20 – Hey Muzungu!

 

Les deux pieds dans les prises de conscience de voyage…

Je me souviens d’avoir appelé ma mère en arrivant à Kabong.  Il faillait que je réalise! A travers ses yeux, j’essayais de me réveiller moi-même.  À force d’être dans l’inconnu tous les jours, j’en suis arrivé à me créer une carapace, question de ne pas trop capoter.  Des fois, que ça soit positif ou négatif, c’est juste trop intense d’être les deux pieds dans le voyage, dans quelque chose de si loin de ce que tu connais.  Comprendre, vivre, partager, découvrir, c’est un privilège tellement beau, mais cela prend aussi beaucoup d’énergie aussi.  Au téléphone, je lui ai alors raconté ce récit :

Au coucher du soleil dans un village du Nord de l'Ouganda

Au coucher du soleil dans un village du Nord de l’Ouganda

J’ai eu un choc quand j’ai regardé dans les yeux de cette jeune femme ougandaise.  Elle m’a interpellé machinalement, comme beaucoup de gens font ici.  Les locaux sont curieux de savoir ce que je fais dans leur coin, presqu’aucun touriste ne vient par ici.  Elle m’a dit : «Hey Muzungu!» : «Hey l’Étranger!».

La rencontre avec cette femme m'a beaucoup fait réfléchir

La rencontre avec cette femme m’a beaucoup fait réfléchir

Une rencontre qui m’a vraiment chamboulée

J’ai ris, elle a rit.  Puis, on s’est regardé, on a essayé de communiquer.  Elle portait une jupe carottée plissée, des sandales faites avec des pneus recyclés, un petit bébé dans son dos et des dizaines de petites scarifications dans son visage.

Elle riait de moi, l’étrangère.  Je rencontrais mon alter-égo ougandaise.  Même âge, même grandeur, même…  mais non…  on ne se ressemble pas finalement.  On ne pouvait pas se parler, puisqu’on ne parlait pas la même langue.  Je me disais : «wow, on est tellement différentes!»

Toi avec ton bébé accroché dans ton dos, moi avec ma contraception, toi avec ton pagne plissé et moi avec mes pantalons, toi avec des scarifications, moi avec mon fond de teint, toi avec ta hutte sur la plaine, moi avec mon appart à Montréal, toi avec ton feu de bois, moi avec mon four en céramique.

Vue sur un village ougandais

Vue sur un village ougandais

Comment la même planète peut créer des êtres si différents?  C’est capoté, que j’ai dit à ma mère.


Le temps de la réflexion

Le soir pour décompresser de tout ça, je prends une bière sur grosse roche, près de l’hôtel.  Dans la pénombre , je peux réfléchir.  Le monde est si grand, les cultures si diverses et belles.  Je me sens vraiment privilégiée d’apprendre à en connaître quelques unes en Afrique de l’Est.  J’en savais si peu avant de partir.  Et la réalité est à des années-lumières de l’image que je m’étais faite.

Pendant que je me pose mille questions sur la vie, un homme passe devant moi avec une brouette pleine de chèvres égorgées et sans peau.  Quelle vision suréaliste!  Je soupire.  C’est si magnifique, Kabong.  C’est si brute, le royaume des Karomojongs.

Une brouette de chèvres!

Une brouette de chèvres!

Et vous, est-ce que le voyage vous a fait réfléchir?  Avez-vous déjà eu le sentiment d’être si différents des gens que vous visitiez?

Lonely Planet East Africa 10th Ed.: 10th Edition

La suite de cette rencontre, est ici!

21 – La chèvre, le baril et l’os

One thought on “20 – Hey Muzungu!

Leave a Reply