3 – Histoire de viande

Le Face à Face

Au coeur de l’hospitalité

Je le regarde, il me regarde aussi.  Nous sommes face à face.  Je détourne le regarde, mais lui non.  C’est le duel visuel.

Je viens d’arriver à Douala, et j’ai eu l’accueil le plus chaleureux de ma vie dans une famille camerounaise.  Tout le monde est là, heureux, me répétant par dizaine de fois au minimum de me sentir comme à la maison.  Je suis vraiment touchée, ils partagent tout avec moi, maison, lit, repas, sans rien demander en retour, seulement pour le plaisir d’accueillir des amis de leur fils.  Je me sens tellement bien accueillie, parce qu’en plus de m’avoir cuisiné le repas, on me dit chaleureusement qu’on m’a fabriqué un plat tout spécial et typique, seulement pour moi.

Alors, les joues rouges de surprise, je fais face au… rat.

L’adaptation alimentaire, une nécessité pour goûter à la culture locale

Et je me sens tellement mal…. parce que vraiment, je pense que je vais avoir de la misère à le manger, ce plat cuisiné avec tant d’attention et de bonté.  Ouf!  Je me sens prise entre mes propres critères culinaires et mon désir de faire sentir à ma famille d’accueil à quel point j’apprécie leur hospitalité.

En fait, cette situation m’est arrivée plusieurs fois en voyage…  et chaque fois, je me questionne sur la chance que j’ai eu d’avoir été élevé au paradis du steak, des coupes de viandes bien définies et des gros poulets bien juteux.  A force d’avoir été habituée à manger de bons gros morceaux de protéines provenant de type d’animaux bien spécifiques (principalement bœuf, poulet, porc) je me sens toujours un peu mal de ne pas être capable d’apprécier à leur juste valeur des plats vraiment bien cuisinés, issues de la culture typique de l’endroit où je voyage. Des coeurs de poulet et pattes de porc dans les soupes chinoises, aux organes bien juteux dans leur bouillon dans certains pays africains, au castor chez des Cris et au béluga des Inuits, j’éprouve toujours un certain malaise à mon incapacité de m’adapter à ce que les gens mangent normalement.

Je me sens mal surtout que ces mets typiques traduisent toujours l’adaptation des goûts culinaires au territoire et le désir de ne rien gaspiller, et de respecter l’environnement et d’utiliser au maximum les ressources disponibles.  D’ailleurs, les étrangers ont souvent la réputation de ne manger «que les bonnes parties», laissant plusieurs morceaux de viande et cartilage sur les os.  Et puisque, j’avoue que je n’aime pas le gaspillage… je pourrais vraiment m’améliorer de ce côté là : je ne veux pas partie de cette gang-là.

J’ai déjà assisté à des scènes grotesques ou des étrangers faisait des face de dégoûts devant un plat traditionnel offert par une famille locale.  J’ai eu honte.  J’ai eu honte.  Et j’ai encore eu honte.

Aller au delà de la barrière culinaire pour profiter de l’hospitalité des gens

Donc, chaque fois, j’essaie vraiment fort d’aller au-delà de cette barrière, même si franchement, une des choses avec lesquelles j’ai le plus de difficulté quand je voyage, c’est la nourriture.  Je me lance toujours, car je n’ai pas d’excuse : l’hospitalité ne fait pas le poids par rapport à mes caprices alimentaires.

Bref, après avoir mangé le rat, je retourne donc dans cette famille super accueillante et cette fois, je vais essayer le groin de porc.  Voila!

Et vous, avez-vous déjà vécu une situation où le mets servi a été difficile a avaler?

 

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