15 – Quand ça pince en dedans – chronique d’un choc de retour surprise

Dharamsala, Himachal Pradesh, Inde, sur le toit en béton d’un vieil immeuble

J’ai peine à croire que je reviens.  Que ce grand voyage qu’a été l’Inde est maintenant terminé.  Aujourd’hui, j’ai le cœur lourds, parce que je sais que je quitte un univers au grand complet pour longtemps, si ce n’est pas pour toujours.  Quand est-ce que je vais revenir en Inde?  J’en ai aucune idée.  Mon coeur se serre de nostalgie.  J’ai beau avoir été énervée par la certains aspects de la vie de ce pays durant mon choc culturel, je me rends compte qu’il y avait tellement de choses ici que j’ai également appris à aimer et à chérir.

Au Québec, je retrouverai si peu de ces petites joies : impossible l’après-midi d’aller m’acheter un kaki à 2 roupies; ils coûtent 4 $ chacun au supermarché, impossible aussi de faire une pause de deux heures sur l’heure du midi à me faire griller au soleil; le rythme occidental ne permet pas cette fantaisie.

9 – Attention! Choc culturel en cours!

Ce que je trouve le plus bizarre, c’est qu’il y a des soirs où j’ai tellement rêvé de revenir.  Fatiguée d’être à 100% dans un bain culturel autre que le mien, j’ai rêvé de poutine et de parler en français à tout le monde dans la rue.  Toutefois, aujourd’hui, je me sens tellement triste, je réalise que c’est la fin.  Je ne peux que penser à tout ce qui va me manquer et à tout ce que l’Inde m’a appris.  Assise sur le haut du bloc appartement où j’habite, je contemple l’Himalaya et je pense.

  • J’ai appris à prendre ma douche avec un seau d’eau, aka tellement mois d’eau que ce que j’utilisais dans ma belle province.

5 – A la douche!

  • J’ai appris que je pouvais survivre avec 3 chandails, 2 paires de pantalons, 4 bobettes et un chandail chaud et ne jamais ressentir le manque de vêtements.
  • J’ai appris que je pouvais laver mon linge à la main et que ça pouvait être relaxant.

  • J’ai appris que je n’avais pas à manger de la viande tous les jours pour me sentir remplie et en santé.

Bref, j’ai appris que je pouvais vivre avec presque rien et toujours m’arranger.  Que les ressources dont je dispose pour vivre une vie «normale» au Québec son IMMENSES!  L’Inde m’aura appris à être plus vraie, moins matérialiste, plus simple, plus consciente de ce que je possède.

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Montréal, Québec, Canada (prise entre 10 paniers poussés par des clients pressés un samedi matin dans un grand supermarché)

OH BOY! La PREMIÈRE CHOSE que m’a mère m’a amené faire quand je suis revenue de l’Inde, c’est la commande.

AYOYE!  Je me revoie zen sur mon vieil immeuble en Inde.  Le choc est intense.  Tout me frappe comme si je ne connaissais pas cette réalité, mais c’est faux.  Je suis venue des dizaines et des dizaines de fois dans cette grande surface avant d’aller en Inde, j’ai été élevée dans cet environnement depuis que je suis petite.  Par contre, là, c’est pas pareil.  Je me dis : «Ça me fait peur, des rangées larges pour 3 paniers géants, avec des dizaines de femmes et d’hommes pressés de remplir leurs grandes cabane en banlieue d’objets qu’ils n’ont pas besoin, de bouffe en quantité industrielle…. Ouf!»

Bang, c’était le choc de retour.

A mon retour de l’Inde, j’ai passé 3 mois à laver à la main mon linge devant le regard tout-à-fait consterné de ma mère.  C’était une situation intense.  A la vue de mon grand seau d’eau dans ma chambre à coucher, elle me disait que j’avais changé depuis mon retour.  Je répondais «Ben oui!» avec un certain dégoût.  Je ne pouvais pas croire dans quel environnement de surconsommation je vivais, je maudissais une grande partie de ma culture, j’étais devenue allergique au gaspillage alimentaire, j’avais honte de la grandeur de mon garde-robe, je hurlais devant la richesse de mon mode de vie.  Im-po-ssi-ble pour moi de retourner dans toute grande surfaces remplies d’objets à bas prix.  J’écoutais en boucle de la musique tibétaine ou indienne et surtout j’évitais d’acheter tout élément Made in China pour soutenir la cause des Tibétains en exil, chasséa de leur Tibet natal par les Chinois.  Bref, ça allait pas bien.

Ça a duré 3 mois.  Trois mois de rejet intense, de hargne, de colère, d’incompréhension.  Trois mois où j’ai été absolument incapable de mélanger les deux univers, de faire la faire la part des choses, de comprendre que tout n’est pas parfait partout et que l’Occident n’est pas seulement un univers diabolique de consommation.  On m’avait bien parlé du choc culturel durant ma formation avant mon départ pour ce stage d’initiation à la coopération internationale, mais le choc du retour, ouf… j’ai dû me former moi-même, et à la dure.

Mon choc de retour a duré 3 mois et mon voyage en Inde a duré 3 mois.  C’est pour vous dire combien j’avais de la misère à m’expliquer qu’il peut exister sur la même planète des mondes si différents avec des enjeux et des modes de vie tout aussi opposés.  3 mois pour comprendre également comment ces enjeux sont inter reliés, comment ces mondes peuvent apparaître complètement déconnectés l’un de l’autre, et surtout comment on peut aisément se construire des belles vies sans réaliser qu’elles ont un impact à l’autre bout de la terre, mais également localement.  Aussi, réaliser que les êtres humains ne sont pas égaux, car ils n’ont pas accès aux mêmes opportunités.  Surtout, réaliser aussi que la solution n’est ni le rejet total ou ni la glorification d’un milieu, mais bien la mise en place de petits gestes quotidiens appelés à avoir un impact à long terme sur des dynamiques globales, tels qu’une prise de conscience de nos modes de consommation, l’achat local ou encore équitable par exemple… Depuis, j’ai recommencé à aller dans les grandes surfaces 😉

Bref, le voyage, ça peut faire mal, surtout durant le choc de retour. Par contre, c’est dans ces moyens les plus difficiles, où l’on se sent le plus perdus, qu’on apprend les plus grandes leçons de vie.

Et vous, avez-vous déjà vécu un choc de retour?

 

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14 – Andy, la touriste en Inde – du Taj Mahal à la frontière Indo-Pakistanaine

 

C’est parti, je quitte Dharamsala.  Mon stage d’initiation à la coopération internationale tire à sa fin.  Devant moi, une semaine de visites plus «touristiques» dans cet immense pays, aux milles cultures, qu’est l’Inde.  Delhi, Bir, Dharamsala, j’ai maintenant vraiment hâte de découvrir d’autres destinations indiennes.

Tout d’abord, j’ai eu la chance de visiter d’autre villes d’influence tibétaine dans l’Himachal Pradesh.  J’adore les temples, j’aime tellement découvrir comment les gens peuvent faire usage de l’architecture d’une manière totalement différente des normes occidentales, dans la construction des édifices :  temples tibétains, lampes au beurre et bouddhas géants : c’est fabuleux. Toutefois, c ‘est maintenant le temps pour moi de découvrir d’autres traditions!

Le temple d’or, le Fort Rouge et Taj Mahal

Oh, le Taj Mahal : probablement l’image la plus répandue de l’Inde à l’étranger.  Ce que j’y ai le plus apprécié?  Les gens, tout simplement.  Dans cet univers tout blanc qu’impose ce gigantesque mausolée, les femmes indiennes portent leurs plus beaux habits de toutes les couleurs pouvant exister.  Rouge, jaune, vert, pourpre, j’ai adoré le contraste de leurs vêtements avec ce lieu blanc.

J’ai, par la suite, été au Temple d’Or, un important lieu de recueillement de la communauté Sikh.  A l’entrée, les visiteurs doivent absolument enlever leurs souliers et se laver les pieds dans un petit bassin d’eau.  Le bassin était si minuscule et il y avait tant de voyageurs, j’ai rapidement tenté d’esquiver ce rite, afin d’éviter d’attraper quelque chose dans cette eau au contenu… incertain.  Mais c’était impossible.  Rapidement, un garde trois fois plus grand que moi m’a bloqué le passage en me montrant d’un air plus qu’assuré qu’il fallait que je me lave les pieds.  Ah, ah, ah, mes craintes se sont révélées fondées : ça m’a pris des mois me défaire du problème de peau que j’ai attrapé ce jour-là 😉 Dans un autre ordre d’idée, j’ai été charmée par la générosité démontrée entre les murs de ce temple, offert à tous gratuitement dans les typiques assiettes de métal de l’Inde, un repas végétarien (Thali) fait de plusieurs types de Dahl m’a permis de bien terminer ma visite dans ce lieu sacré.

Le Fort Rouge de Delhi, un importante construction d’origine monghole, a été aussi extrêmement impressionnant.  J’ai adoré visiter ces temples plus qu’importants pour la population indienne! Dans le brouhaha intense présent dans la ville d’Agra, d’Amritsar et de Delhi, ces endroits sont vraiment des oasis de calme et de spiritualité!

Frontière Indo-Pakistanaise

Je souviendrais toujours de ce moment frappant où je suis aller au poste de frontière entre l’Inde et le Pakistan.  Je savais depuis bien longtemps qu’il existe de lourdes et profondes tensions entre les deux pays, mais observer en temps réel comment ces tensions se vivent dans le quotidien de la population, c’est bien différent.  De chaque côté de la frontière, de l’Inde, comme du Pakistan, il y avait des gradins comme dans un stade.  Les deux côtés des gradins de chaque côté de la frontière formaient un cercle.  De ce que j’ai pu comprendre en observant la situation, c’est que la frontière était gardée à certains moments de la journée par des gardes indiens, et à d’autres moments de la journée par des gardes pakistanais.  J’arrivais justement durant un changement de garde.  Durant ce moment, les spectateurs Indiens et Pakistanais se criaient à tue-tête des paroles assez raides, voire des insultes, jusqu’à ce que ce changement soit fait.  C’était fou d’être témoin de cette situation.  Apparemment, c’était comme cela à chaque changements de garde.   C’était aussi la première fois de ma vie que j’ai vu des femmes en burka.  Assises patiemment du côté pakistanais, je me suis demandé durant toute la cérémonie quelle était la vie de ces femmes…

Retour à Delhi

Je me souviens très bien quand j’ai mis les pieds pour la première fois à Delhi.  Tout me semblait noir, sale, sombre et dangereux.  Je n’arrivais pas à m’orienter, tout me faisait peur.  J’avais le sentiment que j’étais au centre de dizaines de dangers.  Trois mois plus tard, je suis de retour dans le même quartier que celui où je suis arrivée au départ.  Tout a changé, ou plutôt, c’est moi qui ait changé et moi, et, avant tout, mon regard sur les choses.  Tout me semble plus lumineux et ouvert, même sympathique.  Je tends l’oreille à la musique indienne, je contemple les ornements hindous que vendent les petits dépanneurs, je vais m’acheter ma barre de chocolat préférée.  Je me sens en sécurité, je sais où ne pas mettre les pieds et où je suis à l’aise d’aller.  Je me rends compte que c’est fou comment apprendre à connaître un milieu en enlève les peurs.  Ma sensation de peur du départ venait de mon sentiment d’inconnu, tout simplement.

Et vous, avez-vous déjà rêvé de visiter l’Inde, quels coins aimeriez-vous découvrir?

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12 – Comment je me suis trouvé à 10 pieds du Dalaï-Lama

Un jour normal de la semaine, un jour sans histoire à Dharamsala, j’ai vu soudainement cette ville du Nord de l’Inde se transformer.  Tout à coup, la capitale du gouvernement tibétain en exil était en pleine ébullition, presqu’en train d’exploser de joie.  Partout, les gens nettoyaient les rues, l’avaient les allées, étendaient des drapeaux de prières.  A 15h00, une foule incroyable s’était amassée sur le bord de la rue principale de Mc Load Ganj.  Trois larges rangées de gens dans leurs plus beaux habits épaississaient maintenant les côtés de la route.

Incrédule, je regardais les gens autour de moi.  Qu’est-ce qui se passait?

Eh bien, eh bien, après un voyage en Occident, le Dalaï-Lama, leader suprême du bouddhisme tibétain, revenait au bercail.  Et oui!

Comme plusieurs Occidentaux, je connaissais de nom ce chef spirituel, connu à travers le monde!  Une vraie légende dans le monde de la spiritualité! D’ailleurs, il avait fait une entrée assez fracassante dans ma vie lorsque j’étais arrivée en ville!  A l’époque, j’avais à peine déroulé mon sac de couchage, quelques minutes après avoir rencontré ma nouvelle famille d’accueil, que ma mère de famille d’accueil m’avait vivement conseillé de changer la façon dont je dormais dans la chambre qui m’avait été assignée!  C’est que ma famille me faisait dormir dans la seule chambre fermée de leur appartement, soit la salle de prière.  Couchée dans la petite pièce de béton sans chauffage sur un meuble en bois recouvert d’un tapis sans matelas, j’avais commis l’erreur suprême! Effectivement, j’avais mis mes pieds du côté de l’hôtel où les prières prenaient lieu chaque jour! Pour la néophyte de la tradition tibétaine que j’étais, j’avais malheureusement commis une grande erreur!  Ouf, j’ai rapidement changé ma tête d’oreiller de bord et j’ai appris sur le champ que je ne devais plus jamais porter mes pieds dans sa direction!

 

Bref, j’ai compris rapidement l’importance de ce grand homme pour ma famille d’accueil et cela expliquait pourquoi la ville de Dharamsala faisait son grand ménage de printemps pour son arrivée!  Devant tant d’effervescence, j’étais moi-même vraiment enthousiaste par rapport à sa venue en ville!  J’avais lu son livre, et je dois dire que même si je ne me réclame d’aucune tradition religieuse, j’avais beaucoup aimé son approche de la vie.

7 – Comment le Dalai-Lama a changé ma vie

Quelques secondes plus tard, un large convoi de voitures emplissait les rues, les gens, le sourire aux lèvres, entouraient de très près la file de voiture.  Tous, sans exception, allaient écouter le mot d’arrivée du Dalaï-Lama.  Tout étant fermé en ville, j’ai rapidement suivi le flot de la foule pour me retrouver presque nez à nez avec le Dalaï!  Quelqu’un a pris ma main, puis un autre, puis sans m’en rendre compte, on m’avait amené dans la section réservée aux étrangers à quelques pas seulement du leader spirituel!  Oh boy!  Nous étions une vingtaine tout au plus.

Encore aujourd’hui, j’ai de la difficulté à décrire l’ambiance de ce moment, entourée de centaines de personne buvant les paroles d’un seul homme dans un respectueux silence de prière.  C’était à la fois fou de voir une foule aussi fervente (des gens écoutaient le mots de bienvenue jusque bien loin dans la rue) et de voir cet homme de mes propres yeux, alors que j’avais tellement lu sur le rôle politique qu’il avait eu lors de l’exil du peuple tibétain du Tibet.

Ouf, quelle expérience unique!

Et vous, avez-vous déjà rencontré un personnage célèbre comme le Dalaï-Lama?

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11 – La fois où j’ai été éboueuse en Inde

Je venais d’arriver à Dharamsala, la capitale du gouvernement tibétain en exil.  Quelle ville à la fois effervescente, zen, et ésothérique!  Moi, qui arrivait du fond d’un petit village de l’Inde, j’admirais les tuks-tuks, les touristes, les temples avec leurs moulins à prière, les salons de barbiers indiens, les magasins d’encens et de vêtements colorés de voyageurs, aka de larges pantalons et tuniques à motif bouddhiste.   Mes yeux dévoraient mon environnement.

Et j’admirais tout cela de mon nouveau lieu de travail… le camion de vidange.  Ah, ah ah! Et oui, dans le cadre de mon stage d’initiation à la coopération internationale, c’était mon mandat : être éboueuse et aider à la collecte de déchet.  Sincèrement, j’avais beau revenir puante, les pantalons souillés (je me souviens clairement de la fois où j’ai pilé dans une couche), j’en revenais juste pas de la chance que j’avais ; c’était vraiment une expérience de feu!  Les deux pieds dans la boîte du camion, mon travail était d’attraper au vol les sacs de poubelle que mes collègues me lançaient.  Du haut de ce perchoir inusité, je pouvais tout voir.  Dharamsala est une ville en pente au creux de l’Himalaya et grâce à ce travail j’ai visité toutes les petites rues de la ville! J’ai pu voir de près le quotidien des gens et surtout aller dans des endroits où les touristes n’ont pas accès.  Surtout, j’ai appris une chose, peu importe le travail fait, peu importe la tâche, les gens autour de toi font tellement une différence, et tout peut devenir agréable avec un bonne attitude.  Je travaillais avec une équipe de travail tellement fantastique, toujours le sourire aux lèvres malgré les difficultés de vie locale.

Durant mon stage, j’ai aussi réalisé que ce métier n’était ni le plus payant, ni le mieux perçu dans la société où j’évoluais, en Inde.  Pourtant, le grand coeur des personnes avec qui j’ai travaillé, n’avait d’égal que combien ils étaient travaillant et assidus à cette tâche vraiment exigeante physiquement qu’est-ce métier.  Grâce à eux, je garde un souvenir tellement inoubliable de mes tours de camions de vidanges à Dharamsala, c’était une vraie expérience de terrain 😉

Et vous, avez-vous déjà eu un travail qui vous a fait réalisé la même chose?

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10 – La vie n’est pas pareille ici, mais elle est belle aussi : Les 7 plus grandes leçons de mon premier stage d’initiation à la coopération internationale

Cela fait déjà un mois et demi que je suis à Birr et que je vis ma première expérience d’initiation à la coopération internationale. Entre mon travail au Deer Park et la vie avec ma famille d’accueil, j’ai tissé au fil du temps ma petite routine. Comme mentionné un de mes derniers textes, le choc culturel a fait son chemin dans mon quotidien, pour ensuite s’effacer tranquillement pour faire face à une compréhension plus profonde de la culture locale.

9 – Attention! Choc culturel en cours!

La fin de semaine, je vais souvent marcher autour du village. L’endroit où je me trouve au creux des montagnes est absolument magnifique. Je marche et j’admire les bœufs faisant leurs chemins dans les champs et l’évolution des cultures de thé environnantes. C’est vraiment impressionnant de voir le vert des montagnes se transformer au fil des différentes phases d’épanouissement du feuillage. La semaine passée, les feuilles ont été recueillies et tout à changer.

Assise sur mon balcon, je repense à ce que j’ai vu et vécu. Les femmes portant toujours aujourd’hui leurs robes traditionnelles tibétaines : la chuppa. Les vieillards compter inlassablement leurs bracelets de prières. Les gens faisant une priorité de ne jamais tuer le plus petit des êtres vivants suivant l’idée de la réincarnation (qui sait qui pourrait être cette fourmi?). Le système scolaire privilégié par les Tibétains : de grandes écoles prenant la forme de résidences pour enfants où on enseigne aux Tibétains à donner à l’Autre en premier : «Others before self». Je repense combien c’est important pour cette culture de donner à l’Autre, d’être généreux. En riant, je me rappelle aussi comment les vieilles dames du village cachent des momos (dumpling tibétain) dans leur chuppas, sur leur poitrine, dans les fêtes communautaires pour donner à leurs chiens en rentrant à la maison.

J’ai compris que la vie n’est pas pareille ici, mais elle est belle aussi. J’ai fait le paix avec le choc culturel.Tant de choses me manquent encore, mais j’ai appris à trouver mes petites plaisirs ici, comme acheter chaque jour un kaki à deux roupies au stand à légumes du village, et le manger en silence sur mon balcon. C’est à moi de trouver et de créer mes joies quotidiennes.

J’ai appris aussi que les gens, oui, ici, vivent plus simplement, du bout des dents je dirais même ici que certains vivent dans la pauvreté. Je vois aussi que pauvreté, tant qu’on peut répondre à ses besoins de base, ne veut pas nécessairement dire malheur. Ne pas posséder, ne veut pas dire rien avoir à partager. Au contraire. J’ai rencontré des gens ici qui avaient tellement à partager avec moi : leur savoir, leurs histoires, leur culture, leur présence, et leurs rires.

J’ai compris que l’observation est mon plus grand atout, que rien de me sert d’agir sans comprendre et que les mots veulent dire peu de choses. Nous, les Occidentaux, les verbo-moteurs, nous pensons que nous savons, car nous savons meubler les conversations. Je sais maintenant que les personnes qui parlent le plus, ne sont pas nécessairement les plus intéressantes. Le silence est d’or, la parole est d’argent, dit-on. Je réalise la force de cette maxime en voyage, après avoir passé plusieurs semaines dans une famille d’accueil avec laquelle il m’était presqu’impossible de communiquer en anglais.

J’ai compris que le mot coopération internationale est un terme bien pompeux et qui flatte bien des égos. Aujourd’hui, plus de 10 ans plus tard, je travaille toujours dans le domaine.  Je suis toujours aussi fascinée par les autres cultures, mais je me freine constamment pour revenir à ce que j’ai appris à ce moment-là en Inde : prendre le temps de comprendre et échanger pour mieux agir ensemble dans le respect de la culture de l’Autre.

Finalement, j’ai compris que j’étais plus qu’extrêmement privilégiée, que j’avais le droit à l’éducation, à un pouvoir d’achat incroyable en comparaison à un grand nombre de gens à travers le monde.  Que je ne prendrai plus jamais pour acquis la diversité de ce que je peux trouver à l’épicerie, ni l’eau potable qui coule sur ma vaisselle chaque jour au Québec.  J’ai aussi compris que je Devais être une alliée, c’est-à-dire une personne consciente des obstacles supplémentaires auxquels d’autre personnes doivent faire face, afin d’atteindre les mêmes objectifs, et ce en raison de plusieurs inégalités sociales.  Que je ne serai jamais plus la même après ce voyage.  J’ai compris combien j’étais née dans la ouate de mes privilèges, et que maintenant que j’en avais pris conscience, j’étais responsable d’essayer de rendre le monde plus égal jour après jour, à ma manière, afin que plus de gens aient accès aux mêmes possibilités que moi.

8 – La Missionnaire

5- La citoyenne du monde

Toutes ces nouvelles leçons en tête, je remercie la vie d’avoir mis cette expérience sur mon chemin. A 17 ans, je pense que je venais de prendre un p’tit coup de maturité qui changera pour toujours ma vision du monde. Je suis toujours aussi reconnaissante que des organismes de coopérations internationales, tels que celui avec lequel j’ai voyagé, offre à des jeunes l’opportunité d’aller tester leurs valeurs à l’étranger et d’approfondir leurs connaissances sur le monde.  Je pense que je suis vraiment devenue une citoyenne ce jour-là.

Maintenant, j’ai hâte de vérifier comment je vais servir de ces nouveaux acquis. Demain, un nouveau défi m’attend. Je pars pour Dharamsala, la capitale du gouvernement tibétain en exil, une grande ville perchée du cœur de l’Himalaya pour la deuxième partie de ce stage de coopération internationale.

Et vous, avez-vous déjà fait un stage d’initiation à la coopération internationale? Quelle conclusions en avez-vous tirées?

Vous aimez ce texte? Likez-le et partagez-le, cela m’aidera à partager mes aventures avec plus de grands voyageurs comme vous! Vous voulez en savoir plus sur mes autres expériences autour du monde? C’est sur mon site : www.pleinairvoyagesetcompagnie.com que vous savourez des dizaines de récits de voyage de l’Océanie à l’Afrique! C’est un rendez-vous!

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8 – La Missionnaire

Ça y est, après quelques jours d’adaptation dans ma communauté d’accueil, j’ai commencé à travailler : je suis volontaire pour le Deer Park, un monastère bouddhiste qui reçoit des touristes cherchant à faire des retraites spirituelles. Mon objectif donner par mon superviseur de stage : sensibiliser les gens du village où j’habite au respect de l’environnement. Je me sens importante, je sens que je vais faire la différence!

Je suis hyper motivée, j’ai plein d’idées! Il y a tellement d’initiatives à prendre! On pourrait faire imprimer des affiches, organiser un évènement, faire des rencontres avec les gens de la communauté! En fait, j’ai vu beaucoup de gens jeter plusieurs types de déchets (canettes, bouteilles et sacs de plastique, sac de chips, différents types de produits chimiques) directement dans les fossés un peu partout. Il y a tellement à faire!! Franchement, pourquoi les gens ne jettent-ils pas leurs déchets dans les poubelles!

Le lendemain de bon matin, je cherche un endroit où imprimer les affiches «Recycle! Keep our river clean!», mais il n’y en a pas. Il n’y a qu’un petit magasin qui vend quelques crayons, mais aucun marqueur. D’ailleurs, avoir du papier de la grandeur d’une affiche relève aussi du défi. Il paraît qu’il provient de la ville et que la personne de l’approvisionnement n’est pas passé depuis longtemps, la route est vraiment mauvaise pour aller jusqu’à Birr. Sur le coup, je n’en reviens pas que je ne peux même pas trouver du matériel qu’on retrouve au Dollorama chez nous. Je me retrouve à faire des affiches à la main avec des petits crayons, comme quand j’allais à l’école au primaire.

En après-midi, je les affiche dans mon lieu de travail, mais je me rends rapidement compte que personne n’y passe. Mon superviseur de stage me dit alors d’essayer de trouver les lieux significatifs où les gens du village passent leur temps. Je lui avoue que je ne sais pas… il me propose d’aller au petit restaurant du village. Ce que je fais sur le champ.

Deux semaines après, les affiches commencent à perdre de la couleur et de toute évidence tout le monde continue à mettre ses déchets dans la rivière. Les affiches font pratiquement partie du mur maintenant. Elles sont couvertes de la suie du restaurant. D’ailleurs, personne ne les lie vraiment. Les gens parlent anglais approximativement, je ne sais pas s’ils lisent cette langue. J’aurais dû y penser… faire les affiches dans la langue locale du pays où je travaille. En fait, je suis un peu découragée, mes efforts pour rendre ce village plus vert n’ont pas donné aucun effet, vraiment aucun. J’ai l’impression que malgré toute l’énergie que j’ai donnée, rien ne s’est passé. Ouf.

Quelques semaines plus tard, dans un autre village, la situation se répètera. J’organiserais une activité où les gens seront invités à ramasser les déchets dans le fossé à la place de les brûler directement. J’ai fait des affiches que j’ai mis encore une fois dans les restaurants. Quelques personnes sont venues m’aider, mais le lendemain on aurait dit que rien ne s’était passé : des gens ont jeté des déchets dans le fossé et il y a presqu’autant qu’avant.

Assise sur le balcon de la maison où j’habite, je me rends compte que je ne suis vraiment pas au pays de l’évènement Facebook «Ma ville, ma santé : ensemble pour une ruelle verte!» et du hashtag #vivrevert, #jesuisminimaliste, et même si j’avais les même moyens qu’au Québec, les gens n’ont pas tendance à écouter quelqu’un qui vient de débarquer chez eux par le dernier avion. J’aurais dû faire porter mon message par une personne significative pour la communauté.

D’ailleurs, je ne sais même pas si je réponds à un problème si important que ça finalement. Je sais, le fossé est sale, mais en parlant avec ma mère de famille, je me rends bien compte qu’elle a d’autres préoccupations comme amasser assez d’argent pour faire le paiement pour l’école de ses enfants. Elle me mentionne que oui les sacs de chips jonchent le fossé, mais les couches d’enfants aussi! Et c’est ce qui va dans l’eau! Il faudrait faire une collecte de déchets, oui, mais qui va payer les gens? Elle me demande également pourquoi j’ai choisi de travailler sur les déchets dans le fossé. Est-ce que j’ai pris le temps de demander aux gens du village ce qu’ils pensent vraiment des éléments à changer au sujet de l’environnement? Bon, je me sens un peu stupide et je me rends compte que changer des habitudes de vie est beaucoup plus complexe que ce que je pensais.
Finalement, j’apprends surtout à prendre mon temps pour comprendre le milieu où j’arrive.
A observer, avant d’agir.
A intégrer que ma perception initiale des choses ne colle jamais vraiment avec la réalité de ce que les gens locaux perçoivent d’eux-mêmes. J’apprends aussi que sans expérience du milieu où je débarque, je ne possède pas la savoir nécessaire, ni les connaissances pour trouver des solutions adaptées aux défis et moyens locaux.
La vérité, c’est que moi la nouvelle touriste de 17 ans arrivée depuis deux semaines, je ne vais pas changer les choses, je n’ai aucune crédibilité. C’est impossible pour moi d’arriver dans un village et de changer comment les choses fonctionnent depuis des années en un instant. Les gens du village sont les propres acteurs des changements qu’ils voudront eux-mêmes intégrer dans leurs propres modes de vie. A titre de coopérante, je ne suis peut-être que la personne qui va créer certaines opportunités pour les gens de se parler, de discuter de réfléchir sur leur qui peut et doit être fait selon eux dans leurs villages.
Et à travers tout cela, je vais surtout apprendre à me changer.
Je me rends compte que c’est ça finalement un stage d’initiation à la coopération internationale. C’est prendre conscience de sa propre petitesse par rapport aux réalités étrangères et avaler une très bonne dose d’humilité, finalement je ne pense pas que c’est à propos de changer le monde. 😉

Et vous, qu’avez-vous appris en voyage?  Tirez-vous les mêmes conclusions que moi?

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7 – Comment le Dalai-Lama a changé ma vie

Quand je suis partie pour l’Inde, quelqu’un m’a donné le livre «The Art of Happiness» écrit par «His Holiness The Dalaï-Lama».  A l’époque, je ne connaissais pas grand-chose de la tradition bouddhiste, encore moins de la tradition bouddhiste tibétaine.  A 17 ans, en fait, je savais, seulement que j’étais née au Québec dans un cadre de vie assez confortable et qu’éventuellement j’allais aller à l’université pour avoir un emploi stable et me permettant d’avoir un revenu me permettant de vivre normalement.

Normalement.

Depuis mon arrivée en Inde, je me demandais bien ce que pouvait bien dire le mot : « vivre normalement ».  A l’époque, j’étais probablement en train de vivre en choc culturel, même si je ne voulais pas me l’avouer.  Normalement, normalement, est-ce que ce mot voulait vraiment dire quelque chose?

Depuis mon arrivée,

  • j’avais cessé de prendre ma douche avec un pommeau de douche m’offrant une quantité illimitée d’eau,
  • ma capacité à avoir accès à une variété de légumes frais avait complètement disparu et mon alimentation se limitait maintenant à du riz et des bines,

  • la maison dans laquelle je dormais n’avait pas de chauffage et était franchement bouillante le jour et franchement humide et froide la nuit,

  • j’avais commencé à laver mon linge à la main, car la famille d’accueil où j’étais n’avais pas de laveuse et de sécheuse.

Autour de moi, je voyais bien que les gens ne vivaient pas de la même manière que chez moi, et surtout qu’ils n’avaient pas tous accès aux mêmes services, ressources… et rêves que moi.  Je réalisais peu à peu que le plan de tout le monde n’était pas : «aller à l’université pour avoir un emploi stable et me permettant d’avoir un revenu permettant de vivre normalement».  Ça m’a frappé.

Pour des membres du groupe avec lequel nous vivions, les situations nommées ci-haut provoquaient de grandes frustrations.  Et c’était normal… c’est vrai que la vie était «plus dure», ici.

Au même moment, je lisais ce livre du Dalaï-Lama.  Un passage surtout parlait de la perception des choses, de la manière dont on peut contrôler son esprit, afin de voir autrement ce qui est face de nous.  Le Dalaï-Lama disait que nous avons, au final, peu de contrôle sur les choses, et que c’est notre manière de voir ces dernières qui fait réellement une différence.  Il parlait d’apprécier ce qui est là tel quel, même si c’est vraiment imparfait.  D’y trouver de la joie, la beauté.

Bref, malgré les nombreux irritants de ce voyage, j’ai cessé de percevoir que la vie «devait» être comme «cela».  J’ai surtout compris que je venais d’un milieu absolument privilégié comparé à de très nombreux endroits dans le monde et que franchement je devrais vraiment apprendre à baisser mes standards et à transformer ma perception des choses, à me trouver chanceuse d’avoir ce que j’ai.

Grâce à cette philosophie, j’ai réalisé un voyage extraordinaire où j’ai arrêté de comparer ce que je vivais avez chez nous et j’ai appris à apprécier ce qui était franchement différent, ici.  Je me souviens de moments tout à fait magiques sur le toit de l’immeuble où j’habitais à Dharamsala.  Mes soirées préférées étaient les instants où je faisais mon lavage à la main!  Perchée sur ce troisième étage au cœur de l’Himalaya, je contemplais les montagnes et franchement je ne me suis jamais ennuyée de ma laveuse là-bas!   Question de perception!

Que pensez-vous des pensées du Dalaï-Lama?  Êtes-vous d’accord avec lui?

Lonely Planet India (Travel Guide)

2 – Question de vocabulaire

Je suis arrivée à Delhi de nuit. Oh, du haut de mes 17 ans, comme tout avait l’air effrayant. C’est fou comme tout a l’air plus effrayant la nuit, d’ailleurs.
Je me souviens des grandes autoroutes avec des bords blancs et noirs en ciment et du tintamarre assourdissant de la ville et des coups de klaxons. Je n’avais aucun repère.

Dans ma tête, je me répétais sans cesse ce qu’on m’avait dit au Cégep : c’est un stage d’initiation à la coopération internationale.  Je ne m’en vais pas sauver le monde!  On me l’avait répété 100 fois plutôt qu’une pour que je sois vraiment consciente de l’objectif de mon voyage, et surtout pour que je m’enfle la tête le moins possible.  Je me souviens que dans ma famille proche et élargie, on me disait souvent : «oh, tu t’en vas faire de l’aide humanitaire!» Non, non, non, je répondais, l’humanitaire, c’est de l’aide d’urgence offerte par des professionnels en cas de catastrophe, guerre, etc.  Je vais plutôt faire de la coopération internationale, donc des projets sur le plus long terme dans une optique d’échange.  Selon mes professeurs, c’était vraiment plutôt de l’initiation, parce qu’avant d’être opérationnelle sur le terrain, il fallait vraiment que j’apprenne la base de l’échange interculturel et que j’acquière la capacité de simplement à vivre «ailleurs».

Bref, c’était la première fois que j’apprenais la définition de ces mots-là : humanitaire, choc culturel, coopération.  Au fond de moi, j’avais quand même une p’tite envie d’aider, de faire une différence.  Avant même d’avoir mis les pieds dans mon village d’accueil, j’avais vraiment l’impression que j’allais «aider», que je «savais» des choses.  J’avais tellement des bonnes intentions, mais j’allais me rendre compte dans les prochaines semaines que j’étais également un p’tit peu trop naïve.  😉

Bref, le lendemain, je mettais les pieds pour de vrai à Delhi.  Déjà, j’étais fascinée par l’usage extrême du klaxons, les minis rues, les rickshaws et les mendiants.  J’allais me rendre compte bien vite qu’avant «d’aider», il fallait que je comprenne et j’accepte tel qu’il l’est mon environnement.

Et vous, avez-vous déjà pensé faire un stage d’initiation à la coopération internationale?  Avez-vous déjà rêvé d’aller en Inde?

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