2 – Question de vocabulaire

Je suis arrivée à Delhi de nuit. Oh, du haut de mes 17 ans, comme tout avait l’air effrayant. C’est fou comme tout a l’air plus effrayant la nuit, d’ailleurs.
Je me souviens des grandes autoroutes avec des bords blancs et noirs en ciment et du tintamarre assourdissant de la ville et des coups de klaxons. Je n’avais aucun repère.

Dans ma tête, je me répétais sans cesse ce qu’on m’avait dit au Cégep : c’est un stage d’initiation à la coopération internationale.  Je ne m’en vais pas sauver le monde!  On me l’avait répété 100 fois plutôt qu’une pour que je sois vraiment consciente de l’objectif de mon voyage, et surtout pour que je m’enfle la tête le moins possible.  Je me souviens que dans ma famille proche et élargie, on me disait souvent : «oh, tu t’en vas faire de l’aide humanitaire!» Non, non, non, je répondais, l’humanitaire, c’est de l’aide d’urgence offerte par des professionnels en cas de catastrophe, guerre, etc.  Je vais plutôt faire de la coopération internationale, donc des projets sur le plus long terme dans une optique d’échange.  Selon mes professeurs, c’était vraiment plutôt de l’initiation, parce qu’avant d’être opérationnelle sur le terrain, il fallait vraiment que j’apprenne la base de l’échange interculturel et que j’acquière la capacité de simplement à vivre «ailleurs».

Bref, c’était la première fois que j’apprenais la définition de ces mots-là : humanitaire, choc culturel, coopération.  Au fond de moi, j’avais quand même une p’tite envie d’aider, de faire une différence.  Avant même d’avoir mis les pieds dans mon village d’accueil, j’avais vraiment l’impression que j’allais «aider», que je «savais» des choses.  J’avais tellement des bonnes intentions, mais j’allais me rendre compte dans les prochaines semaines que j’étais également un p’tit peu trop naïve.  😉

Bref, le lendemain, je mettais les pieds pour de vrai à Delhi.  Déjà, j’étais fascinée par l’usage extrême du klaxons, les minis rues, les rickshaws et les mendiants.  J’allais me rendre compte bien vite qu’avant «d’aider», il fallait que je comprenne et j’accepte tel qu’il l’est mon environnement.

8 – A la frontière du Nigéria

Quand je suis partie pour le Cameroun, une (petite) partie du pays était contrôlée par Boko Haram, un groupe terroriste faisant la promotion d’un islam extrêmement radical et ayant des liens avec l’État islamique.  C’était une grosse décision de partir à ce moment-là.  En m’informant bien, j’ai compris qu’une partie seulement du pays faisait face à cet important danger et qu’en planifiant adéquatement mon séjour, je n’y mettrais pas les pieds.

J’ai voyagé un peu partout, mais j’ai toujours été bien consciente des risques importants que comportaient la traversée d’une zone de conflit.  Ou de toute zones en fait.  Nul endroit n’est vraiment neutre.  J’étais déjà atterri dans un conflit tribal au Kenya où j’ai été gentiment escortée par un garde armé à la porte du seul hôtel d’une petite ville parce que deux groupes tribaux étaient en plein coeur d’une importante négociation.  Ou encore, on m’avait fait rapidement signe de m’éloigner d’une intense manifestation politique au centre de Dhaka au Bangladesh.  J’ai également été particulièrement frappé par le sentiment d’insécurité auquel j’ai face à Cape Town en Afrique du Sud, où apparemment les tensions inter-communautés sont toujours bien présentes, même encore aujourd’hui : http://pleinairvoyagesetcompagnie.com/2016/03/08/moi-et-lautre/.  Même cet été, en Papoisie Nouvelle-Guinée, il était absolument impossible d’obtenir de l’alcool en raison des élections en cours, un sujet dont les Papous sont passionnés.  Bref, voyager est tout à fait politique peu importe le lieu selon moi.

Tout cela pour dire que je roulais maintenant dans un jeep emprunté à un ami au Cameroun à recherche d’un hôtel peu dispendieux pour la nuit.  J’avais fait mes recherches et l’idée était d’éviter le Nord du pays où des tensions étaient possiblement en cours.  J’ai suivi la route en suivant les indications pendant bien longtemps, sans rien trouver pourtant.  Sur le chemin, les autres hôtels croisés étaient trop chers (plus de 50 $ par chambre) et je devais continuer mon chemin à chaque fois.  Au bout de plusieurs minutes, la route a commencé à devenir un peu plus petite, puis franchement cahoteuse.  Je suis arrêtée plusieurs fois pour demander mon chemin aux gens que je croisais, et tous me disaient de continuer, ce qui me rassurait vraiment.

Je suis finalement arrivée dans un village où j’ai croisé un barrage policier.  La route était vraiment mauvaise, et je commençais à avoir de sérieux doutes sur la destination.  Une épaisse forêt m’entourait.  Le policier m’a répondu en riant que oui c’était bien par là, un peu plus loin après la rivière, j’ai donc continué à avancer jusqu’à ce que je trouve que le visage des gens que je croisais vraiment intense.  On aurait dit une expression de surprise très insistante, mais toutefois encore silencieuse.  J’ai commencé à penser à ce moment-là que quelque chose n’était pas normal.  J’arrête le véhicule et je marche vers la plage que je vois de la route.  Je suis avec des amis, dont un des mes amis Camerounais établi au Canada et étant venu visiter sa famille.  Je ne m’en rends pas compte, mais quelqu’un vient lui parler très rapidement, en peur.

-Mais qu’est-ce que vous faîtes-là! Ce n’est pas la place pour des étrangers!!!  La police fait présentement des fouilles dans les bois!!! Des combattants de Boko Haram sont présentement cachés dans la forêt et il y a une fouille en cours!!!! Partez maintenant!!

Le jeep roule dans la boue en quatrième vitesse, nous sommes en danger.

Le policier nous a menti.  Quand nous passons prêt de lui au retour, il rit.

Plus tard, je regarde sur une carte où j’étais rendue : proche de la frontière du Nigéria. Pas au Nord du pays, mais à quelques lieux de la zone à éviter.

NB : Je tiens à préciser que c’est la seule mésaventure que j’ai eu au Cameroun, et que c’était dû à cette situation politique en particulier.  Le reste du pays était vraiment tout à fait accueillant et sécuritaire, et j’y ai fait un voyage extraordinaire.

3 – Histoire de viande

Je le regarde, il me regarde aussi.  Nous sommes face à face.  Je détourne le regarde, mais lui non.  C’est le duel.

Je viens d’arriver à Douala, et j’ai eu l’accueil le plus chaleureux de ma vie dans une famille camerounaise.  Tout le monde est là, heureux, me répétant par dizaine de fois de me sentir comme à la maison.  Je suis vraiment touchée, ils partagent tout avec moi, maison, lit, repas.  Je me sens tellement bien accueillie, parce qu’en plus de m’avoir cuisiné le repas, on me dit chaleureusement qu’on m’a fabriqué un plat tout spécial et typique seulement pour moi.

Alors, les joues rouges de surprise, je fais face au… rat.

Et je me sens tellement mal…. parce que vraiment, je pense que je vais avoir de la misère à le manger, ce plat cuisiné avec tant d’attention et de bonté.  Ouf!

En fait, cette situation m’est arrivée plusieurs fois en voyage…  et chaque fois, je me questionne sur la chance que j’ai eu d’avoir été élevé au paradis du steak, des coupes de viandes bien définies.  A force d’avoir été habituée à manger de bons gros morceaux de protéine provenant de type d’animaux bien spécifique (principalement boeuf, poulet, porc) je me sens toujours un peu mal de ne pas être capable d’apprécier à leur juste valeur des plats vraiment bien cuisinés, issues de la culture typique de l’endroit où je voyage.  Des coeurs de poulet et pattes de porc dans les soupes chinoises, au organes bien juteux dans certains pays africains, au castor chez les Cris, j’éprouve toujours un certain malaise à mon incapacité de m’adapter à ce que les gens mangent normalement, surtout que ces mets typiques traduisent toujours l’adaptation au territoire et le désir de ne rien gaspiller, et de respecter l’environnement et les ressources disponibles.  D’ailleurs, les étrangers ont souvent la réputation de ne manger «que les bonnes parties», laissant plusieurs morceaux de viande et cartilage sur les os.  Et puisque, j’avoue que je n’aime pas le gaspillage… je pourrais vraiment m’améliorer de ce côté là.

Donc, chaque fois, j’essaie vraiment fort d’aller au-delà de cette barrière, même si franchement, une des choses avec lesquelles j’ai le plus de difficulté quand je voyage.  Je retourne donc dans cette famille super accueillante et cette fois, je vais essayer le groin de porc.

16 – Les enterrements du ciel et de la terre

J’arrive à Xinning.  Je n’ai qu’une envie, c’est d’aller sur internet faire plus de recherches sur Yushu.  Assise sur un mini banc en plastique dans un café internet un peu crasseux, j’essaie de comprendre où je viens de passer.  L’internet est extrêmement lent.  Comme d’habitude, plusieurs sites sont bloqués par le gouvernement chinois : pas facile d’avoir de l’information.

Au bout d’une demi-heure, ça y est, j’ai trouvé : tremblement de terre.

Et oui.  Tout s’éclairci.  Mon guide de voyage date de l’année précédant l’évènement, voilà pourquoi je n’ai jamais entendu parler de cette situation incroyable.  J’essaie d’en apprendre plus, mais il y a très peu d’information en ligne.  Une chose est sûre, la dévastation que j’ai vue m’a vraiment jeté à terre.

 

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Ce n’est qu’un an plus tard, que j’ai vraiment réalisé où j’étais vraiment allé.  A Montréal, dans une exposition du World Press Photo, je lisais les descriptions reliées aux meilleures photos prises à travers le monde.  Jusqu’à ce que… Oh!  Je vois des images de Yushu!!  Quelle surprise!!

Sur les photos, j’ai vu des allées et des allées de corps étendus prêts pour le rite funéraire traditionnel des Tibétains.  Des dizaines de corps.  Honnêtement, je ne pouvais pas croire que j’étais passée par cette ville, quelques mois après cet événement tristement spectaculaire où tant de personnes étaient décédées si drastiquement.  Il y avait plusieurs photos du «Sky Burial».  Je n’ai pas trouvé de traduction exacte en français de cette pratique, on parle parfois d’enterrement à ciel ouvert ou d’enterrement du ciel et de la terre.

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Durant mon séjour dans l’Ouest de la Chine, j’ai été invité plusieurs fois à observer ce rite à titre de touriste.  Au coeur de la tradition bouddhiste tibétaine, où l’on croit à la réincarnation, on croit aussi que le corps doit être redonné à la terre.  Lors d’un décès, le corps est donc séparé en morceau par un moine et les os et le cerveau sont broyés, puis mélangés à de l’orge pour être ensuite offerts aux vautours.  Il n’y a pas de mise en terre.

Honnêtement, j’ai éprouvé un profond malaise à cet égard ; à l’idée d’observer un «enterrement» d’une personne dont je ne suis pas une proche en échange d’un moment d’argent.  C’est pourquoi j’ai décidé de ne pas assister à ce rite.  Bien que cette pratique ait été sans doute extrêmement intéressante à observer, puisqu’elle est si différente des croyances apprises au sein de ma culture, j’ai pensé que je trouverai complètement irrespectueux que quelqu’un paierait de l’argent pour venir observer ma famille au salon funéraire.  J’ai donc refusé à plusieurs reprises cette opportunité lors de ce voyage.

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Toutefois, je trouve cette pratique intéressante.  Elle fait réfléchir sur la signification que nous donnons à la vie, à la mort, au corps, à la réalité tangible, à la réincarnation, etc.   C’est pour cela que je voyage : pour  connaître d’autres points de vue, me remettre en question, comprendre le monde et apprendre à voir comment d’autres peuples abordent autrement des concepts et des expériences de vie, à leur manière.  Le tremblement de terre à Yushu aura certainement été pour moi une expérience de vie unique et une occasion formidable de me questionner sur ces sujets.

Et vous, connaissez d’autres pratiques culturelles concernant la mort?  Cela vous a-t-il étonné?

7 – A l’épicerie vietnamienne

Je pourrais parler de la beauté des temples vietnamiens, de leur architecture typique, colorée, vivante, pleine de détails.  Je pourrais aussi parler de cette façon de construire des bâtiments tellement différente de ce que je connais du Canada.

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Je pourais aussi parler des dragons fantastiques qui ornent toutes les entrées de ces endroits magiques.

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Ou encore de ces cloches géantes, bien plus grandes que moi 🙂

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Tant de choses m’impressionnent au Vietnam.

Mais ce qui m’impressionne vraiment… c’est le moment où je dois manger!  Au pays de la pho, cette soupe typique du coin, on raconte que plus les bancs où l’on mange ce repas sont petits, plus la soupe est bonne (et pas chère)!  J’adore donc prendre mon petit déjeuner au coin d’une rue passante, sur un mini banc de plastique avec une table qui va bien plus bas que mes genoux, cette soupe chaude, souvent préparée avec des intestins n’en est que plus savoureuse!

D’ailleurs, aller au marché, goûter de nouveaux plats, manger de la bouffe de rue, c’est ce que je préfère.  L’ambiance, les gens, les saveurs, les bouts de viande étranges (lire : organes comme du cerveau ou de la langue), c’est vraiment vivre l’aventure.

Toutefois,  le Vietnam, ne m’a pas seulement impressionné par ces marchés… mais aussi par ces épiceries!  Car oui, oui, on y trouve des morceaux bien intéressants!  Et surtout bien empaquetés dans de la pellicule transparente et du styromousse…   J’adore ce mélange de culture Nord-Américaine où tout doit être bien propre et tout empaqueté dans du sarrawrap, avec la culture asiatique où tout se mange et tout est savoureux.

Une juteuse tête de poisson.

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Un bébé poulet noir.

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Une alléchante oreille de porc.

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Et de délicieuses queue de cochon.

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Aller, vite à l’auberge de jeunesse, j’ai hâte de cuisiner tout cela!

Et vous, lequel des plats présentés sur la photo auriez-vous testés?

 

32 -Pêche traditionnelle au Malawi

Après ma dernière péripétie à la frontière du Malawi, je peux enfin me reposer près du magnifique lac du même nom!  Le lac Malawi est immense, et bien qu’il ne représente pas la mer, il peut toutefois aisément en avoir l’air.  Présent de long en large du pays, il représente un endroit de repos de choix durant toute la traversée de cet État!  Le Malawi s’annonce être un pays particulièrement magnifique, grâce à lui.

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J’ai bien vite remarqué, qu’ici, il y a très peu de voitures, et de véhicules motorisés en général.  C’est bien différents du reste des États africains que j’ai traversé, où les transports en commun locaux sont réguliers et abondants, puisque la population elle-même doit se déplacer de manière efficace.  Ici, au Malawi, il existe une plus petite population, les matatus sont donc moins présents.  J’ai donc dû prendre un vélo-taxi pour me rendre jusqu’à ma destination!  J’avais bien peur d’être trop lourde pour l’homme qui me transportait!  Et c’est ce qui est arrivé 🙂  A la première montée, mon chauffeur , le visage mouillé de grosses gouttes de sueurs m’a dit qu’il préférait me remettre mon argent plutôt que de continuer son chemin.  Ouf, un petit coup pour l’orgueil!

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Arrivée à destination, j’ai pu partager la plage avec quelques vaches..

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et quelques pêcheurs bien musclés!  Je les observais de loin tirer leurs filets géants à partir du rivage, jusqu’à ce qu’ils me demandent de prendre une photo avec moi. En riant, j’ai dit oui, mais je ne me doutais pas qu’il allait en profiter pour -tous- me pincer les fesses!  J’imagine que c’est pour cette raison qu’ils ont l’air si heureux sur la photo!

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Dans tous les cas, après cette aventure, je ne suis pas prêt d’oublier la façon dont s’exerce la pêche traditionnelle au Malawi!

Et vous, êtes-vous fan de pêche en voyage?  J’avoue que chaque fois que j’ai l’occasion d’en faire, je saute sur l’occasion!  Et vous?

 

22 – Faire de la moto au royaume des Karamojons

Le lendemain, je me lève tôt.  Objectif de la journée : trouver une moto.  Un petit défi compte tenu que du fait que tout le village sait qu’il y a une étrangère ici, et qu’elle n’a pas de transport pour poursuivre son chemin plus au nord de l’Ouganda, vers la frontière avec le Sud-Soudan.  Tout le monde est au courant!

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Les négociations commencent avec un homme près de l’hôtel, qui en connait un autre, puis un autre…  En cinq minutes, une grande foule d’hommes forment un cercle autour de moi, et oui, ils sont tous prêts à m’aider!  Je me demandais comment je vais faire, pour faire tenir mon sac-à-dos et celui de mon compagnon sur la moto :

-Pas de problème ma soeur, j’ai de la corde faite en vieux pneu!  me répondit un des hommes.

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Ah!  Ah!  Ici, la créativité des gens est infinie, avec les moyens du bord, on se débrouille toujours!  Je suis toujours fascinée de voir comment l’on peu réaliser tellement de choses avec peu!

La fébrilité monte autour de moi, il y a au moins une trentaine de personnes. Tout le monde veux voir les étrangers (Muzungu!) conduirent la moto!

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Et je décolle… Et, c’est là, maintenant, un des plus beaux moments de ma vie!  Je n’arrive pas à y croire, je fais de la moto en Ouganda dans une région où presqu’aucun touriste ne s’est jamais rendu.  Mes cheveux sifflent dans le vent chaud de cette terre extrêmement aride.  Ici, il n’y a pas d’auto, ni de vélo, que des femmes à pieds transportant des branches gigantesques (vraiment!) avec un bébé dans le dos et des hommes transportant de lourdes poches de charbon.  Dans cet environnement irréel, j’ai le souffle coupé.  Je suis vraiment ici?  Près de ces montagnes escarpées, de ces dunes orangées et de ces villages avec des huttes?

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Plusieurs Ougandais m’avais dit de ne pas venir ici.  On m’avait raconté que le royaume des Karamojongs est dangereux.

-Ces gens te tueront et brûleront ton auto, seulement pour se faire des souliers avec les pneus!

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Au final, les Karamojongs sont littéralement magnifiques.  Ils ont les jambes aussi longues et effilées que leurs indispensables bâtons de marche, qu’ils gardent systématiquement avec eux pour diriger leurs bêtes. Habillés de leurs larges pagnes carottés, ils nous envoient la main.  Les hommes portent des chapeaux de style «Peter Pan».  Je soupire, c’est incroyable d’avoir la chance d’être ici.

L’air sec me brûle la peau, mais je m’en fou.  Je fais de la moto avec mon sac-à-dos accroché avec de la corde de vieux pneu et je traverse le nord de l’Ouganda.  C’est fou!

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C’est littéralement fan-tas-ti-que.

Et vous, avez-vous déjà eu ce sentiment d’être tellement chanceux en voyage?  De faire l’expérience de moments tellement uniques?

 

 

20 – Hey Muzungu!

Je me souviens d’avoir appelé ma mère en arrivant à Kabong.  Il faillait que je réalise! A travers ses yeux, j’essayais de me réveiller moi-même.  À force d’être dans l’inconnu tous les jours, j’en suis arrivé à me créer une carapace, question de ne pas trop capoter.  Des fois, que ça soit positif ou négatif, c’est juste trop intense d’être les deux pieds dans le voyage, dans quelque chose de si loin de ce que tu connais.  Comprendre, vivre, partager, découvrir, c’est un privilège tellement beau, mais cela prend aussi beaucoup d’énergie aussi.  Au téléphone, je lui ai alors raconté ce récit :

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J’ai eu un choc quand j’ai regardé dans les yeux de cette jeune femme ougandaise.  Elle m’a interpellé machinalement, comme beaucoup de gens font ici.  Les locaux sont curieux de savoir ce que je fais dans leur coin, presqu’aucun touriste ne vient par ici.  Elle m’a dit : «Hey Muzungu!» : «Hey l’Étranger!».

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J’ai ris, elle a rit.  Puis, on s’est regardé, on a essayé de communiquer.  Elle portait une jupe carottée plissée, des sandales faites avec des pneus recyclés, un petit bébé dans son dos et des dizaines de petites scarifications dans son visage.

Elle riait de moi, l’étrangère.  Je rencontrais mon alter-égo ougandaise.  Même âge, même grandeur, même…  mais non…  on ne se ressemble pas finalement.  On ne pouvait pas se parler, puisqu’on ne parlait pas la même langue.  Je me disais : «wow, on est tellement différentes!»

Toi avec ton bébé accroché dans ton dos, moi avec ma contraception, toi avec ton pagne plissé et moi avec mes pantalons, toi avec des scarifications, moi avec mon fond de teint, toi avec ta hutte sur la plaine, moi avec mon appart à Montréal, toi avec ton feu de bois, moi avec mon four en céramique.

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Comment la même planète peut créer des êtres si différents?  C’est capoté, que j’ai dit à ma mère.


Le soir pour décompresser de tout ça, je prends une bière sur grosse roche, près de l’hôtel.  Dans la pénombre , je peux réfléchir.  Le monde est si grand, les cultures si diverses et belles.  Je me sens vraiment privilégiée d’apprendre à en connaître quelques unes en Afrique de l’Est.  J’en savais si peu avant de partir.  Et la réalité est à des années-lumières de l’image que je m’étais faite.

Pendant que je me pose mille questions sur la vie, un homme passe devant moi avec une brouette pleine de chèvres égorgées et sans peau.  Quelle vision suréaliste!  Je soupire.  C’est si magnifique, Kabong.  C’est si brute, le royaume des Karomojongs.

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Et vous, est-ce que le voyage vous a fait réfléchir?  Avez-vous déjà eu le sentiment d’être si différents des gens que vous visitiez?