8 – A la frontière du Nigéria

Quand je suis partie pour le Cameroun, une (petite) partie du pays était contrôlée par Boko Haram, un groupe terroriste faisant la promotion d’un islam extrêmement radical et ayant des liens avec l’État islamique.  C’était une grosse décision de partir à ce moment-là.  En m’informant bien, j’ai compris qu’une partie seulement du pays faisait face à cet important danger et qu’en planifiant adéquatement mon séjour, je n’y mettrais pas les pieds.

J’ai voyagé un peu partout, mais j’ai toujours été bien consciente des risques importants que comportaient la traversée d’une zone de conflit.  Ou de toute zones en fait.  Nul endroit n’est vraiment neutre.  J’étais déjà atterri dans un conflit tribal au Kenya où j’ai été gentiment escortée par un garde armé à la porte du seul hôtel d’une petite ville parce que deux groupes tribaux étaient en plein coeur d’une importante négociation.  Ou encore, on m’avait fait rapidement signe de m’éloigner d’une intense manifestation politique au centre de Dhaka au Bangladesh.  J’ai également été particulièrement frappé par le sentiment d’insécurité auquel j’ai face à Cape Town en Afrique du Sud, où apparemment les tensions inter-communautés sont toujours bien présentes, même encore aujourd’hui : http://pleinairvoyagesetcompagnie.com/2016/03/08/moi-et-lautre/.  Même cet été, en Papoisie Nouvelle-Guinée, il était absolument impossible d’obtenir de l’alcool en raison des élections en cours, un sujet dont les Papous sont passionnés.  Bref, voyager est tout à fait politique peu importe le lieu selon moi.

Tout cela pour dire que je roulais maintenant dans un jeep emprunté à un ami au Cameroun à recherche d’un hôtel peu dispendieux pour la nuit.  J’avais fait mes recherches et l’idée était d’éviter le Nord du pays où des tensions étaient possiblement en cours.  J’ai suivi la route en suivant les indications pendant bien longtemps, sans rien trouver pourtant.  Sur le chemin, les autres hôtels croisés étaient trop chers (plus de 50 $ par chambre) et je devais continuer mon chemin à chaque fois.  Au bout de plusieurs minutes, la route a commencé à devenir un peu plus petite, puis franchement cahoteuse.  Je suis arrêtée plusieurs fois pour demander mon chemin aux gens que je croisais, et tous me disaient de continuer, ce qui me rassurait vraiment.

Je suis finalement arrivée dans un village où j’ai croisé un barrage policier.  La route était vraiment mauvaise, et je commençais à avoir de sérieux doutes sur la destination.  Une épaisse forêt m’entourait.  Le policier m’a répondu en riant que oui c’était bien par là, un peu plus loin après la rivière, j’ai donc continué à avancer jusqu’à ce que je trouve que le visage des gens que je croisais vraiment intense.  On aurait dit une expression de surprise très insistante, mais toutefois encore silencieuse.  J’ai commencé à penser à ce moment-là que quelque chose n’était pas normal.  J’arrête le véhicule et je marche vers la plage que je vois de la route.  Je suis avec des amis, dont un des mes amis Camerounais établi au Canada et étant venu visiter sa famille.  Je ne m’en rends pas compte, mais quelqu’un vient lui parler très rapidement, en peur.

-Mais qu’est-ce que vous faîtes-là! Ce n’est pas la place pour des étrangers!!!  La police fait présentement des fouilles dans les bois!!! Des combattants de Boko Haram sont présentement cachés dans la forêt et il y a une fouille en cours!!!! Partez maintenant!!

Le jeep roule dans la boue en quatrième vitesse, nous sommes en danger.

Le policier nous a menti.  Quand nous passons prêt de lui au retour, il rit.

Plus tard, je regarde sur une carte où j’étais rendue : proche de la frontière du Nigéria. Pas au Nord du pays, mais à quelques lieux de la zone à éviter.

NB : Je tiens à préciser que c’est la seule mésaventure que j’ai eu au Cameroun, et que c’était dû à cette situation politique en particulier.  Le reste du pays était vraiment tout à fait accueillant et sécuritaire, et j’y ai fait un voyage extraordinaire.

7 – Négocier serré

Je suis vraiment une passionnée des marchés de poissons!  Chaque fois que j’en vois un sur mon chemin, je fais fit de l’odeur, et je me fais un plaisir d’y passer des heures!  J’en ai visité en Afrique, en Asie, en Europe et en Papoisie Nouvelle-Guinée, et chaque fois je suis absolument impressionnée par les couleurs, les formes, les grandeurs de ces habitants de l’océan.  Il y a toujours un poisson que je n’ai jamais vu de ma vie!

Voici mon dernier article sur le marché de poisson que j’avais visité en Tanzanie 😉

http://pleinairvoyagesetcompagnie.com/2015/11/25/poisson-geant-et-poulet-tandoori/

Au Québec, les fruits coûtent tellement chers, j’en mange donc rarement… alors j’en profite à fond en voyage pour me remplir la panse de pieuvre, calmars et poissons frits! Wow! Tellement d’éléments me fascinent dans ces endroits :  l’abondance d’abord, la grosseur ensuite, mais aussi l’ambiance toujours un peu festive en raison des gens qui négocient serrés leurs achats, et surtout les pêcheurs fiers de leurs plus grandes prises et qui ont toujours des bonnes histoires de pêche à raconter.  Partout autour du monde, la pêche s’effectue de différentes manières : que ce soit en pleine nuit avec une lampe au Malawi : http://pleinairvoyagesetcompagnie.com/2015/12/22/32-peche-traditionnelle-au-malawi/ ou dans de petites embarcations doubles et étroites en Papoisie Nouvelle-Guinée ( j’ai déjà hâte d’écrire mon article sur le sujet!), je raffole de ces histoires toujours intenses.

Tout cela pour dire, que cette fois-ci, j’ai mis les pieds dans mon premier marché de poisson au Cameroun, près de Limbe et je suis gaga.

Je suis toujours impressionnée par les gros poissons et les crabes géants.

Négocier est toujours une expérience un peu étrange.  C’est la tradition dans plusieurs des pays dans lesquels j’ai voyagés, mais je suis toujours un peu perdue au travers des éléments à prendre en considération lorsque je regarde les prix :

  • Dans certains pays, négocier les prix de tous achats est normal, alors que dans d’autres la nourriture ne se négocie pas, c’est un signe d’irrespect pour l’énergie demandée pour amener ce poisson/fruit/légume sur la table.
  • Je dois aussi être consciente que souvent les prix sont gonflés artificiellement pour moi, car je suis une étrangère et la plupart du temps, les gens des communautés que je visitent pensent que mes poches sont pleines à craquer.  En même temps, je dois aussi être consciente que dans d’autres endroits du monde, notamment le Bangladesh ou la Papoisie Nouvelle-Guinée, monter les prix pour moi, étrangère, ne viendrait jamais à l’idée des gens locaux, et essayer de faire baisser le prix de la nourriture pourrait me faire paraître franchement insultante.. pour eux qui me demande un prix tout à fait juste pour leurs produits.

  • Finalement, je dois aussi prendre en considération, que quand je ne négocie pas un prix qui devrait l’être selon les locaux, j’envoie également le message qu’en tant que visiteur, j’ai les moyens de payer ces prix-là et que je suis vraiment très riche.  On s’entend, venant du Canada mon pouvoir d’achat est la plupart du temps plus élevé que celui de gens dans lequel je visite, toutefois, je fais toujours attention de négocier mes prix, afin de d’envoyer le message que oui, j’ai les moyens de voyager, mais non je ne vis dans un château au Canada à manger du crabe des neiges matin, midi, soir.  En fait, j’ai souvent assisté à situation, où des touristes étant inconscients de cette dynamique voyaient un prix absolument dérisoire pour un produit étiqueté de luxe au Canada, par exemple ces crabes géants dans ce marché au Cameroun.  Cela envoie un vraiment un drôle de message aux vendeurs et vendeuses du marché qui pensent maintenant pouvoir demander un prix ridiculement élevé aux étrangers pour un produit local.  A long terme, cela crée un fossé infranchissable entre les populations locales et les touristes autour de l’idée de richesse.

Bref, j’adore les marchés de poissons, ou tous les autres types de marché dans  les pays dans lesquels je voyage.  Je suis une super fan de ce contact avec les gens ; tout le monde doit manger, et la nourriture en dit tellement sur le mode de vie local, les traditions, les goûts, sur les familles qui fréquentent ces marchés.  J’en profite toujours pour faire le plein d’histoires et de conversations, mais je suis toujours aussi consciente de l’impact de mes achats sur la dynamique du marché : j’essaie de payer le prix juste et ma réflexion change de pays en pays selon les traditions locales : ce n’est pas nécessairement un prix durement négocié ou le plus bas possible, ni le plus élevé non plus, aussi parfois il n’est pas négocié, parce qu’il ne négocie tout simplement pas.  C’est le prix qui respecte la personne en face de moi, qui lui envoie le message que je donne de la valeur de son travail, qui reconnaît aussi que je viens d’ailleurs, mais qui en même temps veux donner une idée juste de qui je suis, une voyageuse sac-à-dos qui vit dans un appartement bien normal à Montréal.

Et voilà, je promène un peu partout et je fais mes choix ; c’est que je me prépare un festin.  Juste sur le côté du marché, plusieurs femmes ont des grills et cuisent sur le feu les achats frais du matin des clients.  Je laisse mes réflexions sur la négociation pour goûter pleinement aux saveurs du terroir camerounais.  C’est délicieux!

 

3 – Histoire de viande

Je le regarde, il me regarde aussi.  Nous sommes face à face.  Je détourne le regarde, mais lui non.  C’est le duel.

Je viens d’arriver à Douala, et j’ai eu l’accueil le plus chaleureux de ma vie dans une famille camerounaise.  Tout le monde est là, heureux, me répétant par dizaine de fois de me sentir comme à la maison.  Je suis vraiment touchée, ils partagent tout avec moi, maison, lit, repas.  Je me sens tellement bien accueillie, parce qu’en plus de m’avoir cuisiné le repas, on me dit chaleureusement qu’on m’a fabriqué un plat tout spécial et typique seulement pour moi.

Alors, les joues rouges de surprise, je fais face au… rat.

Et je me sens tellement mal…. parce que vraiment, je pense que je vais avoir de la misère à le manger, ce plat cuisiné avec tant d’attention et de bonté.  Ouf!

En fait, cette situation m’est arrivée plusieurs fois en voyage…  et chaque fois, je me questionne sur la chance que j’ai eu d’avoir été élevé au paradis du steak, des coupes de viandes bien définies.  A force d’avoir été habituée à manger de bons gros morceaux de protéine provenant de type d’animaux bien spécifique (principalement boeuf, poulet, porc) je me sens toujours un peu mal de ne pas être capable d’apprécier à leur juste valeur des plats vraiment bien cuisinés, issues de la culture typique de l’endroit où je voyage.  Des coeurs de poulet et pattes de porc dans les soupes chinoises, au organes bien juteux dans certains pays africains, au castor chez les Cris, j’éprouve toujours un certain malaise à mon incapacité de m’adapter à ce que les gens mangent normalement, surtout que ces mets typiques traduisent toujours l’adaptation au territoire et le désir de ne rien gaspiller, et de respecter l’environnement et les ressources disponibles.  D’ailleurs, les étrangers ont souvent la réputation de ne manger «que les bonnes parties», laissant plusieurs morceaux de viande et cartilage sur les os.  Et puisque, j’avoue que je n’aime pas le gaspillage… je pourrais vraiment m’améliorer de ce côté là.

Donc, chaque fois, j’essaie vraiment fort d’aller au-delà de cette barrière, même si franchement, une des choses avec lesquelles j’ai le plus de difficulté quand je voyage.  Je retourne donc dans cette famille super accueillante et cette fois, je vais essayer le groin de porc.

N’arrête jamais d’explorer

J’enfile mon casque de moto et je me dis que tout va être correct.  J’ai déjà fait de la moto en Tanzanie, au Cameroun, en Chine, dans des p’tites rues, sans amortisseurs, parfois à contre-sens dans la circulation.  Je me dis que je connais ça, la moto.  En fait, je m’apprête à traverser États-Unis en moins de deux semaines, de l’Ontario jusqu’en Californie et vraiment, je me sens comme une pro.

Après, je prends l’avion pour l’Australie, puis enfin ma destination ultime… la Papoisie Nouvelle-Guinée.  Ensuite, je reviens à Vancouver pour retraverser le Canada, 5 jours plus tard, je pars pour le Nunavik.  Ça va être tout un trip.  Bref, je me sens prête pour l’aventure, drillée par la fatigue et l’adrénaline des préparatifs.

Quelques heures à peine après être partie, je déchante… j’ai tellement froid sur la moto et j’ai toujours peur de perdre mes lunettes qui avec le vent ont l’air d’une brindille face à un ouragan.  Gênée, je finis par écouter les conseils qu’un peu tout le monde m’a donné : porter un bon manteau en cuir et mettre une corde sur mes lunettes… à contre-contre coeur (parce que c’est pas du tout mon style) je me fonds dans le monde de la moto…  et c’est magique!

En fait, sur mon chemin, je rencontre des dizaines de passionnés!! Des hommes (en grande majorité) tatoués de la tête aux pieds, vêtus de jeans et de cuir, avec des bandanas ornés de squelettes et de longues barbes.  Partout, les gens viennent me voir pour m’aider, pour voir comment je vais, où je me dirige et surtout savoir si tout va bien.  Je découvre une famille tissée serrée, une vraie communauté, qui me fait sentir en sécurité partout où je vais… parce que je voyage à moto.  C’est vraiment extraordinaire… et même si j’ai trouvé la transition difficile au début, je suis vraiment heureuse d’avoir fait un court séjour dans ce monde inconnu… j’ai vraiment été inspirée par le sentiment de solidarité entre les motos cyclistes.

Quelques semaines plus tard, en Papoisie Nouvelle-Guinée, j’irai à la chasse aux crocodiles sur la rivière Sepik, une région du pays où la seule façon de se rendre de village en village est par bateau.  Bon, certaines embarcations sont motorisées, mais sur le coup, je suis plutôt dans un mince canot sculpté dans un tronc d’arbre qui n’a pas vraiment de ballant… et c’est la nuit.  En fait, j’ai vraiment peur, je suis convaincue que je vais mourir dévorée par un croco, et je sais pas trop comment expliquer le tout aux chasseurs dans l’embarcation qui sont occupés à affuter leurs arpons.  Heureusement, un poisson volant saute dans ma face et change vraiment le mal de place.  Je finis par me calmer et vivre moment absolument magnifique avec les Papous.  L’homme devant moi fait des blagues à mesure que sa sacoche se remplie de bébés crocodiles.  Quelques jours plus tard, je comprends qu’il n’aurait jamais pu rien m’arriver.  Les Papous se sentent absolument responsable des gens qui les visitent, j’avais toute une famille qui m’attendait à mon retour.  J’ai trouvé cette expérience tellement touchante et ça aussi, ça m’a vraiment inspiré.

En fait, la raison pourquoi ne parle de ces deux anecdotes, c’est que je ne veux pas seulement parler de voyages, mais d’expériences de vie, de rencontres, de nouvelles activités, sports, sorties, cours à l’école, musées, groupes de musique, etc.  La vie est infiniment intéressante et remplie ; il y a tellement choses à apprendre, à explorer, à découvrir.  Mon voyage m’a seulement rappelé à quel point le monde est immensément grand et beau, et rempli de gens différents vivant de manières éclatées, et qu’ici ou ailleurs, c’est souvent dans l’inconfort de l’inconnu (et quand on accepte qu’on ne sait pas tout) qu’on grandi le plus.

PS : La semaine, je reprends mon récit sur le Cameroun 🙂

1 – Le python


J’ai rencontré Gabin lors d’un souper entre ami.  C’était un conteur.  Un vrai.  Un de ceux-ci t’emporte à l’autre bout du monde avec leurs paroles, leurs récits, leurs histoires.  Assise sur le coin de ma table, j’étais rendue au Cameroun.

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Il m’a raconté comment les hommes de son village chassait le python, partant à dix dans la jungle, jusqu’à la fameuse maison du dit serpent.  Le pied d’un homme au fond du trou, ils attendaient patiemment que l’animal s’enroule autour de la jambe, puisque c’est par asphyxie que ce dernier tue ses proies.  Le pied bien enroulé, on sortait rapidement le serpent de son terrier pour ensuite le tuer.  Et bang, on revenait au village en file avec le piton sur les épaules de 10 hommes.

Les yeux écarquillés, j’ai tout de suite pensé, qu’eh bien… Gabin et moi, on avait pas eu la même enfance!  Entre son village et Pointes-Aux-Trembles.

Pour Gabin, le Cameroun, c’est le plus beau pays du monde.  C’est le bijou de l’Afrique : c’est le tout-inclus des climats et le résumé de la beauté de ce qu’on peut trouver sur ce gigantesque continent : la mer, la jungle, la ville, les villages, les gens.

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Alors quand Gabin m’a demandé si je voulais au Cameroun, eh bien, j’ai capoté de joie, et j’ai acheté mon billet d’avion, parce que ça allait être trou fou aller visiter le plus beau bijou de l’Afrique et le monde rempli d’aventures dont Gabin m’avait tant parlé.

10 – Autour de la chauffrette

Monte, descend, monte, descend, monte, descend.  Le treks de l’Annapurna est composé de milliers et de milliers de marches qui montent à l’infini, puis redescendent toujours plus bas, et plus un tout petit peu plus haut… finalement.  Je le sais, je les ai comptées!  Mes pieds sont remplis d’ampoules et je suis épuisée, mais en focusant sur le nombre de marches, j’avance un peu plus!

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Le paysage est à couper le souffle.

Le soir, je me change directement en arrivant.  J’enlève rapidement mon linge mouillé par la sueur, puis ensuite j’enfile directement mon ensemble du lendemain.  Il n’y a pas de chauffage dans les chambres des refuges et le matin je suis trop gelée pour même penser à enlever une couche de vêtements.  Après quelques jours, je n’ai toujours pris ma douche.  J’hésite encore entre ma propreté et l’eau littéralement glaciale!  Il faut dire que les douches sont rudimentaires.  Bon, je suis habituée à l’habituelle plaque de céramique au sol qui sert de douche, de toilette, de tout en fait.  Mais cette fois-ci, avec le froid, les besoins des gens sont plutôt gelés et collés au sol, donc bizarrement, c’est extrêmement glissant, alors bon, je vais attendre avant de prendre ma douche. 😉

Il y a aussi eu cet endroit ou la toilette n’était un long tunnel à découvert creusé au sol…  Dans cette grande pièce, j’ai cherché les cloisons, la porte à fermer… mais rien.  C’était plutôt..  ouvert comme situation!  J’étais un peu étonnée, mais je n’étais pas la seule apparemment…  d’autres locales étaient aussi bien surprises de me voir aller!  Au milieu des chuchotements et des rires à mon endroit, je pouvais heureusement admirer la vue sans pareille de la toilette.. ah, c’est beau l’Himalaya!

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Heureusement, le soir, sous de grandes tables centrales, des petites chauffrettes sont installées partout.  Alors, on a beau avoir un peu froid, on fait le tour du monde toute la soirée.  Entourée d’autres trekkeurs, c’est la grande conversation : Italiens, Coréens, Israeliens, on passe les soirées à discuter autour de nos gourdes en mangeant du riz, et c’est la belle vie!

 

 

9 – Dans le ventre de l’Himalaya

L’Annapurna, c’est un des géants de l’Himalaya.  Un colosse de plusieurs sommets allant jusqu’à plus de 8 000 d’altitude.

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Le permis de trekking obtenu à Katmandou en main, j’arrive à Pokhara, une ville bercée par le vent frais des montagnes.  Après les rues remplies et vivantes de la capitale, je suis vraiment heureuse d’y être arrivée.

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Dès mon arrivée, je prépare pour cette randonnée quelques jours, car je pars le lendemain matin.  J’ai un sac-à-dos de 60 litres, une bonne paires de souliers de marche et quelques sous-vêtements.  Comme je vais porter mes bagages, j’essaie de faire dans le léger 😉  Apparemment, ce n’était pas la technique adoptée par mes collègues Coréens qui, équipés de la tête aux pieds de vêtements synthétiques, partagent le chemin de randonnée avec moi!  Ils ont de petits sacs-à-dos bien sûr, mais également… plusieurs géants sacs ressemblant à des poches de hockeys!!  Je plains les porteurs qu’ils ont payés!!!!  Heureusement, le soir venu, complètement gelée parce qu’il n’y avait pas de chauffage dans les petites habitations fournies aux randonneurs, j’ai eu de la chance de goûter à de la pieuvre séchée  gracieusement offerte par ces derniers!  Je pense que c’était la dernière chose que j’avais pu penser manger ici 😉  Je comprends maintenant pourquoi leurs poches étaient si lourdes, ils ont apporté tout leurs repas!

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En fait, la nourriture sera plus chère à mesure que j’avancerais dans ce trek.  Tout étant porté à bras, plus j’étais loin, plus le prix du repas était élevé.  C’est normal.

Le lendemain, je quitte mes amis Coréens et reprends la route.  Je traverse plusieurs villages et la vue est absolument magnifique.  Je gravis la montagne, monte et monte encore des centaines de marches, arrivée au sommet je jubile, pour ensuite me rendre compte que je dois tout redescendre!  Le trek de l’Annapurna est tellement particulier sur ce point, souvent, si l’on regarde directement devant soi, on dirait qu’on pourrait atteindre le prochain sommet à vol d’oiseau en 5 min de marche, mais il faut monter et redescendre chacune des falaises de montagne qui forme une longue chaîne.  Heureusement que c’est magnifique, car c’est aussi interminable 😉

5- La citoyenne du monde

Un jour, quelqu’un m’a dit qu’avec tous mes voyages, j’étais une vraie citoyenne du monde.  Un voyage ici, un voyage-là, je n’appartenais à personne, puisque j’allais partout.  Sur le coup, j’ai été tellement flatée!  Wow, wow, wow, moi la p’tite fille de Pointe-aux-Trembles.. je suis une grande Citoyenne du Monde.  J’avoue que pendant plusieurs années, je me suis enorgueillie de ce charmant titre, un peu trop fière d’ailleurs.  On aurait dit que ça me donnait l’impression de n’avoir peur de rien.

Un jour, dans un souper, je ne me souviens plus quand, ni où, quelqu’un a bien ri de cette expression.  Je me souviens pas non plus d’où la personne venait, mais elle m’a dit ceci, et je ne l’ai jamais oublié.

Elle m’a dit :

«Sté Andy, te rends-tu compte que tu peux dire cela seulement parce que tu es privilégiée?  Toi, tu es née avec la nationalité canadienne, avec ton passeport, tu passes partout, sans question, ni regard.  Toi, tu peux.  Tu peux bien être fière de te définir de cette manière, tu es née avec la possibilité de voyager, de traverser les frontières.  Bien des personnes rêveraient de le faire aussi, mais c’est impossible.  Et ce sont souvent les gens chez qui tu voyages.  Tu trouves leurs cultures fascinantes, tu peux les comparer, essayer de les comprendre, mais combien des personnes que tu as rencontré pourraient vraiment faire comme toi?  Ce n’est pas vrai que tout le monde peut être un citoyen du monde, Andy.  Et le fait que tu te décrives de cette manière ne fait que démontrer comment tu ne réalises pas tes privilèges.  Certains ne peuvent pas.»

Ne me méprenez pas, je crois dans le pouvoir de la détermination personnelle.  Que quand on veut, on peut… et tout le tralala.  Mais peut-être que pour moi, ça été plus facile d’amasser les outils pour voyager, parce que j’avais accès à internet, au crédit, à la possibilité d’ouvrir un compte bancaire, à la possibilité d’avoir un emploi, une éducation…  et je passe l’électricité et l’eau courante, la nourriture pour mettre sur la table.

Depuis, je ne me suis plus jamais définie de cette manière.  Et je suis aussi beaucoup plus consciente du signal que j’envoie quand je mets les pieds dans un pays… moi qui vient d’ailleurs et qui a le pouvoir d’achat et le pouvoir politique de voyager.  Je suis pas une citoyenne du monde après tout, je suis une québécoise qui a vraiment beaucoup, beaucoup de chance de voyager.

 

 

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2 – Si près et si loin

J’étais plantée là, à la garre.  Il y avait beaucoup de monde à la garre. Surtout beaucoup de monde autour de… moi.  Et proches, vraiment proches.  Proches comme dans, il y a une dizaine de personnes qui me regarde à moins de 50 centimètres de mon visage… et plus d’une vingtaine après ces dernières.

-Eeee, c’est normal qu’il y a autant de gens autour de moi?

-Oui!  Vraiment normal!

-Mais… c’est impossible.  Les gens doivent être là pour une autre raison!?

-Non, non.  C’est vraiment pour toi!  Ils veulent te connaître!

-C’est impossible…

-Bouge, tu vas voir!

En voyage, j’avais déjà fait l’expérience d’être le centre d’attention ; ce n’était pas la première fois pour moi.  C’était surtout des enfants qui s’amassaient près de moi pour dévisager la couleur de ma peau.  Toutefois, au Bangladesh, c’était tout-à-fait un autre niveau!  Non seulement, les gens s’arrêtaient dans la rue pour me dire bienvenue, mais ils s’approchaient extrêmement prêts, sans mot, pour m’observer.

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Et c’est ce qui est arrivé.  Je me suis posté une quinzaine de mètre plus loin de l’endroit où j’étais, pour faire le test.  Tout doucement, il y a eu un mouvement de masse.   Des enfants, s’avançaient, puis des hommes, quelques personnes plus âgées, et enfin des femmes.  A la fin , il y avait autour de 40 personnes à quelques centimètres près de mon visage.  Il n’y avait vraiment aucune animosité, seulement la plus belle des curiosités!  Malhereusement, je ne parlais pas bengali, et c’était vraiment difficile de communiquer. Toutefois, pour moi, ça été l’un de mes moments de vie les plus intenses : si près et si loin des gens au même moment.

Je réfléchis toujours beaucoup en voyage.  Sur ce qui nous éloignent et ce qui nous rassemblent.  Sur les différentes perceptions du monde qui nous habitent et qui défissent notre vision de certains concepts.  Clairement, ici, ma perception de mon espace/bulle avait été mis à l’épreuve, mais c’était tellement avec une bonne intention de la part des gens.  C’était absolument fascinant de constater le désir de découvrir des gens autour de moi et mon incapacité totale à communiquer avec eux. 🙂

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La tête dans les nuages, le train s’ébranlait.  Je sortais tranquillement de Dhaka, et je me dirigeais enfin vers la campagne. 🙂

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40 – Épilogue de cette épopée africaine

Voilà, c’est fait!  J’ai traversé l’Afrique avec mon sac-à-dos!  C’est incroyable!  C’était magique, éreintant, magnifique, surprenant, drôle, inusité et très accueillant.

  • J’ai dormi parmi les singes en Éthiopie.

6 – Siemens Mountains – Partie 1

-J’ai rencontré les femmes Samburu d’Umoja au Kenya.

16 – Umoja, un des visages de la lutte des femmes au Kenya

-J’ai traversé le terres de Karamojons en moto en Ouganda

22 – Faire de la moto au royaume des Karamojons

-Je me suis perdue dans les mangroves en Tanzanie

29 – La plage secrète

-J’ai été réveillée par une horde d’éléphants au Malawi

33 – Le paradis se trouve au Malawi

-J’ai admiré les magnifiques chutes Victoria en Zambie

34 – De la compétition pour les chutes Niagara!

-J’ai fait du pouce vers le désert de Namibie

37 – Faire du pouce vers le désert de Namibie

-Et j’ai grimpé la montagne de la Table en Afrique du Sud

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Une chose est sûre, j’ai appris sur moi et sur les autres.

A l’heure où beaucoup m’ont dit que ce voyage était impossible, dangereux, inaccessible et fou, je suis fière de ne pas avoir écouté les peurs des autres… et les miennes.

Le lendemain de mon retour à Montréal, j’écrivais ce texte un peu brut, le fruit d’un mélange de mes derniers voyages, de beaucoup de fatigue, de chocs et de belles découvertes culturelles et, surtout d’un besoin insatiable de compréhension du monde complexe dans lequel nous vivons.

Le voici :

«Des fois, il faut que tu partes si loin pour te trouver.  Loin de tes propres normes sociales, tu découvres enfin tes propres vérités.  Loin de ton grand confort, tu casses tes attentes irréalistes pour apprécier les choses simples, comme un lit, un bol de riz, de l’eau chaude pour te laver.  Des fois, j’ai l’impression que la ouatte dans laquelle nous sommes élevés nous empêche de penser.  Elle nous bouche les oreilles.  Trop habitués à nos propres standards, on en oublie qu’il existe d’autres manière de fonctionner et que la vie, c’est pas un chemin bien tapé, mais bien un fabuleux labyrinthe, avec bien des options et bien des culs-de-sacs.  Des fois, j’ai l’impression que la société nous enseigne qu’il y a un bon chemin.  Que si tu veux réussir dans la vie, c’est celui-là que tu dois choisir.  Après le primaire, c’est le secondaire, puis le cégep, l’université.  Et puis là, tu te retrouves avec un diplôme en poche et peut-être un job.  Mais ton diplôme et ta job, ils te rendent pas nécessairement heureux.  Et tu te retrouves dans la vie.  Tu sais pas trop comment faire, mais on te dit que là, tu es un adulte…

Bon, là tu hésites.  Tu te dis, c’est ça la vie?  Puis, tu pars en voyage et tu te rends compte que :

-Tu ne sais pas comment négocier un taxi en Inde.

-Tu ne parles pas assez de langues pour communiquer avec tous les humains de la terre, dont les gens du Laos.

-Tu es fasciné par les minorités tibétaines, alors que tu en connais si peu sur les autochtones du Québec.

-Tu danses la bacchata en République Dominicaine, alrs que tu ne danses jamais la danse en ligne au Québec.

– Tu pensais que faire de la moto c’est dangeureux, alors que c’est capoté en faire au Vietnam.

-Tu pensais que toutes les capitales des différents pays du monde sont organisées, alors que tu as vu un éléphant traverser la ville à Phon pen au Cambodge.

-Tu pensais que la distance normale entre deux être humains qui ne se connaissent pas est deux mètres, alors qu’au Bangladesh, c’est plutôt 5 cm.  

-Tu pensais que les insectes ça ne se mangeait pas, alors que tu as avalé un scorpion en Chine.

-Tu pensais que l’enfance était faite pour jouer, alors que tu as vu des enfants sniffer de l’essence à Katmandou.  

Et tu te rends compte que tu sais rien.  Rien de rien.  Et que la vie, c’est fait pour apprendre, pour remettre en question, pour se tromper et pour apprendre encore.
Donc, va donc voir ailleurs si tu y es, peut-être que oui, finalement.  »

 

Aller!  Sur ces sages paroles, je serai de retour la semaine prochaine, avec le récit de mon dernier voyage en Chine 🙂

 

 

 

39 – Moi et l’Autre

J’entends crier derrière moi.

  • Qu’est-ce que tu fais là ?!
  • J’attends le taxi…
  • C’est fou ce que tu fais ! Dépêche-toi, tu peux pas rester dehors à cette heure-là !

Je suis un peu ébranlée, une voiture contenant 5 jeunes de mon âge vient de m’apostropher sur le bord de la rue pour me dire que je suis en danger.  Je leur réponds que je viens de héler un taxi, il s’en viendra dans quelques minutes.  Je me trouve au coin de deux rues passantes à Cape Town en Afrique du Sud.  Je respire, je me dis qu’ils exagèrent et j’attends.

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J’entends un bruit de voiture en marche arrière.

  • Qu’est-ce que tu fais là ! T’es folle ou quoi ? Tu peux pas rester là ! Embarque !

Alors, je trouve cette situation intense.  La voiture est revenue en marche arrière me chercher.  Pour les 5 jeunes dans l’auto, il n’est pas question de me laisser au coin de la rue seule avec mon sac-à-dos…  J’embarque alors dans le véhicule déjà rempli, mon sac sur ma poitrine.  Ça sent le pot à plein nez.  Je me demande si j’ai fait une bonne affaire.  Ils me laissent 3 coins de rue plus loin directement à mon hôtel en me faisant promettre de ne plus JAMAIS me promener seule le soir dans le quartier.

  • Sais-tu comment tu es une cible facile ?  Tu es blanche !

J’écarquille les yeux et je me dis tout bas : «Oh boy, boy.  Bienvenue à Cape Town, Andy»  Déjà que mon chauffeur de gros camion était venu me mener directement au Centre-Ville et m’avait fait promettre de prendre un taxi jusqu’à mon hôtel …   à trois coins de rue.

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Que dire ?  Comment trouver les bons mots pour décrire ce que j’ai vu en Afrique du Sud ?  Comment ne pas généraliser en dépeignant une situation pire que ce qu’il en est vraiment, comment ne pas tomber dans le jugement et les stéréotypes…   J’ai pris milles ans à écrire ce texte.

Cette journée-là, je me suis dit une chose, je suis bien dans le pays où a eu lieu l’Apartheid.    Et cette journée-là, j’ai eu mal à mon humanité.

Comprenez-moi bien.  Je viens de Montréal.  J’ai grandi dans la richesse infinie du partage interculturel et j’ai voyagé toute ma vie avec pour seul objectif de découvrir l’Autre avec un grand A.  J’ai compris depuis bien longtemps que mes valeurs et mes idées sont belles et importantes, mais qu’il existe également d’autres manière de percevoir le monde et de le vivre, et que ces dernières sont aussi valides, et peuvent tout autant m’enrichir que celles que j’ai appris dans mon enfance.

Bref, je n’ai pas peur.  Je n’ai jamais eu peur de l’Autre.

Mais à Cape Town, pour la première fois de ma vie, j’ai eu peur en marchant dans les rues.  Un petit sentiment d’insécurité constant, subtile, mais toujours là.  Un vent insidieux de tension sociale.  Et mon cœur s’est rempli d’une infinie tristesse.

A la télé, j’ai littéralement entendu des partis politiques prôner le meurtre des blancs pour récupérer les terres.  Dans la rue, j’ai vu des magasins garder les grilles de leurs magasins fermées pour éviter que des noirs y entre, alors que moi, je le pouvais.

 

De toute ma vie, je n’ai jamais voulu utiliser les mots «noirs» ou «blancs» dans mes textes.  Je trouve que cela n’a absolument pas sa place, compte tenu du fait que notre origine ne devrait en rien déterminer notre parcours de vie, puisque nous sommes tous égaux.

Toutefois, quand je parle de Cape Town, je n’ai pas le choix, parce que mon expérience de cette ville a été intimement lié à cette réalité qu’il existe toujours et malgré tout cette division (même si elle tend à s’effacer).

C’est bien subtile tout cela.  On peut même passer à côté si l’on n’y prête pas attention.  Mais, c’est encore malheureusement bien présent.

Et, c’est ça au final, qui me fait peur. Pas l’Autre.

37 – Faire du pouce vers le désert de Namibie

Oh quand je suis arrivée en Namibie, j’ai fait le saut!  Moi, qui était habituée d’utiliser les autobus locaux pour me déplacer de ville en ville, j’ai découvert qu’en Namibie, il y avait très peu de ce genre de transport..

Je l’avoue, je n’avais jamais fait du pouce avant dans ma vie.  Et par la force des choses, j’ai dû m’y mettre pour me rendre jusqu’en Afrique du Sud!  🙂  Alors, je me suis placée sur le bord de l’autoroute avec mon sac-à-dos, et le cœur battant, j’ai attendu au gros soleil!

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Heureusement, j’ai eu de très bonnes expériences et surtout une très bonne étoile.  Eh oui, en m’achetant un sandwich entre deux déplacements, j’ai rencontré le chauffeur qui emmenait les employés de Sossusvlei, le camp du désert de Namibie, le lieu où je me dirigeais justement! Ni une, ni deux, j’ai sauté dans leur véhicule, un jeep de safari sans fenêtre.  Wow, à 120 km/h sur les routes poussiéreuses du pays, je ne manquais pas d’air!

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Franchement, la route était magnifique!  Des montagnes gigantesques m’entouraient et j’ai même vu des autruches en liberté!  Franchement, je suis demandé si je rêvais tellement ces oiseaux étaient gros! (les points noirs sur la photo à droite)

Arrivée dans le désert, j’ai piqué ma tente et j’ai aussi remarqué que j’allais dormir avec quelques petits amis piquants.. et transparents..  des scorpions. Ah! Ah!

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Qu’à cela ne tienne, le détour vers le désert de Namibie en valait la peine!  Wow, quel environnement atypique.  Le désert de Namibie, avec son sable rouge foncé et ses souches d’arbres vieilles de dizaines d’années, est un endroit complètement mythique.

Il y a quelque choses de complètement fascinant dans l’idée de marcher à l’infini sur des dunes de sables brûlantes…  C’était fantastique!IMGP1361

 

35 – L’aventure humaine

Il y a quelques jours, je suis arrivée en Zambie.  J’ai presque terminé de traverser la côte est africaine avec mon sac-à-dos.  Je dois avouer que je suis un peu épuisée.  Trois mois et demi avec deux chandails, deux paires de pantalons et des sandales… dans le sable, la savane et la brousse, la jungle ouf!  J’ai roulé ma bosse un peu partout à la recherche d’aventures inoubliables, mais surtout de compréhension.    C’est que l’objectif premier de mon voyage n’était rien de moins que de mieux comprendre le monde!  J’ai beau avoir un bacc en science politique, il me semble que j’avais besoin d’aller dans le vrai monde pour mieux comprendre notre immense planète.

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A travers ce périple, je me suis posé mille questions : les ONG, les grandes organisations internationales, la pauvreté, les différentes cultures, l’impact du tourisme, l’environnement, les modes de vie variés des Africains, l’économie informelle, le micro-crédit.  J’ai certainement vécu des aventures complètement folles : courir après une giraffe en Ouganda, faire de la moto en Ouganda, traverser une horde d’éléphants au Malawi.  Oui, des poussées d’adrénaline intenses parce que je pouvais même pas croire moi-même ce que j’étais en train de vivre, j’en ai eu!  Et plus d’une!

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Mais le plus beau, le plus magnifique, c’est l’aventure humaine.  Ce sont les conversations avec le gars du stand de chapati (pita) ou avec la femme dont tu tiens le bébé dans l’autobus.  C’est partager une injera (plat traditionnel) avec un Éthiopien qui t’accueilles chez lui, et rire avec ton chauffeur de moto parce qu’il allait trop vite et il a cogné ton genoux sur le truck à côté dans le traffic.  C’est aussi apprendre à négocier les prix avec les marchands au marché de poisson, pis capoter parce qu’un dude à 4 mètres de toi dans le traffic intense de Kampala te demande en mariage!

L’aventure humaine, c’est aussi le plus difficile. Quand tu arrives à voir la beauté des gens, des différentes cultures, langues, coutumes en prenant le tuk-tuk local et en bouffant ce que les gens aussi mangent eux-même, tu voies aussi le quotidien… Et aussi les conséquences du tourisme de luxe, la culte omniprésent des gens qui ont la peau blanche, et bien d’autres choses.  Il y a bien des soirs où je me suis endormie la tête pleine, lourde de questions sans réponse, parce que rien dans ma vie d’occidentale, ne m’avait préparé à comprendre les enjeux relatifs à ce voyage, même pas mon bacc en science po.

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Quand je suis arrivée en Zambie, je me suis dis Ouf!  Ici, c’est plus industrialisé, je vais pouvoir faire le point.  Je vais aller m’asseoir dans un Mc Do, pis en mangeant exactement les mêmes croquettes de poulet que je mangerais à Montréal, je vais prendre une p’tite pause et essayer de comprendre ce que je viens de vivre.

Mais le reste de mon voyage ne s’est pas passé comme cela.  En Zambie, en Namibie et en Afrique du Sud, j’ai vu des réalités complètement différentes de ce que j’avais vécu en Afrique de l’Est.  Et la roue de mes questions s’est complexifiée, parce que dans la même journée, j’ai pris les deux photos suivantes (ci-bas), et pour la première fois de mon voyage, je me suis fait volé… dans un beau grand centre d’achat flambant neuf!  Avant, je n’avais jamais eu peur de cela.

Loin de moi l’idée de généraliser sur ces pays.  Ils sont tous magnifiques et j’y ai vécu d’autres aventures rocambolesques, c’est certain!  Mais j’avoue que le centre d’achat géant que j’ai visité à Lusaka m’a fait bien réfléchir!  Le récit dans le prochain article 🙂

 

À la découverte du 53e parallèle

Wow, je suis enfin arrivée à destination !  Après avoir traversé les 620 kilomètres de la route de la Baie-James en entier, je me retrouve à Radisson, la seule ville non-autochtone au nord du 53e parallèle.  Les paysages étaient à couper le souffle et j’ai déjà hâte d’en voir plus sur cette région incontournable du Québec !  De bon matin, je vais donc marcher au sentier Hudson.

Nous sommes à la mi-octobre et déjà une petite neige accompagne cette randonnée.  Les sentiers et les caps rocheux, déjà remplis de mousses et de lichens de différents tons de rouge, de jaune et de vert, n’en sont que plus beaux maintenant !

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Avec l’arrivée des couleurs dans la région, le sentier Hudson offre une vue imprenable sur Radisson et les alentours.

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Au travers de ce nouvel environnement, j’en profite pour regarder ce qui se trouve autour de moi, et je suis toujours impressionnée.  Il est facile de qualifier la flore de minimaliste…  un contraste avec l’immensité du territoire !  C’est justement dans les détails que se trouvent les plus belles prises de vues.    Comme cette écorce d’arbre ou ce bouquet rouge dans la mousse blanche.

En fait, avant de voir le froid arriver sur la Baie-James, je pensais que les forêts vertes foncées   allaient traverser l’hiver sans aucune altération.  Comme les feuillus sont situés plus au sud, j’envisageais ne pas voir les couleurs cette année.  Toutefois, c’est en faisant la traversée de la région que j’ai réalisé à quel point je me trompais : une grande partie des arbres se sont colorés d’un jaune vif !

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En somme, le sentier Hudson est certainement un attrait à ne pas manquer de Radisson.   Près de la ville et de la nature, il permet d’aller au cœur de la forêt typique de cette partie de la province.

J’ai aussi profité de mon séjour dans le nord pour aller observer l’immensité du réservoir Robert-Bourassa.  Je ne me souviens pas avoir vu une étendue d’eau aussi importante, à part l’océan, bien sûr !  C’est franchement extrêmement impressionnant.

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À la fin de la journée, c’était déjà pour moi le temps de repartir pour Waskaganish.  La route de la Baie-James m’attend, mais je ne pouvais pas passer par ce coin de pays, sans faire un arrêt par Chisasibi, la dernière communauté Crie pouvant être visitée par la route.  Sur le bord de l’eau, de grands canots m’attendaient.

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Finalement, sur le chemin de mon retour, j’ai pu découvrir d’autres magnifiques paysages.    Le brouillard et la découverte de nouvelles rivières et lacs allaient faire de ma rentrée à la maison un parcours encore une fois mémorable.

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Article écrit en collaboration avec Tourisme Baie-James

Roadtrip au coeur de la Baie-James

Il existe un Québec méconnu des Québécois.  Un Québec traversé par de profondes forêts et transpercé par des kilomètres d’eau.  Un Québec, qu’en tant que passionnée du plein air, je voulais absolument découvrir. J’ai donc entrepris de traverser la Baie-James.  J’avais un objectif : aller jusqu’au bout des 620 kilomètres de la route traversant la région.

À mesure que la distance s’accumule, je réalise à peine que je me rendrai au bout de la route la plus au nord du Québec.  Je suis trop occupée à observer l’ampleur du territoire, rempli de maigres arbres d’un vert profond et d’un jaune serein.

En portant attention aux multiples paysages différents, il est possible de lire l’histoire de ces lieux : feux de forêt, détournements de rivières, froids hors du commun.  L’espace est marqué par le climat.

La nature semble indubitablement toujours reprendre sa place.  En effet, même si cette région a été transformée par la main de l’Homme en raison de plusieurs barrages hydroélectriques, il semble que les mousses multicolores, les rivières, les torrents et les rapides continuent de forger cet environnement atypique.

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Loin de tout, la préparation est importante pour ce type de périple : repérage préalable des stations-services et ajout de couvertures, de nourriture et d’eau aux baguages sont des éléments nécessaires et essentiels pour une traversée en toute sécurité.

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En définitive, traverser la Baie-James en voiture est un périple absolument unique.  La route de la Baie-James livre une expérience intense au cœur de la nature.  Chaque halte routière offre un point de vue particulier sur les nombreux cours d’eau qui sillonnent le territoire.  D’ailleurs, le paysage s’est révélé être tout à fait différent de ce que j’ai connu dans le sud du Québec.  La Baie-James est un endroit mythique et je recommande cette destination à tous les passionnés du plein air québécois !

Article écrit en collaboration avec Tourisme Baie-James