L’Afrique, le futur paradis du voyage sac-à-dos

Il a quelques mois, j’ai eu le plaisir de travailler avec Jennifer du blog «Moi, mes souliers» à l’adresse suivante : http://www.moimessouliers.org

Je vous invite à visiter son blog, afin de me lire sur les 5 plus grands mythes du voyage sac-à-dos en Afrique et pourquoi ce continent sera probablement bientôt, le futur paradis de ce type de voyage.  A bientôt!

C’est par ici : http://www.moimessouliers.org/lafrique-le-futur-paradis-du-voyage-sac-a-dos/

Voyager en sac à dos en Afrique

36 – Le centre d’achat de Lusaka et la vendeuse d’avocats

Lusaka qui es-tu?  Je n’ai jamais rien vu de tel jusqu’ici.  Ma chambre d’hotel me coûte un prix exorbitant juste à côté d’un grand centre d’achat…  Comment cet environnement peut se trouver là?  À la frontière, il y avait encore des huttes!  

J’entre dans le centre d’achats, à l’air climatisé.  Je n’arrive pas y croire!  Il y a déjà plusieurs semaines que je suis entrée dans un établissement du genre.  Les tuiles sont droites et luisantes, parfaitement symétriques.  Il y a des escaliers automatiques, un cinéma, plusieurs guichets automatiques de plusieurs banques et une foire de restaurants…  

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Ouf, je suis à l’air climatisé, mais on cerveau chauffe! 

Dans cet univers formaté (qui ressemble en tout point à chez moi), je ne me sens pas à l’aise… alors que tout est fait pour que je le sois… (As-tu vu les banquettes en cuir?!) L’Occident est partout, le développement aussi… j’imagine.

Assise, devant mon burger au poulet, je me demande ce qu’est le développement au fond..   J’adore les burgers au poulet, mais là, je me demande vraiment d’où la viande provient.  Alors que depuis des semaines quand je mange cette viande, c’est la cuisinière qui l’a élevé elle-même dans sa cour, qui le tue et le cuisine…  j’imagine qu’il y a une usine de production à quelques part dans les environs.

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Puis, c’est bizarre, je vais au cinéma, c’est exactement comme chez nous, les sièges sont rouges en velours, ils sont confortables.  Je suis la seule dans la salle devant mon film américain.  La lumière s’éteint, il passe une pub pour maigrir à l’écran.  C’est complètement fou!  Alors que les rondeurs sont généralement valorisées ici, on passe un autre message à l’écran…  Pendant un instant, je suis à Montréal, au cinéma du quartier Latin. Je mange un pop corn et je bois un coca.  Je viens d’aller souper avec mon amie aux Trois Brasseurs.  Toutefois, lorsque je pousse les portes du cinéma, je suis pas à Montréal.  Je suis à Lusaka, en Zambie.  

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Je crois que le problème ici, ce n’est pas le centre d’achat au fond.  Ce qui me dérange, ce sont les valeurs que tout cela amène ; la consommation, le culte de la minceur, l’amour de la modernité et surtout les inégalités…

Est-ce que je vous avais parlé de la vendeuse d’avocats? Oui, celle que les gardes de sécurité avec des fusils ne laisse pas rentrer dans l’enceinte du centre d’achat parce qu’elle a l’air trop pauvre?  Oui, c’est ça, c’est cette vieille femme-là, qui s’est ruinée depuis que le centre d’achat s’est construit.  C’est vrai, m’a-t-elle dit, c’est difficile, ici.  Les gens ne viennent plus lui acheter des avocats, car c’est plus moderne et chic d’aller acheter un avocat à l’épicerie.  Et puis, qui veut des avocats de la rue à côté, quand on peut en avoir qui viennent directement d’Afrique du Sud!

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En fait, je ne suis ni contre les centres d’achats, ni contre le développement, et puis le cinéma, c’est certainement un moteur de changement social.  A quelque part, il y a certainement des nouveaux emplois là-dedans, et tout le monde a le droit de rêver de magasiner dans un beau grand centre d’achat.

Mais, je me questionne sur la manière dont le développement est mis en place présentement, et sur ses impacts.

-Crée-t-il plus de richesses ou d’inégalités finalement?

-Valorise-t-il la culture locale ou tend à la formater?

Il faudrait poser ces questions-là à la vendeuse d’avocats.

35 – L’aventure humaine

Il y a quelques jours, je suis arrivée en Zambie.  J’ai presque terminé de traverser la côte est africaine avec mon sac-à-dos.  Je dois avouer que je suis un peu épuisée.  Trois mois et demi avec deux chandails, deux paires de pantalons et des sandales… dans le sable, la savane et la brousse, la jungle ouf!  J’ai roulé ma bosse un peu partout à la recherche d’aventures inoubliables, mais surtout de compréhension.    C’est que l’objectif premier de mon voyage n’était rien de moins que de mieux comprendre le monde!  J’ai beau avoir un bacc en science politique, il me semble que j’avais besoin d’aller dans le vrai monde pour mieux comprendre notre immense planète.

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A travers ce périple, je me suis posé mille questions : les ONG, les grandes organisations internationales, la pauvreté, les différentes cultures, l’impact du tourisme, l’environnement, les modes de vie variés des Africains, l’économie informelle, le micro-crédit.  J’ai certainement vécu des aventures complètement folles : courir après une giraffe en Ouganda, faire de la moto en Ouganda, traverser une horde d’éléphants au Malawi.  Oui, des poussées d’adrénaline intenses parce que je pouvais même pas croire moi-même ce que j’étais en train de vivre, j’en ai eu!  Et plus d’une!

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Mais le plus beau, le plus magnifique, c’est l’aventure humaine.  Ce sont les conversations avec le gars du stand de chapati (pita) ou avec la femme dont tu tiens le bébé dans l’autobus.  C’est partager une injera (plat traditionnel) avec un Éthiopien qui t’accueilles chez lui, et rire avec ton chauffeur de moto parce qu’il allait trop vite et il a cogné ton genoux sur le truck à côté dans le traffic.  C’est aussi apprendre à négocier les prix avec les marchands au marché de poisson, pis capoter parce qu’un dude à 4 mètres de toi dans le traffic intense de Kampala te demande en mariage!

L’aventure humaine, c’est aussi le plus difficile. Quand tu arrives à voir la beauté des gens, des différentes cultures, langues, coutumes en prenant le tuk-tuk local et en bouffant ce que les gens aussi mangent eux-même, tu voies aussi le quotidien… Et aussi les conséquences du tourisme de luxe, la culte omniprésent des gens qui ont la peau blanche, et bien d’autres choses.  Il y a bien des soirs où je me suis endormie la tête pleine, lourde de questions sans réponse, parce que rien dans ma vie d’occidentale, ne m’avait préparé à comprendre les enjeux relatifs à ce voyage, même pas mon bacc en science po.

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Quand je suis arrivée en Zambie, je me suis dis Ouf!  Ici, c’est plus industrialisé, je vais pouvoir faire le point.  Je vais aller m’asseoir dans un Mc Do, pis en mangeant exactement les mêmes croquettes de poulet que je mangerais à Montréal, je vais prendre une p’tite pause et essayer de comprendre ce que je viens de vivre.

Mais le reste de mon voyage ne s’est pas passé comme cela.  En Zambie, en Namibie et en Afrique du Sud, j’ai vu des réalités complètement différentes de ce que j’avais vécu en Afrique de l’Est.  Et la roue de mes questions s’est complexifiée, parce que dans la même journée, j’ai pris les deux photos suivantes (ci-bas), et pour la première fois de mon voyage, je me suis fait volé… dans un beau grand centre d’achat flambant neuf!  Avant, je n’avais jamais eu peur de cela.

Loin de moi l’idée de généraliser sur ces pays.  Ils sont tous magnifiques et j’y ai vécu d’autres aventures rocambolesques, c’est certain!  Mais j’avoue que le centre d’achat géant que j’ai visité à Lusaka m’a fait bien réfléchir!  Le récit dans le prochain article 🙂