21 – La chèvre, le baril et l’os

J’arrive au resto.  Une femme me tend le menu. Je commande de la chèvre.  

Je ne comprends pas trop pourquoi, mais la femme me dit que ça va être long en faisant une grimace.  

Quelques minutes plus tard, j’entends les cris.  Je comprends maintenant. La femme tue la chèvre, la vide, la découpe, la fait frire, coupe les patates, les fait frire également. Quand je mange la chèvre un peu plus tard, 2h30 ont passé.

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Et là, je ris.  Il y a des choses qu’on ne comprend qu’en l’expérimentant.  Le menu ne sert à rien, ici.  En fait, l’accès aux aliments dépend de bien des facteurs, dont le menu ne fait pas partie…   bien sûr.   Comme la viande provient d’animaux tués sur place et que le restaurateur n’est jamais certain du nombre de client qui se présenteront, un animal est tué à fois pour rentabiliser la viande.  Avec le recul, j’aurais pu mieux observer le langage non-verbal de la dame, et comprendre qu’elle ne voulait pas me dire non pour la chèvre, car c’est très impoli dire non, mais que durant toute la matinée, elle avait préparé plusieurs plats de poulets.  Je ris, parce que c’est l’expérience qui rentre, demain je mangerai du poulet ou du moins le plat que la femme vraiment prévu servir à ses clients 😉   


Après mon dîner-souper, j’explorer la rue principale.  Un peu de béton, des petits kiosques qui vendent des crédits pour téléphoner, du riz, de l’huile.  

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Un peu derrière la rue principale les gens s’amassaient au milieu de quelques petites maisons.  Je me demande vraiment ce que tout le village faisait là, autour d’un gros baril.  Jusqu’à ce qu’on voit des gens se passer une louche dans une ambiance bien, bien joyeuse!  À coup de grosses lampées, les hommes, comme les femmes s’abreuvaient d’un gros tonneau rempli d’alcool maison.  Alcool à base de quoi, j’en ai aucune idée, mais ça avait l’air bien fort!

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Des années plus tard, j’ai appris que l’alcool fait maison est très répandu en Ouganda et que malheureusement cela fait des ravages.  Je trouvais fou en regardant le documentaire sur le sujet, de finalement comprendre ce que j’avais vu ce soir-là en Ouganda.

Puis, endant que je parle avec un homme pour savoir comment changer ma carte SIM de cellulaire du Kenya pour celle de l’Ouganda, mon compagnon regarde droit dans les yeux.

–  J’ai vu l’os.

–  L’os de quoi?

–  L’os de jambe du petit gars.

–  Oh!

–  C’était une plaie infectée qui est allée trop loin.

–  Merde!

–  Ayoye, on continue à se promener?

–  Ok.  Allons-y.  

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C’est ça le voyage, tu as des petits chocs, constamment,  tout le temps, des petits moments qui ébranlent tes convictions.  En un regard, tu réalises des choses, lorsque tu ne t’y attendais pas.  Le savoir est partout, et c’est parfois choquant.  Je continue mon chemin, mais dans les faits, j’y pense pendant des heures, c’est trop triste de penser que cet enfant-là va surement perdre sa jambe, parce qu’aussi loin que ça dans le Nord de l’Ouganda, il y a vraiment peu de ressources médicales…

Et vous, avez-vous des chocs de la sorte en voyage?  Des événements qui ont changé votre vision des choses?

 

 

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