Mon amauti

Porter un amauti est un grand moment de fierté pour moi, et surtout un immense honneur.  Voici pourquoi, je suis si fière de mon amauti.

Je suis arrivée au Nunavik seule, un soir glacial de février à – 40 degrés, il y a déjà presque 5 ans maintenant.  Le froid glacial m’a saisi jusqu’au os.  Quelques année plus tard, j’y ai fondé ma famille.  J’ai d’abord travaillé ici, puis je suis tombé enceinte et j’ai fait la grande majorité de mon suivi de grossesse dans la communauté de Salluit, suivi par des sages-femmes du Sud et du Nord, à la mode nordique.  Maintenant, j’y fait aussi mon congé de maternité.  En septembre, j’ai été vraiment heureuse d’amener ma fille, ici, un soir de grands vents ou l’avion a manqué ne pas atterrir.   C’est peu dire qu’il y a eu toute une évolution en moi depuis mes débuts au Nord!

La vérité c’est que je n’ai pas toujours été convaincue de vouloir un amauti.

Premièrement, j’avais peur que ma fille manque d’air.  En effet, lorsque les vents sont forts et la température glaciale, le géant capuchon à l’arrière se referme complètement sur lui-même, afin que la fourrure cousue autour de celui-ci ne laisse pas le froid entrer à l’intérieur de la poche.

Deuxièmement, je me demandais ce que les gens de la communauté allait penser.  L’amauti est un symbole fort de la culture inuite.  Quand je suis montée au Nord pour la première fois, c’est l’une des premières choses que j’ai remarqué à l’aéroport : les femmes portant leurs bébés dans l’amauti.  J’ai tout de suite trouvé cela infiniment beau.  Les amautis sont tous cousus en général selon la même technique, mais chacun d’eux est unique.  Chaque femme choisi sa propre couleur de fourrure, de tissus et son manteau est cousu à la main, à sa propre taille.  Il y en a de toutes les sortes et c’est vraiment beau.  Quand je les ai vus pour la première fois, je me suis rappelé que j’étais bien au Québec, mais j’ai définitivement senti que j’étais ailleurs culturellement : l’amauti traduisait définitivement une adaptation particulière au territoire et besoins nordiques.  Bref, en tant que personne de l’extérieur de la communauté, je me demandais si les gens allaient trouver cela bizarre que je porte un de leurs symboles – j’ai toujours été très sensible à la question de l’appropriation culturelle.

Ainsi, septembre a passé, puis octobre, puis novembre. J’avais amené ma poussette au Nord.  Je veux dire LA poussette!  Celle qui va partout, dans la bouette et dans la gravelle, celle qui a un couvert pour les vents et les moustiques, celle avec laquelle je pensais passer l’hiver au Nord.

Le climat aride du Nord m’a vit rattrapé, les vents de plus de 50 kms à l’heure, assez communs ici, arrachaient mon panneau contre le vent, la bouette s’est endurci dans les roues et j’avais beau habiller ma fille comme le plus large des saucissons dans son habit pouvant aller jusqu’à -30 degrés, avec en plus une couverture chauffante que je branchais avant d’aller dehors… j’avais peur qu’elle aille froid.  Après, je n’ai pas abandonné, je l’ai mis dans les 3-4 porte-bébés que j’avais apporté au Nord.  Un rigide, un mou, un ou elle pouvait voir devant, un ou elle était tournée vers moi.  Toutefois, même si je me débrouillais quand même bien avec un porte-bébé, le vent allait quand beaucoup dans son visage, malgré les deux épaisseurs de foulard que je mettais en plus du cache-cou et des deux tuques.  Ouf!

Autour de moi, toujours la même question de la part des gens de la communauté, au moins deux, trois fois par jour : -Do you have amauti?- (Est-ce que tu as un amauti?).

Quand je suis arrivée au Nord avec Chloé, quel accueil incroyable j’ai eu des gens de la communauté.  Des câlins, des bizous, de l’aide et surtout le sourire de voir que j’étais revenue à Salluit avec mon bébé – c’est très rare que des gens de l’extérieur amène leurs enfants ici.  Toujours, avec beaucoup d’intérêt, d’inquiétude et de désir d’aider, les gens me demandaient ou était mon amauti.

Alors, j’ai dit oui.  J’ai décidé d’accepter de me faire faire coudre un amauti, parce que j’ai bien vu que c’était ce qui fonctionnait ici, au Nord.  C’était ce qui était le mieux pour ma fille moi, et aussi selon les gens de la communauté, et ça c’était très important pour moi.  Et j’ai a-do-ré le processus de création.  D’abord, il faut connaître quelqu’un de la communauté qui va le coudre.  Puis, il faut aller magasiner les couleurs, la fourrure et finalement prendre les mesures.  Ensuite, la partie intérieure est cousue, puis l’extérieur et enfin poser la fourrure sur le tissus et mettre les détails.  C’était vraiment si intéressant de participer à tout ce processus et de pouvoir découvrir tout le grand travail il y a derrière la création d’un tel manteau.  C’est un savoir incroyable qui se passe de génération en génération.

Quand je l’ai reçu finalement, et que j’ai mis ma p’tite dedans, j’étais incroyable impressionnée.  C’est extrêmement facile de voir comment tout est fait pour s’adapter au bébé et à la mère dans un climat de grand froid.  Le capuchon n’est pas juste un capuchon, c’est une double poche ou le bébé entre tout près du dos de la mère, et reçoit la chaleur humaine.  Des cordons cousus sur le capuchon permettent d’amener celui-ci vers l’avant en un mouvement pour le refermer en cas de vent.  Une corde permet d’ajuster le manteau à la taille, afin que le tout s’ajuste solidement au corps de la femme.  Sincèrement… wow!  Ce que je trouve le plus spécial la-dedans, c’est que je me suis fait fait un amauti d’hiver, c’est-à-dire le modèle le plus chaud.  Quand je pense qu’ici au Nunavik, on coud des manteaux qui tolèrent les -50 degrés depuis des dizaines d’année, alors qu’au Sud on cherche toujours le prochain modèle de matériel qui combattra mieux le froid, je suis fascinée par le savoir Inuit.

Bref, voilà pourquoi porter un amauti est un si grand honneur pour moi.  Ça veut dit que je suis une maman qui élève sa fille au Nord, et ça m’a permis de tisser un lien plus profond avec la communauté.  Ça veut aussi dire que les gens d’ici ont accepté de partager leur savoir ancestral avec moi, pour que je puisse garder ma fille au chaud, et ça c’est extrêmement précieux.

Tu veux en savoir plus sur mon expérience au Nunavik?  C’est par ici! http://pleinairvoyagesetcompagnie.com/2019/09/20/ma-fille-voici-pourquoi-aller-au-nord/

Ma fille, voici pourquoi je t’emmène au Nord

Tu es curieuse ou curieuse et tu aimerais en savoir plus sur les amautis?  C’est par ici!  Cet article de La Presse est vraiment super.   https://www.lapresse.ca/vivre/famille/201502/09/01-4842644-manteaux-de-portage-aimer-les-amautis.php

https://www.lapresse.ca/vivre/famille/201502/09/01-4842644-manteaux-de-portage-aimer-les-amautis.php

Après la fin de ma série sur mon dernier voyage en Espagne, et cet article spécial sur mon quotidien au Nord, je t’emmène en Argentine, direction la Terre de Feu!

2 thoughts on “Mon amauti

  1. Patricia Beaudoin says:

    Très beau texte et très intéressant aussi! On entend souvent que les communauté du Nord ne nous accepte pas et qu’on peu y être très mal accueillit, tu démontre très bien le contraire ici 🤗🤗 qu’elle belle honneur qu’il ton fait

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