La maternité – Le plus grand des voyages

 

La reine du lâcher-prise

Il y a exactement 3 semaines, j’ai donné naissance à ma fille.  En l’espace de quelques heures, ma vie a changé pour toujours.  Aujourd’hui, pour la première fois depuis les 21 derniers jours, j’ai plus de 5 minutes devant moi pour m’asseoir devant mon ordinateur.  Et pourtant, ce n’est pas parce que je n’ai pas voulu, j’ai pensé 100 fois à ce j’allais écrire.  Surtout, j’ai pensé à comment et pourquoi j’allais le faire.  Ça m’a pris beaucoup de temps pour comprendre pourquoi j’avais besoin de partager mon expérience.

Avant de devenir maman, je pensais que j’étais la reine du lâcher-prise.  Une personne qui accepte la vie comme elle vient, ne se fait pas trop de soucis avec ce qui est hors de son contrôle et qui a une habilité à accepter ce qui arrive.  Avec mes précédents voyages, j’avais compris par la force des choses. qu’un autobus en Afrique n’arrive jamais à l’heure, que les avions n’atterrissent pas toujours au Nunavik, car la température est incontrôlable, et que les standards de différentes cultures ne sont pas toujours les miens, alors mieux vaut accepter et essayer de comprendre, plutôt que de rester là, dans la confrontation.

 


Beaucoup, beaucoup de changements

Quand j’ai appris que j’étais enceinte, j’ai aussi pensé que, moi, je serai au-dessus de tout cela, avoir des attentes, être rigide par rapport à ce que je veux et surtout, vouloir contrôler ce qui se passe.

Puis, mon corps a commencé à vraiment changer.  Je ne décrirais pas en détail tout ce qui s’est passé, mais je peux dire avec assurance qu’il y a des jours ou je ne me reconnaissais simplement plus mon corps.  Il y a ces jours aussi ou j’ai du arrêté de faire certaines de mes activités favorites, parce que je trouvais que ce n’était tout simplement plus sécuritaire pour ma grossesse ou juste trop fatiguant… comme du skidoo sur la baie ou une marche jusqu’à l’Inukshuk du village ou je travaille, par exemple…  là, j’ai commencé à un peu grincer les dents…  J’ai commencé à vomir, mal dormir, ne plus pouvoir me pencher, etc.  Encore à ce moment-là, je me disais que j’acceptais encore assez bien ces grands changements de vie sur lesquels je n’avais absolument aucun contrôle.

 

L’accouchement

Puis, est venu le jour J.  L’accouchement.  Le moment ultime ou je me suis dis que j’allais enfin la tenir dans mes bras, ma si précieuse et magnifique fille.  Je m’étais préparée mentalement à ce que tout arrive.  Après tout, n’étais-je pas la reine du lâcher-prise.  Il me semble que tous mes voyages m’avaient bien préparée à laissez le tout aller, à accepter ce qu’on ne peut contrôler….

Le 1er juin, j’ai brisé mes eaux à 2h00 du matin, les contractions ont démarré.  Après 24 heures à essayer d’accoucher naturellement en maison de naissance, j’ai été transférée, selon le protocole, à l’hôpital le plus proche pour risque d’infection.  En plein milieu de la nuit, après une journée en travail, j’ai donc fait 45 minutes de route pour me rendre à la prochaine étape.  Les contractions?  Comment c’était? C’était comme la plus violente et incontrôlable des crampes de molets ou de cuisse que tu peux imaginer… sur mon ventre.  Épuisée, j’ai pu avoir accès à l’épidurale, parce que c’était impossible de continuer plus loin.  J’ai perdu l’usage de mes jambes et des personnes ont du commencer à me changer de position aux deux heures.  Malheureusement, la douleur immense est revenue après un autre 24 heures et deux doses d’un autre médicaments plus fort, plus tard, je ressentais toujours tout…  toutes les contractions.  La douleur était si intense, que je n’arrivai même plus à ouvrir les yeux et j’ai poussé des cris dont je ne me pensais pas capable de produire.  Après autant d’heure de travail, sans manger, j’étais épuisée.  J’ai perdue la notion du temps, au milieu des personnes qui se succédaient autour de moi pour essayer de m’aider.  Je pense que ce que j’ai trouvé le plus dur, c’est d’accepter que tellement de personnes inconnues, qui voulaient mon bien, bien sur, me touchaient partout, sans que je le demande, parce qu’il le fallait bien.  Je n’avais plus aucun contrôle sur qui se passait, je devais accepter.  Je me sentais impuissante, incapable de mettre ma fille au monde.  Je pensais qu’elle allait rester coincée ou que moi j’allais m’évader de mon corps pour ne plus vivre la douleur.

Au moment final de la poussée, ma fille, en position postérieure, était toujours trop haut dans mon ventre, impossible à faire passer.  Vidée d’énergie, j’avais l’impression de pousser dans le beurre.  Puis, le coeur de ma fille s’est emballée et en quelques minutes, je me suis retrouvée en césarienne d’urgence.  On m’a emmenée dans une salle froide et blanche, le corps attaché en croix (genre Jésus) avec du ruban  sur la table d’opération.  J’ai eu rapidement le temps de dire à mon mari de prendre ma fille lorsqu’elle naîtrait, parce que je pensais manquer de force pour simplement la tenir, puis l’opération à commencé…  et mon corps à commencer à baloter sous les mouvements de l’opération.

Ma fille est née dans le plus beau des cris de vie.

On a mis son visage près du bien, parce que je n’étais pas capable de la prendre.

Ça été le moment le plus difficile de ma vie… et le plus beau.

Puis, quelques secondes plus tard, mon mari est allé s’en occupé pendant qu’on me refermait.  J’ai rapidement entendu, -hémorragie, puis -son utérus est comme une feuille de papier- avant de me perdre de nouveau la notion du temps.

Deux heures plus tard, je retournais dans la chambre avec ma fille et je l’allaitais.  Je ne sais pas ou j’ai pris la force de faire ça, mais je l’ai fait.

 


Devenir maman, aller jusqu’au bout de tout

Aujourd’hui, je ne vois plus les mères de la même manière.  Le don de soi extrême que les femmes doivent faire pour donner la vie me semble en tout point ultime.  Pour toute la douleur et la force, le courage et la persévérance, et surtout le lâcher-prise et l’acception que les mères doivent faire preuve pour mettre au monde un bébé.  Aucune de mes précédentes expériences de vie ne m’avaient appris à faire preuve d’autant d’acception, d’humilité et de courage.  Aucune.  Devenir Mère m’a fait comprendre toute l’importance et la signification de ces mots.  Laissez  tout ce qu’on connaît de ses propres limites, pour donner tout ce qu’on a pour une autre vie.

Je ne vois aussi plus mon corps de la même manière.  Moi qui a toujours eu de la difficulté avec mon image corporelle… wow…  je ne peux que célébrer la force ultime de mon corps.  Peu importe de quoi il a l’air et ce dont les médias  ou les autres en pense… il affronté toutes ces intrusions, ces touchers, ces aiguilles, ces coupures, ces douleurs…

…et il m’a donné ma si précieuse et magnifique fille.

 

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Lettre à ma fille

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