on revenait au village en file avec le piton sur les épaules de 10 hommes.

Les yeux écarquillés, j’ai tout de suite pensé, qu’eh bien… Gabin et moi, on avait pas eu la même enfance!  Entre son village et Pointes-Aux-Trembles.

Pour Gabin, le Cameroun, c’est le plus beau pays du monde.  C’est le bijou de l’Afrique : c’est le tout-inclus des climats et le résumé de la beauté de ce qu’on peut trouver sur ce gigantesque continent : la mer, la jungle, la ville, les villages, les gens.

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Alors quand Gabin m’a demandé si je voulais au Cameroun, eh bien, j’ai capoté de joie, et j’ai acheté mon billet d’avion, parce que ça allait être trou fou aller visiter le plus beau bijou de l’Afrique et le monde rempli d’aventures dont Gabin m’avait tant parlé.

L’Afrique, le futur paradis du voyage sac-à-dos

Il a quelques mois, j’ai eu le plaisir de travailler avec Jennifer du blog «Moi, mes souliers» à l’adresse suivante : http://www.moimessouliers.org

Je vous invite à visiter son blog, afin de me lire sur les 5 plus grands mythes du voyage sac-à-dos en Afrique et pourquoi ce continent sera probablement bientôt, le futur paradis de ce type de voyage.  A bientôt!

C’est par ici : http://www.moimessouliers.org/lafrique-le-futur-paradis-du-voyage-sac-a-dos/

Voyager en sac à dos en Afrique

10 – Autour de la chauffrette

Monte, descend, monte, descend, monte, descend.  Le treks de l’Annapurna est composé de milliers et de milliers de marches qui montent à l’infini, puis redescendent toujours plus bas, et plus un tout petit peu plus haut… finalement.  Je le sais, je les ai comptées!  Mes pieds sont remplis d’ampoules et je suis épuisée, mais en focusant sur le nombre de marches, j’avance un peu plus!

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Le paysage est à couper le souffle.

Le soir, je me change directement en arrivant.  J’enlève rapidement mon linge mouillé par la sueur, puis ensuite j’enfile directement mon ensemble du lendemain.  Il n’y a pas de chauffage dans les chambres des refuges et le matin je suis trop gelée pour même penser à enlever une couche de vêtements.  Après quelques jours, je n’ai toujours pris ma douche.  J’hésite encore entre ma propreté et l’eau littéralement glaciale!  Il faut dire que les douches sont rudimentaires.  Bon, je suis habituée à l’habituelle plaque de céramique au sol qui sert de douche, de toilette, de tout en fait.  Mais cette fois-ci, avec le froid, les besoins des gens sont plutôt gelés et collés au sol, donc bizarrement, c’est extrêmement glissant, alors bon, je vais attendre avant de prendre ma douche. 😉

Il y a aussi eu cet endroit ou la toilette n’était un long tunnel à découvert creusé au sol…  Dans cette grande pièce, j’ai cherché les cloisons, la porte à fermer… mais rien.  C’était plutôt..  ouvert comme situation!  J’étais un peu étonnée, mais je n’étais pas la seule apparemment…  d’autres locales étaient aussi bien surprises de me voir aller!  Au milieu des chuchotements et des rires à mon endroit, je pouvais heureusement admirer la vue sans pareille de la toilette.. ah, c’est beau l’Himalaya!

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Heureusement, le soir, sous de grandes tables centrales, des petites chauffrettes sont installées partout.  Alors, on a beau avoir un peu froid, on fait le tour du monde toute la soirée.  Entourée d’autres trekkeurs, c’est la grande conversation : Italiens, Coréens, Israeliens, on passe les soirées à discuter autour de nos gourdes en mangeant du riz, et c’est la belle vie!

 

 

9 – Dans le ventre de l’Himalaya

L’Annapurna, c’est un des géants de l’Himalaya.  Un colosse de plusieurs sommets allant jusqu’à plus de 8 000 d’altitude.

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Le permis de trekking obtenu à Katmandou en main, j’arrive à Pokhara, une ville bercée par le vent frais des montagnes.  Après les rues remplies et vivantes de la capitale, je suis vraiment heureuse d’y être arrivée.

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Dès mon arrivée, je prépare pour cette randonnée quelques jours, car je pars le lendemain matin.  J’ai un sac-à-dos de 60 litres, une bonne paires de souliers de marche et quelques sous-vêtements.  Comme je vais porter mes bagages, j’essaie de faire dans le léger 😉  Apparemment, ce n’était pas la technique adoptée par mes collègues Coréens qui, équipés de la tête aux pieds de vêtements synthétiques, partagent le chemin de randonnée avec moi!  Ils ont de petits sacs-à-dos bien sûr, mais également… plusieurs géants sacs ressemblant à des poches de hockeys!!  Je plains les porteurs qu’ils ont payés!!!!  Heureusement, le soir venu, complètement gelée parce qu’il n’y avait pas de chauffage dans les petites habitations fournies aux randonneurs, j’ai eu de la chance de goûter à de la pieuvre séchée  gracieusement offerte par ces derniers!  Je pense que c’était la dernière chose que j’avais pu penser manger ici 😉  Je comprends maintenant pourquoi leurs poches étaient si lourdes, ils ont apporté tout leurs repas!

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En fait, la nourriture sera plus chère à mesure que j’avancerais dans ce trek.  Tout étant porté à bras, plus j’étais loin, plus le prix du repas était élevé.  C’est normal.

Le lendemain, je quitte mes amis Coréens et reprends la route.  Je traverse plusieurs villages et la vue est absolument magnifique.  Je gravis la montagne, monte et monte encore des centaines de marches, arrivée au sommet je jubile, pour ensuite me rendre compte que je dois tout redescendre!  Le trek de l’Annapurna est tellement particulier sur ce point, souvent, si l’on regarde directement devant soi, on dirait qu’on pourrait atteindre le prochain sommet à vol d’oiseau en 5 min de marche, mais il faut monter et redescendre chacune des falaises de montagne qui forme une longue chaîne.  Heureusement que c’est magnifique, car c’est aussi interminable 😉

19 – Épilogue de cette aventure asiatique – La peur

Quand je suis partie en Asie pour la première fois, j’avais 21 ans.  J’avais été en Inde et en République Dominicaine avec des programmes d’initiation à la coopération internationale, mais je n’avais aucune idée de c’était quoi… un voyage sac-à-dos.

Quand je suis arrivée en Beijing, les deux pieds au milieu de gens qui ne parlaient pas un mot d’anglais, j’ai capoté.  Face à l’inconnu.  Ni Hao la Chine, moi c’est Andy.

Les premiers jours, j’ai trouvé ça rough.  Attend, je veux dire les premières semaines.  Pour être honnête, j’étais incapable de manger la bouffe chinoise au début.  Pendant des jours, j’ai mangé de poulet Kong Pao, parce que je savais que c’était du poulet et des peanuts.  That’s it.  J’ai jamais été une fan des pattes de poulet, ni de cerveau de mouton d’ailleurs 😛

Aujourd’hui, quelques années plus tard, je me trouve ben hot de m’avoir lancé dans l’inconnu comme ça.  Banguerang.

Parce que j’ai eu peur : (Oh oui)

  • De ne pas trouver d’endroit où dormir.
  • De travailler traverser une jungle remplie de grosse bibittes..

  • De manger de manger de la viande, et de me demander si c’était du chien.

  • De me perdre en milieu de mégapoles chinoises.

  • De ne pas être comprise, car personne ne parle ma langue.

Mais c’est ce qui m’a donné la force d’attraper des opportunités de vie plus intenses les unes que les autres par la suite, et de maintenant travailler au Nunavik.   Et de faire de ma vie une constante chaîne de défis.

Ce que je veux dire, c’est que des fois ça vaut la peine d’avoir peur.

Parce que se mettre dans une position où tu peux plus reculer, c’est aussi te mettre dans une position où tu ne peux plus qu’aller de l’avant.  Et apprendre.  Et grandir.

18 – L’armée ensevelie

On raconte, qu’un jour, un fermier ratissant son champs a découvert un trou au sol.  Intrigué, il a creusé, puis creusé encore, pour découvrir une fosse remplie de… soldats ; il venait de découvrir l’armée de terre cuite de l’empereur Qinshihuang ou plutôt son mausolée.

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L’armée découverte ce jour-là est tellement gigantesque qu’une bonne partie de celle-ci reste toujours ensevelie à ce jour.  Et c’est ce que j’ai été visité à Xi’an.

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Des champs et des champs de soldats en terre cuite ensevelis, des chevaux aussi, et différents types de combattants… une véritable nécropole pour homme qui voulait se protéger lors de son passage vers la mort.  Et quel fantasme quand même!  On raconte que les artisants ont été enterrés vivants!

L’attraction est aujourd’hui protégée par de gigantesques domes et est très (très) populaire!  Sur les photos on voit souvent seulement les soldats, mais les foules de touristes sont gigantesques!

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Bref, pour l’expérience mystique, c’est à voir absolument! Mais garre aux hordes de touristes!

17 – Le mont Hua Shan : l’extrême via ferrata chinoise

Le Mont Hua Shan, est la place en Chine pour vivre des émotions fortes!  Le paysage est sincèrement à couper le souffle!   Au sommet, on se retrouve au milieu de pics aiguisés et de petits temples, puisque la montage est un lieu religieux daoiste depuis plusieurs décennies.

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Il est possible de grimper pour aller au sommet, mais même prendre le téléphérique est une expérience vraiment impresionnante.  Dans la petite boîte vitrée au milieu de cette immensité, je me sentais tellement petite!

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Mais le paysage n’est que le début de la légende, puisque le Mont Hua Shan est connu à travers le monde pour son parcours extrême de via ferrata.  Mettons que les normes de sécurité n’ont rien à voir à ce qui se fait au Québec!

Avec les planches de bois accrochées à même le roc…

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Des chaînes..

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Et des pics de métals à titre d’escalier!

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Franchement, il y a de quoi avoir la frousse!

16 – Les enterrements du ciel et de la terre

J’arrive à Xinning.  Je n’ai qu’une envie, c’est d’aller sur internet faire plus de recherches sur Yushu.  Assise sur un mini banc en plastique dans un café internet un peu crasseux, j’essaie de comprendre où je viens de passer.  L’internet est extrêmement lent.  Comme d’habitude, plusieurs sites sont bloqués par le gouvernement : pas facile d’avoir de l’information.

Au bout d’une demi-heure, ça y est, j’ai trouvé : tremblement de terre.

Et oui.  Tout s’éclairci.  Mon guide de voyage date de l’année précédant l’évènement, voilà pourquoi je n’ai jamais entendu parler de cette situation incroyable.  J’essaie d’en apprendre plus, mais il y a très peu d’information en ligne.  Une chose est sûre, la dévastation que j’ai vue m’a vraiment jeté à terre.

 

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Ce n’est qu’un an plus tard, que j’ai vraiment réalisé où j’étais allé.  A Montréal, dans une exposition du World Press Photo, je lisais les descriptions reliées aux meilleures photos prises à travers le monde.  Jusqu’à ce que… Oh!  Je vois des images de Yushu!!  Quelle surprise!!

Sur les photos, j’ai vu des allées et des allées de corps étendus prêts pour le rite funéraire traditionnel des Tibétains.  Des dizaines de corps.  Honnêtement, je ne pouvais pas croire que j’étais passé par cette ville, quelques mois après cet évènement où tant de personnes étaient décédées si drastiquement.  Il y avait plusieurs photos du «Sky Burial».  Je n’ai pas trouvé de traduction exacte en français de cette pratique, on parle parfois d’enterrement à ciel ouvert ou d’enterrement du ciel et de la terre.

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Durant mon séjour dans l’Ouest de la Chine, j’ai été invité plusieurs fois à observer ce rite à titre de touriste.  Au coeur de la tradition bouddhiste tibétaine, où l’on croit à la réincarnation, on croit aussi que le corps doit être redonné à la terre.  Lors d’un décès, le corps est donc séparé en morceau par un moine et les os et le cerveau sont broyés, puis mélangés à de l’orge pour être ensuite offerts aux vautours.  Il n’y a pas de mise en terre.

Honnêtement, j’ai éprouvé un profond malaise à cet égard ; à l’idée d’observer un «enterrement» d’une personne dont je ne suis pas une proche.  C’est pourquoi j’ai décidé de ne pas assister à ce rite.  Bien que cette pratique ait été sans doute extrêment intéressante à observer, puisqu’elle est si différente des croyances apprises au sein de ma culture, j’ai pensé que je trouverai complètement irrespectueux que quelqu’un paierait de l’argent pour venir observer ma famille au salon funéraire.  J’ai donc refusé à plusieurs reprises cette opportunité lors de ce voyage.

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Toutefois, je trouve cette pratique intéressante.  Elle fait réfléchir sur la signification que nous donnons à la vie, à la mort, au corps, à la réalité tangible, à la réincarnation, etc.   C’est pour cela que je voyage : pour  connaître d’autres points de vue, me remettre en question, comprendre le monde et apprendre à voir comment d’autres peuples abordent autrement des concepts et des expériences de vie, à leur manière.  Le tremblement de terre à Yushu aura certainement été pour moi une expérience de vie unique et une occasion formidable de me questionner sur ces sujets.