10 – A la trappe camerounaise!

Les deux mains bien accrochées sur le support en métal de la moto, mon dos craque à la folie.  C’est que sur cette petite route de sable rouge de campagne camerounaise, j’encaisse les coups que les amortisseurs inexistants de mon véhicule, ne peuvent amortir, justement.  C’est déjà la grande aventure, puisqu’à chaque instant, j’ai peur de rouler sur une trop grosse bosse et ainsi aller rejoindre la jungle luxuriante qui m’entoure.  😉

C’est que j’avance vers une expérience de vie complètement unique : mon chauffeur de moto m’amène à la chasse dans la jungle!  Arrivée à destination, je rencontre un homme très petit avec une très grande machette.  A ma grande surprise, je me rends compte que l’homme en question est un Pygmé.  J’avoue avoir très peu de connaissance sur ce groupe, et en avoir seulement vaguement entendu parler dans les livres que j’ai lus.  Je me sens tout à fait privilégiée de l’accompagner à la chasse.

En deux temps, trois mouvements, je me retrouve au coeur de la jungle, ce dernier me montrant comment il trappe chaque jour de petits mammifères.  Je suis absolument impressionnée!  En quelques secondes, il coupe une lianes, puis deux petits arbres, attache l’un aux autres et construit un piège en tout point naturel et au combien efficace!  Un petite clôture faite de bois sur plusieurs mètres contraint les animaux à passer par un petit trou où le piège sera ensuite installé.  Il commence à parler de ses connaissances de la forêt, je suis vraiment fascinée par son savoir-faire.

Un peu plus loin, la clôture est détruite.  Des bouts de bois se retrouvent un peu partout..  Intriguée, je lui demande ce qui a détruit son piège.  L’homme sourit, puis me dit que ses installations sont conçus pour attraper de petits animaux pour leur peau, mais également pour se nourrir.  Toutefois, ils ne sont pas assez forts pour capturer un…. python!!!!  Je n’en crois pas mes oreilles, il me raconte que la semaine passée, un python s’y est pris : coincé dans le fil à pêche qui entourait son tron, le python s’est débattu de gauche à droite pour s’échapper, mais sans succès.  L’homme ayant appris la nouvelle, il est revenu avec plusieurs amis pour tuer sa proie avec un fusil.

Cette histoire me semble absolument surréelle!  Le Cameroun est franchement un endroit tout à fait incroyable!  Toutefois, même si je bois les paroles de l’homme, je ne peux rester en place!  Je me trouve près d’une gigantesque fourmilière et des centaines de fourmis montent sur mes jambes et me mordent agressivement.  Ouf!  Honnêtement, je le répète encore, je suis vraiment impressionnée de la capacité d’adaptation de l’Humain!  L’homme travaille chaque jour sans relâche pour nourrir sa famille dans une chaleur incroyable, au milieu d’animaux assez dangereux (python!) avec des fourmis partout!  Avec sa machette, des bottes de caoutchouc, des shorts et un t-shirts de soccer, c’est franchement rudimentaire comme mode de vie!  Franchement, je me trouve privilégiée, et j’ai beaucoup de respect pour lui.

 

 

 

 

N’arrête jamais d’explorer

J’enfile mon casque de moto et je me dis que tout va être correct.  J’ai déjà fait de la moto en Tanzanie, au Cameroun, en Chine, dans des p’tites rues, sans amortisseurs, parfois à contre-sens dans la circulation.  Je me dis que je connais ça, la moto.  En fait, je m’apprête à traverser États-Unis en moins de deux semaines, de l’Ontario jusqu’en Californie et vraiment, je me sens comme une pro.

Après, je prends l’avion pour l’Australie, puis enfin ma destination ultime… la Papouasie Nouvelle-Guinée.  Ensuite, je reviens à Vancouver pour retraverser le Canada, 5 jours plus tard, je pars pour le Nunavik.  Ça va être tout un trip. Bref, je me sens prête pour l’aventure, drillée par la fatigue et l’adrénaline des préparatifs.

Quelques heures à peine après être partie, je déchante… j’ai tellement froid sur la moto et j’ai toujours peur de perdre mes lunettes qui avec le vent ont l’air d’une brindille face à un ouragan.  Gênée, je finis par écouter les conseils qu’un peu tout le monde m’a donné : porter un bon manteau en cuir et mettre une corde sur mes lunettes… à contre-contre coeur (parce que c’est pas du tout mon style) je me fonds dans le monde de la moto…  et c’est magique!

En fait, sur mon chemin, je rencontre des dizaines de passionnés!! Des hommes (en grande majorité) tatoués de la tête aux pieds, vêtus de jeans et de cuir, avec des bandanas ornés de squelettes et de longues barbes.  Partout, les gens viennent me voir pour m’aider, pour voir comment je vais, où je me dirige et surtout savoir si tout va bien.  Je découvre une famille tissée serrée, une vraie communauté, qui me fait sentir en sécurité partout où je vais… parce que je voyage à moto.  C’est vraiment extraordinaire… et même si j’ai trouvé la transition difficile au début, je suis vraiment heureuse d’avoir fait un court séjour dans ce monde inconnu… j’ai vraiment été inspirée par le sentiment de solidarité entre les motos cyclistes.

Quelques semaines plus tard, en Papouasie Nouvelle-Guinée, j’irai à la chasse aux crocodiles sur la rivière Sepik, une région du pays où la seule façon de se rendre de village en village est par bateau.  Bon, certaines embarcations sont motorisées, mais sur le coup, je suis plutôt dans un mince canot sculpté dans un tronc d’arbre qui n’a pas vraiment de ballant… et c’est la nuit.  En fait, j’ai vraiment peur, je suis convaincue que je vais mourir dévorée par un croco, et je sais pas trop comment expliquer le tout aux chasseurs dans l’embarcation qui sont occupés à affûter leurs harpons.  Heureusement, un poisson volant saute dans ma face et change vraiment le mal de place.  Je finis par me calmer et vivre moment absolument magnifique avec les Papous.  L’homme devant moi fait des blagues à mesure que sa sacoche se remplie de bébés crocodiles.  Quelques jours plus tard, je comprends qu’il n’aurait jamais pu rien m’arriver.  Les Papous se sentent absolument responsable des gens qui les visitent, j’avais toute une famille qui m’attendait à mon retour.  J’ai trouvé cette expérience tellement touchante et ça aussi, ça m’a vraiment inspiré.

En fait, la raison pourquoi ne parle de ces deux anecdotes, c’est que je ne veux pas seulement parler de voyages, mais d’expériences de vie, de rencontres, de nouvelles activités, sports, sorties, cours à l’école, musées, groupes de musique, etc.  La vie est infiniment intéressante et remplie ; il y a tellement choses à apprendre, à explorer, à découvrir.  Mon voyage m’a seulement rappelé à quel point le monde est immensément grand et beau, et rempli de gens différents vivant de manières éclatées, et qu’ici ou ailleurs, c’est souvent dans l’inconfort de l’inconnu (et quand on accepte qu’on ne sait pas tout) qu’on grandi le plus.

13 – Parmi les yacks

Quand je suis arrivée à Kanding, j’ai eu le coeur géant.  Dans cette ville à majorité tibétaine, j’entrais exactement à l’endroit où j’avais rêvé aller en Chine.

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Et quelle ville!  Entre temples et grands bâtiments, un grand torrent scindait la ville en deux!  J’avais beau ne pas avoir de chauffage à l’auberge où je séjournais et être glacée toute la nuit entre les murs de ciment humides, j’étais heureuse d’être là.  Le lendemain, ni une, ni deux, je montais la montagne située au centre de Kanding.  Je me revoie encore si heureuse au-dessus de tous dans les nuages touchant ce temple tibétain où se trouvait un bouddha géant!

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Mais ce n’étais que le début!  Demain, je vais dans la steppe, à Litang.  J’ai fait des pieds et des mains pour arriver à cette ville dont je rêve depuis longtemps. En effet, en essayant de comprendre la femme qui parlait exclusivement mandarin à la billetterie, on m’a dit que la route que je souhaitais emprunter pour aller à ce trésor tibétain s’était effondrée sous la crue des eaux.  Il me faudrait quatre jours de transport pour aller jusque là-bas en faisant le contour de la route détruite!

Cahotique, le chemin pour se rendre à Litang?  Les chauffeurs chinois aiment à faire penser à leurs passagers qu’ils vont mourir à chaque tournant! Et hop on glisse un petit peu.. oh le précipice est vraiment beau!  Aie, Aie, Aie!  Avec beaucoup de chance, j’arriverais dans ce lieu carrément mythique… la steppe!

Ici, aucun arbre à l’horizon, nul sentier où marcher.  Que des endroits à parcourir à l’infini, à pied où à cheval parmi les troupeaux de yacks.    C’est aussi à Litang que j’ai vu des populations de nomades vivre dans des tentes et faire des courses de chevaux ornés de rubans colorés.  Je me croyais dans un film honnêtement.

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Et des temples tibétains comme je n’en ait jamais vu.  Des beautés architecturales.

Litang, c’est aussi l’endroit où j’ai cru que j’allais enfin manger du fromage!  Avec les élevages présents, je croyais que le gens fabriquaient eux-mêmes ce produit.  J’en rêvais, puisqu’en général les Chinois mangent très peu de produits laitiers.  Je suis donc allé au village m’en acheter et c’est avec grand enthousiasme que j’ai pris une croquée géante… de beurre ranci!  Beurk!  Et oui, pas de fromage ici mais bien du beurre de graisse de yacks… Miam!

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Et un brin de modernité par ici et là.  Comme des moines à motos!

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Aller, toute cette route m’a creusé l’appétit!  Je vais au marché, justement il y a une tête de yack fraîche!

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22 – Faire de la moto au royaume des Karamojons

Le lendemain, je me lève tôt.  Objectif de la journée : trouver une moto.  Un petit défi compte tenu que du fait que tout le village sait qu’il y a une étrangère ici, et qu’elle n’a pas de transport pour poursuivre son chemin plus au nord de l’Ouganda, vers la frontière avec le Sud-Soudan.  Tout le monde est au courant!

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Les négociations commencent avec un homme près de l’hôtel, qui en connait un autre, puis un autre…  En cinq minutes, une grande foule d’hommes forment un cercle autour de moi, et oui, ils sont tous prêts à m’aider!  Je me demandais comment je vais faire, pour faire tenir mon sac-à-dos et celui de mon compagnon sur la moto :

-Pas de problème ma soeur, j’ai de la corde faite en vieux pneu!  me répondit un des hommes.

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Ah!  Ah!  Ici, la créativité des gens est infinie, avec les moyens du bord, on se débrouille toujours!  Je suis toujours fascinée de voir comment l’on peu réaliser tellement de choses avec peu!

La fébrilité monte autour de moi, il y a au moins une trentaine de personnes. Tout le monde veux voir les étrangers (Muzungu!) conduirent la moto!

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Et je décolle… Et, c’est là, maintenant, un des plus beaux moments de ma vie!  Je n’arrive pas à y croire, je fais de la moto en Ouganda dans une région où presqu’aucun touriste ne s’est jamais rendu.  Mes cheveux sifflent dans le vent chaud de cette terre extrêmement aride.  Ici, il n’y a pas d’auto, ni de vélo, que des femmes à pieds transportant des branches gigantesques (vraiment!) avec un bébé dans le dos et des hommes transportant de lourdes poches de charbon.  Dans cet environnement irréel, j’ai le souffle coupé.  Je suis vraiment ici?  Près de ces montagnes escarpées, de ces dunes orangées et de ces villages avec des huttes?

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Plusieurs Ougandais m’avais dit de ne pas venir ici.  On m’avait raconté que le royaume des Karamojongs est dangereux.

-Ces gens te tueront et brûleront ton auto, seulement pour se faire des souliers avec les pneus!

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Au final, les Karamojongs sont littéralement magnifiques.  Ils ont les jambes aussi longues et effilées que leurs indispensables bâtons de marche, qu’ils gardent systématiquement avec eux pour diriger leurs bêtes. Habillés de leurs larges pagnes carottés, ils nous envoient la main.  Les hommes portent des chapeaux de style «Peter Pan».  Je soupire, c’est incroyable d’avoir la chance d’être ici.

L’air sec me brûle la peau, mais je m’en fou.  Je fais de la moto avec mon sac-à-dos accroché avec de la corde de vieux pneu et je traverse le nord de l’Ouganda.  C’est fou!

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C’est littéralement fan-tas-ti-que.

Et vous, avez-vous déjà eu ce sentiment d’être tellement chanceux en voyage?  De faire l’expérience de moments tellement uniques?