1 – Avec mes grands yeux de 17 ans

Je pars à l’autre bout du monde.  C’est mon premier grand voyage toute seule.  J’ai tout à apprendre.  Je suis si jeune.  Je ne sais encore rien.  Je sais juste que j’ai passé mon enfance à lire des magazine National Geographic, et que c’est maintenant le grand moment.  Je pars en Inde avec un programme offert par mon cégep pendant 3 mois, science humaine, profil monde.  Pas de famille, pas d’amis, pas de copain, il n’y aura que moi et tellement de magnifiques choses à découvrir.  J’étais tellement curieuse de découvrir comment le monde pouvait fonctionner différemment et continuer de fonctionner malgré tout.

Je me revois à 17 ans.  Le coeur et la tête dans les nuages, rêveuse, passionnée.  Je repense à cette jeune fille naïve et tellement heureuse d’enfin partir découvrir le monde!  Ça me fait tellement sourire.

Je ne pense pas que j’avais une idée de comment ce voyage allait changer ma vie.  Car il l’a fait.  Mon voyage en Inde a créé en moi une passion dévorante pour le voyage, pour ce qui est différent, pour la découverte de nouvelles cultures autre que la mienne.  Ce voyage a forgé ma personnalité et la façon dont je vois la vie.  Grâce à ce saut dans le vide (encadré par mon cégep bien sûr) , je n’ai pas eu si peur que ça, des années plus tard, d’acheter un billet pour l’Éthiopie ou pour la Chine pour continuer mon chemin.

D’ailleurs, c’est probablement grâce à ce voyage que je travaille aujourd’hui comme enseignante dans une communauté Inuite du Nunavik, le grand Nord.  Chaque jour, je me sers quotidiennement des outils que j’ai appris de ce premier voyage ; lorsque j’ai appris à laisser de côté mes lunettes culturelles pour apprendre à mieux écouter pour mieux comprendre.

Aujourd’hui, je vous invite à revisiter avec moi mon voyage dans ce pays énigmatique qu’est l’Inde, avec mes yeux de jeune adulte de 17 ans.  Ces tous premiers moments de réflexion, où je me suis questionné sur la pauvreté, les pays dits «en développement», les inégalités sociales, la colonisation et la coopération internationale, et surtout où j’ai appris mes plus grandes leçons de vie.

Et vous, avez-vous un voyage qui vous a marqué de cette manière?

 

N’arrête jamais d’explorer

J’enfile mon casque de moto et je me dis que tout va être correct.  J’ai déjà fait de la moto en Tanzanie, au Cameroun, en Chine, dans des p’tites rues, sans amortisseurs, parfois à contre-sens dans la circulation.  Je me dis que je connais ça, la moto.  En fait, je m’apprête à traverser États-Unis en moins de deux semaines, de l’Ontario jusqu’en Californie et vraiment, je me sens comme une pro.

Après, je prends l’avion pour l’Australie, puis enfin ma destination ultime… la Papouasie Nouvelle-Guinée.  Ensuite, je reviens à Vancouver pour retraverser le Canada, 5 jours plus tard, je pars pour le Nunavik.  Ça va être tout un trip. Bref, je me sens prête pour l’aventure, drillée par la fatigue et l’adrénaline des préparatifs.

Quelques heures à peine après être partie, je déchante… j’ai tellement froid sur la moto et j’ai toujours peur de perdre mes lunettes qui avec le vent ont l’air d’une brindille face à un ouragan.  Gênée, je finis par écouter les conseils qu’un peu tout le monde m’a donné : porter un bon manteau en cuir et mettre une corde sur mes lunettes… à contre-contre coeur (parce que c’est pas du tout mon style) je me fonds dans le monde de la moto…  et c’est magique!

En fait, sur mon chemin, je rencontre des dizaines de passionnés!! Des hommes (en grande majorité) tatoués de la tête aux pieds, vêtus de jeans et de cuir, avec des bandanas ornés de squelettes et de longues barbes.  Partout, les gens viennent me voir pour m’aider, pour voir comment je vais, où je me dirige et surtout savoir si tout va bien.  Je découvre une famille tissée serrée, une vraie communauté, qui me fait sentir en sécurité partout où je vais… parce que je voyage à moto.  C’est vraiment extraordinaire… et même si j’ai trouvé la transition difficile au début, je suis vraiment heureuse d’avoir fait un court séjour dans ce monde inconnu… j’ai vraiment été inspirée par le sentiment de solidarité entre les motos cyclistes.

Quelques semaines plus tard, en Papouasie Nouvelle-Guinée, j’irai à la chasse aux crocodiles sur la rivière Sepik, une région du pays où la seule façon de se rendre de village en village est par bateau.  Bon, certaines embarcations sont motorisées, mais sur le coup, je suis plutôt dans un mince canot sculpté dans un tronc d’arbre qui n’a pas vraiment de ballant… et c’est la nuit.  En fait, j’ai vraiment peur, je suis convaincue que je vais mourir dévorée par un croco, et je sais pas trop comment expliquer le tout aux chasseurs dans l’embarcation qui sont occupés à affûter leurs harpons.  Heureusement, un poisson volant saute dans ma face et change vraiment le mal de place.  Je finis par me calmer et vivre moment absolument magnifique avec les Papous.  L’homme devant moi fait des blagues à mesure que sa sacoche se remplie de bébés crocodiles.  Quelques jours plus tard, je comprends qu’il n’aurait jamais pu rien m’arriver.  Les Papous se sentent absolument responsable des gens qui les visitent, j’avais toute une famille qui m’attendait à mon retour.  J’ai trouvé cette expérience tellement touchante et ça aussi, ça m’a vraiment inspiré.

En fait, la raison pourquoi ne parle de ces deux anecdotes, c’est que je ne veux pas seulement parler de voyages, mais d’expériences de vie, de rencontres, de nouvelles activités, sports, sorties, cours à l’école, musées, groupes de musique, etc.  La vie est infiniment intéressante et remplie ; il y a tellement choses à apprendre, à explorer, à découvrir.  Mon voyage m’a seulement rappelé à quel point le monde est immensément grand et beau, et rempli de gens différents vivant de manières éclatées, et qu’ici ou ailleurs, c’est souvent dans l’inconfort de l’inconnu (et quand on accepte qu’on ne sait pas tout) qu’on grandi le plus.

Découvrir mon chez moi

Il n’y a rien d’aussi beau que le Québec.  Pour mille raisons je suis fière de venir d’ici.  Ma nature, mon ouverture, ma culture.   J’ai beau avoir visité presque tous les continents, pas une seconde je n’ai douté : je retournerai toujours vivre dans ma province.


Je suis curieuse, oui.  Je ne cesserai jamais de voyager, j’imagine.  J’ai trop besoin de comprendre et découvrir ce dont l’on me parle dans les journaux ou sur internet avec mes propres yeux, à travers mes propres pas.


Après mon dernier voyage, j’ai toutefois compris une chose ; je ne connais pas encore assez mon Québec.  C’est pourquoi à l’automne, je suis partie à Waskaganish, découvrir la Baie James.  Et puis, j’ai regardé plus haut encore…  Je passerai le reste de l’hiver à Salluit au Nunavik, question découvrir une autre facette de notre belle province! 

À une nouvelle aventure!

PS : Aujourd’hui, mon vol n’a pas pu décoller d’Aupaluk en raison d’un blizzard avec des raffales a plus de 100 km/h.  Il faisait environ – 34 degres.   Je vous laisse avec l’evolution de la vison de la maison de l’autre côté de ma rue 🙂