21 – La chèvre, le baril et l’os

J’arrive au resto.  Une femme me tend le menu. Je commande de la chèvre.  

Je ne comprends pas trop pourquoi, mais la femme me dit que ça va être long en faisant une grimace.  

Quelques minutes plus tard, j’entends les cris.  Je comprends maintenant. La femme tue la chèvre, la vide, la découpe, la fait frire, coupe les patates, les fait frire également. Quand je mange la chèvre plus tard 2h30 ont passé.

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Et là, je ris.  Il y a des choses qu’on ne comprend qu’en l’expérimentant.  Le menu ne sert à rien, ici, comme l’accès aux aliments dépend de bien des facteurs.  Avec le recul, j’aurais pu mieux observer le langage non-verbal de la dame, et comprendre qu’elle ne voulait pas me dire non pour la chèvre, mais que durant toute la matinée, elle avait préparé plusieurs poulets.  Je ris, parce que c’est l’expérience qui rentre, demain je mangerai du poulet.   

***

Après mon dîner-souper, j’explorer la rue principale.  Un peu de béton, des petits kiosques qui vendent des crédits pour téléphoner, du riz, de l’huile.  

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Un peu derrière la rue principale les gens s’amassaient au milieu de quelques petites maisons.  Je me demande vraiment ce que tout le village faisait là, autour d’un gros baril.  Jusqu’à ce qu’on voit des gens se passer une louche dans une ambiance bien, bien joyeuse!  À coup de grosses lampées, les hommes comme les femmes s’abreuvaient d’un gros tonneau rempli d’alcool maison.  Alcool à base de quoi, j’en ai aucune idée, mais ça avait l’air bien fort!

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Pendant que je parle avec un homme pour savoir comment changer ma carte SIM de cellulaire du Kenya pour celle de l’Ouganda, Antoine me regarde droit dans les yeux.

–  J’ai vu l’os.

–  L’os de quoi?

–  L’os de jambe du petit gars.

–  Oh!

–  C’était une plaie infectée qui est allée trop loin.

–  Merde!

–  Ayoye, on continue à se promener?

–  Ok.  Allons-y.  

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C’est ça le voyage, tu as des petits chocs, constamment,  tout le temps, des petits moments qui ébranlent tes convictions.  En un regard, tu réalises des choses, lorsque tu ne t’y attendais pas.  Je continue mon chemin, mais dans les faits, j’y pense pendant des heures, c’est trop triste de penser que cet enfant-là va surement perdre sa jambe.

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