11 – Lalibela, au coeur du christianisme

Au nord de l’Éthiopie se trouve l’un des lieux les plus célèbres de ce pays : Lalibela. Endroit mythique, on y trouve des églises chrétiennes creusées à même le sol, directement dans le roc.  A la hauteur du sol, il est impossible de les détecter; elles sont seulement visibles du ciel!  Une fois de plus, j’en découvre un peu plus sur la riche histoire de l’Éthiopie.

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A l’intérieur des parois de roc, se trouve les tombes des prêtres y ayant réalisés des cérémonies il y a des centaines d’années.  Les églises sont toujours en activité aujourd’hui!.  Les bijoux des tombes ont été pillés, mais certains squelettes y sont toujours!  J’y ai d’ailleurs vu un pied… ouf!

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Ces églises sont remplies de fresques réalisées par des chrétiens orthodoxes représentant des scènes religieuses et des conquêtes.  Je reconnais le style typique des peintures éthiopiennes: des personnages à la tête et aux yeux ronds.

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L’architecture de ces monuments est complètement fascinante.  Creusés à la main, je m’imagine tout le travail derrière ses bâtiments inclus dans la terre. Je n’avais aucune idée des liens entre cette religion et cette partie du monde.  J’apprends milles choses!  J’ai bien fait de faire ces 10 heures d’autobus de la capitale pour venir jusqu’ici!

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10 – Culture, questionnements et confiance

Suite à notre trek dans les Simiens Mountains, je suis allé rendre l’équipement loué à un Éthiopien que j’avais rencontré dans la rue.  Il m’a alors invité à souper dans sa famille avec son père et sa petite soeur.  Je me suis empressée d’accepter, car il s’agissait d’une excellente occasion de mieux connaître la culture locale.

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Dans sa petite maison, il y avait tout le nécessaire pour vivre.  Nous sommes reçu comme des invités et nous mangeons la typique injera éthiopienne.  C’est délicieux! Pendant quelques minutes, nous discutons des Simiens Moutain, puis le sujet s’est rapidement dirigé vers nos différences culturelles.  Il m’a raconté une histoire qui m’a fait beaucoup réfléchir, puisqu’à travers ses yeux, je découvrais un pan de ma culture auquel je n’avais jamais pensé.

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Un jour, il a rencontré une touriste dans la rue, une canadienne.  Elle semblait perdue et déroutée.  Il lui a alors demandé si elle avait besoin d’aide.  Elle a répondu que oui, elle était très malade et cherchait un hôpital.  Il lui a alors parlé de l’hôpital le plus proche où les étrangers ont l’habitude d’aller et lui a proposé de l’accompagner pour lui montrer le chemin.  Elle lui a demandé pourquoi il voulait l’accompagner, qu’elle ne lui avait rien demandé.  Il lui a simplement dit qu’il voulait l’aider.

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-Ok, mais veux-tu de l’argent?

-Non, voyon!

-Alors pourquoi veux-tu m’aider?

-Parce que tu as besoin d’aide.

-Pourquoi je devrai te faire confiance?

-Tu as le choix, moi je te propose mon aide, c’est tout.

-Je peux pas te faire confiance comme ça, veux-tu de l’argent?

-Non!

-Ok, laisse faire, je vais y aller toute seule.

Finalement, il lui a indiqué son chemin, lui a donné son numéro de cellulaire et, il est parti.

Finalement, au bout d’une heure, la femme l’a rappelé, car elle était perdue, elle lui a demandé de venir l’aider.  Il est venu l’amener à l’hôpital.  Elle lui a redemandé si il voulait de l’argent. Il a dit non.

-Mais pourquoi m’as-tu aidé alors?

-Parce que tu avais besoin d’aide!  

Et il est parti.  

En racontant cette histoire, notre interloculeur semblait consterné!  Il disait sans cesse qu’il ne comprenait pas notre culture!  

-Votre culture est tellement tourné vers l’argent!  Vous ne pouvez pas faire confiance à quelqu’un si vous ne le payez pas!  Personne ne peut faire un geste par générosité chez nous?

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Pour moi, c’était fascinant d’entendre la perception de quelqu’un d’autre sur ma propre culture!  Il est inutile de dire que je ne crois pas que ce sont tous les Occidentaux doivent payer de l’argent pour faire confiance à un étranger.  De même, je ne pense pas qu’il faut faire faire confiance aveuglément à tous les étrangers qui propose leur aide dans la rue.  Loin de moi, l’idée de vouloir généraliser sur la culture de l’un et l’autre, mais l’histoire me faisait réfléchir…

Je crois quand même qu’il y avait un fond de vérité dans ce que qu’il disait. Parfois, l’échange d’argent nous confirme que l’on peut s’attendre à quelque chose de bon de quelqu’un d’autre.  Si ce n’est pas le cas, on se demande automatiquement les intentions de l’autre personne.  Toutefois, à la lumière de mes quelques semaines de voyage en Éthiopie et de notre rencontre avec ce nouvel ami, c’était clair, les gens nous veulent du bien!  Il trouvait les Occidentaux tellement craintifs!  

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Bref, faire confiance à de nouvelles personnes est un constant défi en voyage.  Comme les relations sont de très courtes durées, il est nécessaire d’exercer un jugement rapide.  Et cet Éthiopien m’apprenait que le fait de payer donnait souvent confiance aux touristes, alors que pour lui, il arrivait que les locaux aient seulement l’intention d’aider sans arrière pensée…

8 – Siemens Mountains – Partie 3

Au premier campement, nous sommes les seuls.  Les tours organisés se rendent directement au sommet.  Je commence à monter ma tente, puis à faire le souper ; des pâtes mélangées et du lait concentré.  Quelques minutes plus tard, plusieurs petites filles se rassemblent autour de moi pour m’observer.  Qu’est-ce que je mange?  Elles n’ont probablement jamais mangé de pâtes, puisqu’elles ne sont jamais allé à Addis-Abeba.  Pour elles qui portent de grandes robes avec de grands foulards, mes vêtements les intriguent beaucoup!  Elles chuchotente entre elles et me demande combien coûte mes souliers.  Je ne réponds pas toute suite, il faut que je réfléchisse à ce que je vais leur répondre.  100$, c’est ici une gigantesque fortune, ici, un salaire annuel, quoi!

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-Aller dis-nous!  Tes souliers doivent valoir chers, ils t’on couté 2$, c’est ça!  Tu es riche! Nous, il n’y qu’elles qui ont des souliers et ils lui ont coût 0,20$! Toi, tu es riche!

Cette affirmation me laisse sans mot.  Moi qui pensait dire 25$!  Je vois bien qu’elles sont très pauvres, seulement deux d’entre elles ont des souliers et ils coûtent 0,20$ en plus.  

En Éthiopie, c’est spécial, presque tout le monde porte le même modèle de souliers ; des sandales en plastique moulées faites en Chine.  La réalité de ces filles me frappent…  alors qu’elles rient ensemble de la couleur de mes cheveux en tirant sur des mèches qui dépassent de mon capuchon.

***

Nous sommes enfin au sommet!  Antoine a le mal de l’altitude.

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Notre chemin est incroyable, d’immenses crevasses nous entourent!  Mais il n’y a pas que cela autour de nous!  Il y a également des hordes de singes!  Les mâles sont intenses!  Ils ouvrent leurs gueules découvrant d’impressionnantes canines!  Ah, là je comprend la nécessité du A-K47!  Lors que nous nous réveillons le lendemain matin, la tente en est entouré!  Bon matin, Andy!  J’en crois pas mes yeux, mettons que c’est différent de Verdun!

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Nous croisons plusieurs tours organisés venus en voiture, moi je suis venue seule.   Au campement, j’entends un homme crier sur son guide.  J’aurai voulu lui dire tout ça :

-As-tu parlé seulement une fois aux gens que tu as photographié?

-As-tu une idée de la vie quotidienne des populations vivant dans les paysages que tu as entrevus à travers les vitres de ton jeep?

-Sais-tu combien d’enfants a le guide que tu es en train d’engueuler?

-Payer un prix faramineux te donne-t-il le droit de manquer de respect aux gens qui portent tes baggages?

-Tes photos de baboins font-elles plus sensation que les photos des personnes que tu as prises en photo?

Voyager en tour organisé est une façon intéressante et sécuritaire de parcourir le monde.  Pourtant, certains touristes pensent avoir le droit de tout faire sous le prétexte qu’il ont payé.

Il y a une grande différence entre consommer une culture et la vivre, merde!

Quand je pense que les Éthiopiens prennent le genre de transport sur la photo pour redescendre des Simiens Mountains, je pense que je suis très chanceuse…

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7 – Siemens Mountain – Partie 2

A force de monter les pentes raides, je suis fatiguée, épuisée.  Concentrée sur chacun de mes pas, je réfléchis.  Quand l’altitude te donne l’impression de ne rien respirer, quand la poussière s’incruste dans tous tes pores de peau, quand tu ne t’es pas lavé depuis des jours, quand le poids de ton réchau, de ton sac de couchage et de ta bouffe creusent de larges sillons dans tes épaules, et quand tu en es à ton 20e kilomètre sous le soleil brûlant, c’est entre toi et ton mental.  J’adore les treks, pour la simple raison que cela me permet d’aller au bout de moi-même.  Je garde ces victoires précieusement pour les jours où je me sens moins à mon avantage, ou quand je me sens jugee par les autres.  A la fin de la journee, j’aurai atteint le sommet de la montagne, mais surtout la fierté d’être exactement comme je suis, car j’ai relevé le défi.

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Alors que la sueur coule dans mes yeux, je fais un pas de plus.  Ma peur d’être épuisée, sale, laide, grosse ou faible décole ; j’ai d’autres priorités.  La sueur brûle ma peau déjà brûlée par le soleil, et c’est le plus beau moment de ma vie.  Quand je cesse d’avoir peur d’avoir l’air, je commence enfin à vivre dans l’instant et à percevoir la beauté des choses qui m’entoure.  C’est la première leçon de mon voyage, j’imagine.

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Des montagnes immenses, des crevasses gigantesques me font face.  Je vis!  La nature est infiniment plus grande que moi et mes préoccupations.  Dans les villages que je traverse, les femmes et les hommes portent de grandes couvertures poussiéreuses pour se couper du vent maintenant froid, annonçant la nuit.

Ici, on vit au rythme des troupeaux de chèvres, de moutons et de bœufs.  Dans ce pays sec aux milles rocs, mes préoccupations d’Occidentale ne font plus aucun sens.  Tout ce qui compte maintenant, ce sont les rencontres que je fais et qui m’aident à comprendre la vie à 4000 km d’altitude au nord de l’Éthiopie.  Ah je me sens vivre!

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En bonus, un vidéo à ne pas manquer!!

6 – Siemens Mountains – Partie 1

A 7h00, je prend le mini-bus.  Entrez!  Entrez, tout le monde!  Le bus est sans fond! Venez enfants, chèvres et poulets, dans les bus éthiopiens, il y aura toujours de la place pour vous!  Si je m’assoie sur une fesse, que je me tasse au fond et que je met deux bébés sur mes genoux, il y a encore de la place!  Je regarde dehors, et je vois très peu de gens porter des souliers…  Plusieurs portent plusieurs épaisseurs de vêtements, parce que chacune des couches de tissus a des trous à des endroits différents.  Je commence à comprendre que l’Éthiopie sera un des pays les plus pauvres que je parcourrai durant ce voyage.

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Après quelques heures de ce confortable transport… j’arrive au poste de contrôle!   –Quoi, vous partez pas en groupe organisé?  -Non, monsieur, c’est moi et mon sac-à-dos.  –Quoi?  Vous prenez pas de mule?  Non, monsieur, je suis forte, c’est moi la mule! Et tout le monde rit.

À travers les Siemens Mountains, avoir un «scout» est nécessaire.  Avec nous, nous avons donc eu Fanta.  Fanta est un Éthiopien menu au large sourire.  Il transporte bien bien peu : une couverture, des petits pains, et bien sûr… un AK-47.  Son rôle : protéger notre tente des babouins durant la nuit et nous guider durant le jour.  Fanta parle Amharique, une des nombreuses langues locales, et bien sûr, je ne connais que merci et bonjour.  Mais Fanta est fantastique, il rit quand je suis essoufflée, il m’aide à monter ma tente quand je n’ai plus de force et il va chercher de l’eau dans la crique quand je prépare le repas.

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Alors, pour commencer, Fanta nous amène au marché.  De petits bâtons de bois servent d’étalage.  Rapidement des enfants et des adultes nous entourent.  Madam! Madam!  Tu veux des biscuits? Des souliers? Du lait? Tu me veux, moi? –Merci, merci!  J’ai déjà un mari!  Et hop, dans tout ce brouhaha, je viens de me faire avoir sur le prix du kérosène dans le brûleur qui nous aidera à préparer la nourriture.  Mes sens sont saturés par tout ce qui m’entoure, tout le monde veut nous parler, il y a plus d’actions, de bruits, de paroles que je ne peux en comprendre.

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Puis, rapidement, je monte dans la montagne, Fanta nous amène loin de la foule.  Ouf! Je respire, j’avance avec le sourire!  Ah, les voyages!  L’air est tellement sec et le soleil tellement fort!  Vive ma crème solaire 45!  Je quitte le village et j’entends.. des voix qui m’accompagnent…  et qui m’accompagneront tout le long de la randonnée!

–  Hello!  Hello!  Welcome!

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Des enfants sortent de partout et nous suivent!  Vallons après vallons, ils apparaissent et nous crient de venir les voir.  Les échos de leur voix traversent les mètres… et les montagnes qui nous séparent.

– Where do you come from?

Ils rient de nous avec nos gros sacs-à-dos.  Nous n’avons pas la même vie.  Leurs petites jambes se dépêchent d’aller chercher les chèvres égarées de leur troupeau.  Ils ont bien moins de 15 ans et parcourent déjà seuls les montagnes à la recherche de pâturage pour leurs bêtes.  En chemin, nous en voyons d’autres qui dirigent les chevaux qui pilent le blé pour en faire sortir le grain.  Tout au long de notre trek nous croisons des enfants seuls, au milieu des montagnes, surveillant des troupeaux formés par des dizaines d’animaux.

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Peu à peu le paysage change, des rochers immenses percent le ciel au creux desquels s’accrochent des palmiers.  Cette vision surréaliste me fait oublier la poussière volatile qui colle à ma peau.

La montagne est haute, je sue à grosses gouttes.  Quand je regarde autour de moi, je me demande encore s’il s’agit de rêve.  Et non, je suis bel et bien en Éthiopie et c’est fantastique!

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5 – L’amicale ambassade du Kenya

Je marche, je marche, je marche encore vers l’ambassade du Kenya.  J’ai besoin de mon visa pour le prochain pays.  À Addis-Abeba, c’est l’Épiphanie et ça se fête en grand!  Des centaines de personnes habillées de blanc marchent et chantent en coeur des chansons religieuses, ils vont se rejoindre dans un grand parc pour célébrer.  Deux Éthiopiens se mettent à nous parler.  Ils nous racontent que cette célébration est un excellent moment pour se trouver une femme ou un mari  Les célibataires n’ont qu’à se teindre une mèche de cheveux rose pour signifier qu’ils sont à la recherche d’un ou une partenaire.  On rit, c’est vraiment facile entrer en contact avec les gens, ici ; pour qu’on se rende à bon port ; les deux gars vont nous mener jusqu’à l’ambassade.

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J’entre dans le minuscule cubicule à l’entrée de l’ambassade.  On me fouille sommairement et on m’indique un minuscule bureau près de l’entrée.  Un homme en complet cravate m’y attend.  Dans cette pièce étouffante, je montre à l’homme dans la quarantaine des photos de la maison de neige que nous avons fait avant de partir au Canada.

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Il s’étonne de nos -30 degré et nous rions.  Nos réalités sont complètement différentes! C’est toujours un bon brise-glace de montrer des photos de chez nous aux gens.  Il s’agit d’un entretient formel, mais en attendant que je remplisse mes papiers, hnavigue sur Facebook en me parlant de sa famille.  Parle, parle, jase, jase, il nous donne le numéro de sa sœur au Canada, à Toronto et son propre numéro de téléphone pour pouvoir nous appeler en tout temps, je ne m’attendais pas à ça d’un dignitaire!  Il nous invite formellement à aller visiter sa soeur en son nom au Canada.  C’est ça l’Afrique, tu vas chercher un visa et tu en ressors avec un ami!  Wow, je suis vraiment impressionnée par l’hospitalité des gens!  En attendant mon visa, je pars faire mon premier trek!

4 – Le plus grand marché d’Afrique

Le plus grand marché d’Afrique

Bon, c’est parti je me lance.  Dans mon guide de voyage, on dit que c’est le seul endroit qu’il peut être un peu dangereux à Addis ; le grand marché.  Je prends mon souffle et j’y vais.

J’arrête de respirer.  Mes yeux s’agrandissent.   Est-ce que c’est moi qui a peur, ou c’est le guide de voyage qui m’a fait peur, bon je ne sais plus.  Mes sens deviennent plus alertes.  Tout à coup, j’ai l’impression que je ne peux plus faire confiance à personne.  Il n’y a que moi et ce gigantesque marché.  Je n’ai aucune idée si ma peur est justifiée ou non.  Tout ce que je sais, c’est qu’ici, je ne reconnais rien et qu’aux yeux de tous, je suis différente ; blanche.  J’ai l’impression que tous les regards sont fixés sur moi et se demande de quoi je suis faite.

Pour me donner confiance, j’avance.  J’avance à grands pas décidés sans me retourner.  On me croira forte, alors que je tremble de l’intérieur.  Dans ce labyrinthe de ruelles et de tôle, je n’ai aucun repère, je suis perdue.

Autour de moi, je vois des quantités de légumes, de ferraille, de plastique, de vêtements et d’épices.  C’est tellement beau, c’est tellement vivant, c’est tellement grisant de découvrir une place comme celle-là.  C’est magnifique, ce brouhaha de bruits et d’objets, de tôle et de couvertures tendues sur le sol.

Plusieurs ont l’air pauvres et démunis, on ne me regarde pas de la même manière qu’ailleurs à Addis-Abbeba.  Je l’avoue, je ne me sens pas tout à fait en sécurité.  Je n’ai toujours pas repris mon souffle de peur d’être moins alerte.

Soudain, un grand homme brise mon isolement intérieur.  Il se présente et je ne sais pour quelle raison, je lui fais confiance.  Nous parlons un peu, il se présente et je n’ai plus peur.  Nous replongeons ensemble au cœur de ce gigantesque marché entre cabanes en tôle rouillée.  L’homme m’amène dans les plus petits racoins, là où je ne serai jamais allée seule.  Il me parle du fonctionnement du marché et de l’Éthiopie en général.  Il me fait découvrir sa culture.  Il finit par me faire apprécier l’immense richesse de ce quartier, me redonne du cran et surtout, le goût de l’aventure.  Je respire enfin au milieu de cette tôle.

La richesse de l’Éthiopie se trouve dans l’hospitalité de ses habitants toujours prêts à vous aider lorsque vous êtes dépourvus.

***

Avec le recul, je trouve ça un peu fou que j’ai eu peur de cet endroit.  Honnêtement, il n’y avait rien à craindre, l’Éthiopie est vraiment sécuritaire, surtout que là-bas tout le monde est prêt à t’aider ; les Éthiopiens, c’est du bon monde!

3 – Et si je mourrai de faim ou être tout fait ridicule.

La famine.  C’est le mot qui revenait constamment quand je parlais aux gens de l’Éthiopie.  -Eille, tu vas voir des enfants avec des gros ventres!  -Fais attention pour pas mourir de faim!

Bon, alors, par où je commence?  Je suis arrivée à Addis-Abbaba sur le gros nerd!  Moi qui n’avait fait que quelques pays en Asie, je me disais que j’allais sortir de l’avion, avoir peur et courir au Canada.  Où j’allais dormir?  Où j’allais manger?  Comment j’allais me déplacer!  Il parait qu’il n’y a rien à manger en Éthiopie, merde…

En arrivant, je me suis trouvée ridicule.  Dans la ville en plein essor qu’est Addis-Abeba, j’ai pu mesurer l’étendue de mon manque de connaissance sur ce pays. Je partais de loin!  Si tu le perds un Éthiopien s’empressera de te le redonner.

-ce que je rêve ou les gens nous disent welcome dans la rue!  Les Éthiopiens, c’est vraiment des gens sympas, souvent certains marchaient dans la rue avec nous pour nous connaître et nous parler.  Partout on nous souhaitait la bienvenue!  Partout, les gens nous disent – On est pauvre, mais on fait tout pour s’en sortir, bienvenue en Éthiopie!  J’avais jamais vu ça, sauf au Bangladesh.

Après la première journée, je me suis sentie vraiment en confiance dans cette ville. Franchement, il n’y a rien à craindre, ici!  Addis-Abeba est un curieux mélange de béton et de tôle, de dizaines de cafés issus de l’occupation italienne il y a maintenant plusieurs années.  Certains cafés ont des vieilles machines à expresso, d’autres broient le café à la main dans une jarre en terre cuite.  Mmmm..

Ici et là quelques hommes mendiants regardent, à coup de longues journées, les grues chinoises construire des bâtiments plus hauts que les montagnes, les églises et les mosqués.  Oui, oui, Addis-Abeba est en plein essor et les Chinois ont compris ça!  Ils sont partout ; c’est eux qui gèrent les chantiers.  Quand je compte les grues géantes d’Addis-Abbaba et j’en dénombre plus qu’à Montréal, je mesure l’ampleur de mon ignorance face au développement fulgurant de ce pays.

En plus, j’adore manger ici!  La délicieuse injera est partout.  Le plat national est servi en ville, comme en campagne.  C’est une gigantesque crêpe fait avec de la farine de teff. C’est dé-li-ci-eux, servi avec un peu de viande de chèvre.  Et un bonus, pas besoin d’ustensile ; on mange avec la main droite!

J’adore l’Éthiopie, ce voyage commence de manière fantastique.  Ça bouge partout, ça grouille partout et il y a de l’excellent café!  Je suis dans mon élément!

2 – Chevilles en saucisses

Un cri strident dans la nuit, puis deux, puis trois ; clairement il y a un chien ou un chat en chaleur près de l’endroit où je dors.  Je me réveille en sursaut : Aie! Où est-ce que je suis? Et je me reprend –T’inquiète Andy, tu es à Addis-Abeba en Éthiopie.  –Ok, Ok.  Quoi?  Qu’est-ce que je fais en Éthipie?  – Tu as décidé de partir pack-sac en Afrique.  Tu te souviens pas? – Ah oui, c’est vrai…  Et je me rendors.

Je dors!  Quel soulagement!  En quatre jours, j’ai dormis 12 heures ; je suis é-pui-sée!  Hier, je me suis couchée à 4h PM pour me réveiller aujourd’hui à 6h AM. Je suis maintenant reposée.  Le seul hic… j’ai les chevilles en saucisses.  Oui, deux gros boudins bien enflés où il est clairement impossible de distinguer mes malléoles.  Rien de grave, bien sûr!  Je crois que c’est la rétention d’eau et l’altitude, ou un truc comme ça.

Bref, j’ai fait mes tout premiers pas en Afrique!  Moi qui pensais capoter, figer et vouloir retourner d’où je viens… et non!  Au contraire, ça ressemble à ce que j’ai connu dans mes précédents voyages; les taximen te sautent dessus en criant directement dans tes oreilles – Taxi!  Taxi! Madam!  Taxi!  Taxi!  Madam!  Un sourire en coin, les gars s’empressent de te proposer un prix exorbitant le plus naturellement du monde!  Alors, tu restes relax, tu ris, et eux aussi parce qu’is savent clairement qu’ils te proposent un prix exorbitant.  Et tu changes de taximen, et la roue continue, jusqu’à ce que tu trouves un bon prix.  Dans tous les cas, le voyage s’est bien passé.

Le plus fou, c’était l’aéroport de Lagos, au Nigeria.

Je ne voulais pas croire que j’étais enfin au Nigeria après avoir fait des pieds et des mains pour avoir mon visa!  J’ai vu des AK-47 dans les mains des douaniers.  Franchement, j’avais jamais vu ça jusqu’à maintenant, et c’était vraiment pas la dernière fois!  Attachés à leur ceinture, on dirait de simples babioles et personne n’en fait aucun cas, de ces armes.  Au contraire, ici, tout le monde se serre la main, et je peux dire que la chaleur des relations n’a d’égal que la chaleur de la température!  Dans cette fourmilière qu’est l’aéroport, les files sont interminables, tout bouge, tout grouille, les sens sont sur-stimulés et partout les femmes portent des boubous très colorés.  J’ai tellement chaud que ma peau est gluante.  L’air chaud apporte une odeur de sable et de sueur.

Au milieu de ce brouhaah, tout à coup, on me crie dessus!  Pas de pitié si tu ne comprends pas l’accent du douanier géant en face de toi. (Il semble que les douaniers nigérians sont immenses!) Avance Madame la blanche! Enweye par là, me dit le douanier.  Et j’avance, et je fais mon chemin dans l’aéroport bondé et poussiéreux de Lagos et où le smog s’invite dans tous les racoins, donnant un fini orange à tous ce qui m’entoure, même moi…  Et, c’est reparti, je laisse le Nigéria pour l’Éthiopie.

1 – Le capotage

Je ne sais pas du tout ce que je vais y faire.  Je capote.  Il y a un moment où ma gorge se serre et où je me dis : Ouah!  Mais qu’est-ce que j’ai pensé!  Assise dans le confort d’un divan de velours vert rembourré à l’aéroport de Burlington, je plonge le regard dans cet environnement prémâché, dont je connais tous les codes et le fonctionnement.  La langue, la culture.

Ouf, est-ce que je suis vraiment prête!?  J’ai de sérieux doutes! Prête pas prête, j’y vais!  De toute façon, je n’ai plus le choix, mes parents sont déjà en route vers Montréal, j’ai quitté temporairement mon emploi et j’ai sous-loué mon appart.

Et puis, ce voyage en Afrique de l’Est a commencé bien avant que je prenne l’avion. Je me suis bien rendu compte en parlant de ce projet, que tous avaient une opinion sur le sujet. Personne n’y avait mis les pieds, en Afrique, mais tous savaient comment ça marchait… ce grand continent.  Oui, oui, l’Afrique non seulement c’est pauvre et dangereux, mais c’est partout pareil!  À force d’entendre la même histoire, j’ai trop hâte d’y mettre les pieds pour créer la mienne.  Et surtout pour mieux comprendre cet endroit, tout simplement.

L’idée de partir avec mon sac-à-dos dans cette région a causé beaucoup de remous autour de moi.  Les gens nous trouvait fous!  Par contre, moi, j’avais besoin d’y aller par moi-même, seule, sans ONG ou autre organisation.  Je voulais y aller sans avoir la vision – d’aider-.  Durant mon bac en science politique, j’ai entendu tellement de choses, étudié tant de concepts.  Je voulais comprendre mieux cette région et vivre la grande aventure!

Mais entre temps, j’étais assise à l’aéroport de Burlington, un billet pour le Nigéria entre les mains, et je me demandais si j’allais être à la hauteur!