7 – Négocier serré

Je suis vraiment une passionnée des marchés de poissons!  Chaque fois que j’en vois un sur mon chemin, je fais fit de l’odeur, et je me fais un plaisir d’y passer des heures!  J’en ai visité en Afrique, en Asie, en Europe et en Papoisie Nouvelle-Guinée, et chaque fois je suis absolument impressionnée par les couleurs, les formes, les grandeurs de ces habitants de l’océan.  Il y a toujours un poisson que je n’ai jamais vu de ma vie!

Voici mon dernier article sur le marché de poisson que j’avais visité en Tanzanie 😉

http://pleinairvoyagesetcompagnie.com/2015/11/25/poisson-geant-et-poulet-tandoori/

Au Québec, les fruits coûtent tellement chers, j’en mange donc rarement… alors j’en profite à fond en voyage pour me remplir la panse de pieuvre, calmars et poissons frits! Wow! Tellement d’éléments me fascinent dans ces endroits :  l’abondance d’abord, la grosseur ensuite, mais aussi l’ambiance toujours un peu festive en raison des gens qui négocient serrés leurs achats, et surtout les pêcheurs fiers de leurs plus grandes prises et qui ont toujours des bonnes histoires de pêche à raconter.  Partout autour du monde, la pêche s’effectue de différentes manières : que ce soit en pleine nuit avec une lampe au Malawi : http://pleinairvoyagesetcompagnie.com/2015/12/22/32-peche-traditionnelle-au-malawi/ ou dans de petites embarcations doubles et étroites en Papoisie Nouvelle-Guinée ( j’ai déjà hâte d’écrire mon article sur le sujet!), je raffole de ces histoires toujours intenses.

Tout cela pour dire, que cette fois-ci, j’ai mis les pieds dans mon premier marché de poisson au Cameroun, près de Limbe et je suis gaga.

Je suis toujours impressionnée par les gros poissons et les crabes géants.

Négocier est toujours une expérience un peu étrange.  C’est la tradition dans plusieurs des pays dans lesquels j’ai voyagés, mais je suis toujours un peu perdue au travers des éléments à prendre en considération lorsque je regarde les prix :

  • Dans certains pays, négocier les prix de tous achats est normal, alors que dans d’autres la nourriture ne se négocie pas, c’est un signe d’irrespect pour l’énergie demandée pour amener ce poisson/fruit/légume sur la table.
  • Je dois aussi être consciente que souvent les prix sont gonflés artificiellement pour moi, car je suis une étrangère et la plupart du temps, les gens des communautés que je visitent pensent que mes poches sont pleines à craquer.  En même temps, je dois aussi être consciente que dans d’autres endroits du monde, notamment le Bangladesh ou la Papoisie Nouvelle-Guinée, monter les prix pour moi, étrangère, ne viendrait jamais à l’idée des gens locaux, et essayer de faire baisser le prix de la nourriture pourrait me faire paraître franchement insultante.. pour eux qui me demande un prix tout à fait juste pour leurs produits.

  • Finalement, je dois aussi prendre en considération, que quand je ne négocie pas un prix qui devrait l’être selon les locaux, j’envoie également le message qu’en tant que visiteur, j’ai les moyens de payer ces prix-là et que je suis vraiment très riche.  On s’entend, venant du Canada mon pouvoir d’achat est la plupart du temps plus élevé que celui de gens dans lequel je visite, toutefois, je fais toujours attention de négocier mes prix, afin de d’envoyer le message que oui, j’ai les moyens de voyager, mais non je ne vis dans un château au Canada à manger du crabe des neiges matin, midi, soir.  En fait, j’ai souvent assisté à situation, où des touristes étant inconscients de cette dynamique voyaient un prix absolument dérisoire pour un produit étiqueté de luxe au Canada, par exemple ces crabes géants dans ce marché au Cameroun.  Cela envoie un vraiment un drôle de message aux vendeurs et vendeuses du marché qui pensent maintenant pouvoir demander un prix ridiculement élevé aux étrangers pour un produit local.  A long terme, cela crée un fossé infranchissable entre les populations locales et les touristes autour de l’idée de richesse.

Bref, j’adore les marchés de poissons, ou tous les autres types de marché dans  les pays dans lesquels je voyage.  Je suis une super fan de ce contact avec les gens ; tout le monde doit manger, et la nourriture en dit tellement sur le mode de vie local, les traditions, les goûts, sur les familles qui fréquentent ces marchés.  J’en profite toujours pour faire le plein d’histoires et de conversations, mais je suis toujours aussi consciente de l’impact de mes achats sur la dynamique du marché : j’essaie de payer le prix juste et ma réflexion change de pays en pays selon les traditions locales : ce n’est pas nécessairement un prix durement négocié ou le plus bas possible, ni le plus élevé non plus, aussi parfois il n’est pas négocié, parce qu’il ne négocie tout simplement pas.  C’est le prix qui respecte la personne en face de moi, qui lui envoie le message que je donne de la valeur de son travail, qui reconnaît aussi que je viens d’ailleurs, mais qui en même temps veux donner une idée juste de qui je suis, une voyageuse sac-à-dos qui vit dans un appartement bien normal à Montréal.

Et voilà, je promène un peu partout et je fais mes choix ; c’est que je me prépare un festin.  Juste sur le côté du marché, plusieurs femmes ont des grills et cuisent sur le feu les achats frais du matin des clients.  Je laisse mes réflexions sur la négociation pour goûter pleinement aux saveurs du terroir camerounais.  C’est délicieux!

 

6 – Les lianes

Limbe a un des plus impressionnants jardins botaniques que j’ai vu de ma vie! J’ai l’impression que le coeur du Cameroun se retrouve dans cet espace caché à deux pas de la ville, et c’est absolument magnifique.  J’ai vu tellement de paysages arides en Afrique de l’Est, mais la partie du Cameroun où je me retrouve présentement représente absolument le contraire.

Ces arbres géants enfouis sous les dizaines de lianes sont absolument fascinants.  Ce sont des murs faits littéralement de végétation.  C’est vraiment incroyable.  On dirait un autre monde, immuable, tout en vert.

Je suis vraiment heureuse de découvrir, cette forêt miniatures, mais j’ai encore plus hâte de pouvoir découvrir le tout hors d’un parc officiel.  😉  J’ira bientôt avec un trappeur local… ce serait vraiment intéressant!

 

En attendant, ma prochaine sortie dans la jungle, je retourne vers les plages de sable noir de Limbe, j’en avais tellement entendu parler.  Ça me donnera une petite pause, avant d’aller au marché de poisson 🙂

5 – Les piscines vides

Je suis assise sur le bord d’une piscine à Limbe, à quelques heures de Douala. Sortir de la grande ville seulement, m’a pris plus de deux heures, pare-choc à pare-choc.  Douala a grandi a une vitesse fulgurante et les infrastructures n’ont pas suivi le rythme effréné du développement économique du pays.  Sur le chemin, une forêt luxuriante, mais aussi des kilomètres et des kilomètres de plantations destinées à la culture de l’huile de palme, de grands champs bien ordonnés, et franchement très beaux, mais qui coûte cher à la protection de la faune et de la flore du pays.

Pensive, je m’assoie sur la bord de la piscine.  C’est définitivement la première fois que j’en vois une en Afrique, à part une fois peut-être en Afrique du Sud.  J’ai visité tant de régions sur ce continent, où l’eau était comptée, puisée à la main.  Ça me donne une impression d’anachronisme.  

Ça me rappelle une fois en Tanzanie, j’avais vu une machine à crème glacée molle.  Importée dans les années 50, les gens du village était loin d’avoir un courant électrique assez puissant pour la faire fonctionner régulièrement.  Une fois de temps en temps, on l’allumait donc, puis une fois quelques cornets faits, on les mettait au congélateur, question d’avoir de la crème glacée dure de temps en temps. 😉

Bref, je suis sur le bord de cette piscine à Limbe, au loin il y a cette station pétrolière.   A part, mes amis avec qui je voyage, je suis seule.  Il n’y a pas d’autres touristes.  Ni dans cet hôtel, ni dans les autres que j’ai croisé.  La chambre m’a coûté 50 $.  Ouch.  Je pense que c’est cela qui me rend si pensive… le prix.

L’Afrique n’est pas l’Asie… une région du monde où mon budget par jour est autour de 30 $.   A mon grand regret, j’ai du me rendre compte, qu’ici au Cameroun, mais aussi dans plusieurs pays de l’Afrique de l’Est, que le tourisme est développé bien différemment.  Le continent est absolument magnifique et riche d’aventures, de chemins touchés, de personnes incroyables ; il y a tellement à apprendre ici.  Comme je l’avais mentionné dans un de mes derniers articles : http://pleinairvoyagesetcompagnie.com/2017/05/25/lafrique-le-futur-paradis-du-voyage-sac-dos/ , l’Afrique est pour moi le futur paradis du voyage sac-à-dos.  Toutefois, le prix de parcourir un chemin intouché est souvent dispendieux.  Je me souviens avoir passé littéralement des heures durant mon passage en Afrique de l’Est à me questionner sur le prix élevé du voyage dans la région, alors que les populations locales vivent avec si peu.  Aujourd’hui, au Cameroun, je me retrouverais au coeur du même débat.

Au fil du temps, j’en ai conclu que le tourisme sur le continent s’est surtout développé autour d’une industrie de luxe, accueillant des étrangers avec de très grands moyens.  Les infrastructures touristiques sont donc localisées autour de grands centres, tels que la Kilimanjaro par exemple.  Les droits très élevés de ces grands parcs nationaux retournent au gouvernement.  Gérés par des tours opérateurs, très peu des profits amassés dans la cadre de ce commerce sont remis aux populations locales.  Ces dernières gardent donc constamment en tête que l’étranger est très riche, puisqu’évidemment c’est le seul type de touristes avec lesquelles celles-ci sont en contact.  Des raisons politiques, notamment  l’impact de la colonisation explique également cette opinion répandue.

Pour moi, cette situation représente un cercle vicieux pour les voyageurs comme moi, qui veulent en apprendre plus sur la culture locale et sur l’histoire de ses régions du monde, cela avec des moyens disons… de base.  Il y a rarement de l’hébergement intermédiaire ou d’auberges de jeunesse, qui pourtant pourrait apporter beaucoup à l’économie du pays et pourraient favoriser l’échange… et comme l’hébergement est rare, le prix est souvent élevé, ce qui peut être décourageant pour quelqu’un voulant partir à la découverte de cette région peu explorée.

Dans tous les cas, j’adore voyager en Afrique.  C’est un continent aux milles facettes, possédant une histoire très complexe et des enjeux actuels qui méritent d’être compris et explorés.  Assise sur le bord de la piscine, je suis heureuse d’avoir fait le choix de venir ici, afin de mieux comprendre, même si je suis consciente que le contexte politique, économique et touristique, rend cette expérience un peu plus chère, puisqu’elle est si riche d’apprentissages.

4 – Les parapluies camerounais

Il vient de pleuvoir, l’asphalte est un peu glissante.  Il y a une odeur de terre et surtout celle de la bouffe de rue ; les petits stands sont pleins.  Des avocats murs, du pain, des petites tomates, du poisson grillé dans un épais fond d’huile sur le bord de la rue : la pluie ne change pas grand chose au rythme bien rodé de Douala.

Malgré la pluie, les motos filent de partout avec…. leurs parapluies!  J’avais vu quelque chose d’un peu semblable au Vietnam, un espèce de grand imperméable couvrant la moto et ses passagers.  Au Cameroun, on fait dans le plus concis ; le parapluie 🙂

Et avec la moto à Douala, on ne niaise pas!! J’y ai fait un des tours les plus rocambolesques de toute ma vie!  Assise derrière une moto taxi, l’homme roule, file, dépasssseee, et me scratche les deux genoux, un sur une autre moto dont on est allé trop proche, l’autre sur la partie avant d’une auto, bien communément appelé son «bumper».  Après la deuxième égratignure, c’est exactement le moment où je me dis : «aie, aie, aie, qu’est-ce que ma mère dirait!!».  J’enlève rapidement, mes cheveux étampés sur mon visage par la pluie, parce qu’en fait, l’homme me fait visiter Douala à vitesse grand V et c’est absolument unique.  A contre-sens, dans le traffic inverse à notre direction, juste avant de monter sur le terre-plein en évitant bien sûr, les kiosques de bouffe de rue de toutes sortes, il joue habilement du frein et de l’accélérateur dans le traffic monstre de cette capitale!   Je ris, mais j’ai aussi un peu mal au coeur 😉  Je pense que la moto aurait peut-être besoin de nouveaux amortisseurs.  Bref, j’ai le gros sourire aux lèvres, à découvrir le quotidien de cette métropole africaine…  Mon ami camerounais me disait que quand il avait quitté le pays 10 ans plus tôt, il n’y avait aucune moto.  Aujourd’hui, au coeur de ce hub en grand développement, comme de dizaines d’autres grandes villes africaines, elle se faufile partout, sans aucune restriction routière, à part l’espace minime entre les véhicules pris dans le traffic monstre de cette grande ville.

Demain, c’est le grand départ pour Kribi.  J’ai hâte de voir l’un des autres visages du Cameroun.

 

 

3 – Histoire de viande

Je le regarde, il me regarde aussi.  Nous sommes face à face.  Je détourne le regarde, mais lui non.  C’est le duel.

Je viens d’arriver à Douala, et j’ai eu l’accueil le plus chaleureux de ma vie dans une famille camerounaise.  Tout le monde est là, heureux, me répétant par dizaine de fois de me sentir comme à la maison.  Je suis vraiment touchée, ils partagent tout avec moi, maison, lit, repas.  Je me sens tellement bien accueillie, parce qu’en plus de m’avoir cuisiné le repas, on me dit chaleureusement qu’on m’a fabriqué un plat tout spécial et typique seulement pour moi.

Alors, les joues rouges de surprise, je fais face au… rat.

Et je me sens tellement mal…. parce que vraiment, je pense que je vais avoir de la misère à le manger, ce plat cuisiné avec tant d’attention et de bonté.  Ouf!

En fait, cette situation m’est arrivée plusieurs fois en voyage…  et chaque fois, je me questionne sur la chance que j’ai eu d’avoir été élevé au paradis du steak, des coupes de viandes bien définies.  A force d’avoir été habituée à manger de bons gros morceaux de protéine provenant de type d’animaux bien spécifique (principalement boeuf, poulet, porc) je me sens toujours un peu mal de ne pas être capable d’apprécier à leur juste valeur des plats vraiment bien cuisinés, issues de la culture typique de l’endroit où je voyage.  Des coeurs de poulet et pattes de porc dans les soupes chinoises, au organes bien juteux dans certains pays africains, au castor chez les Cris, j’éprouve toujours un certain malaise à mon incapacité de m’adapter à ce que les gens mangent normalement, surtout que ces mets typiques traduisent toujours l’adaptation au territoire et le désir de ne rien gaspiller, et de respecter l’environnement et les ressources disponibles.  D’ailleurs, les étrangers ont souvent la réputation de ne manger «que les bonnes parties», laissant plusieurs morceaux de viande et cartilage sur les os.  Et puisque, j’avoue que je n’aime pas le gaspillage… je pourrais vraiment m’améliorer de ce côté là.

Donc, chaque fois, j’essaie vraiment fort d’aller au-delà de cette barrière, même si franchement, une des choses avec lesquelles j’ai le plus de difficulté quand je voyage.  Je retourne donc dans cette famille super accueillante et cette fois, je vais essayer le groin de porc.

N’arrête jamais d’explorer

J’enfile mon casque de moto et je me dis que tout va être correct.  J’ai déjà fait de la moto en Tanzanie, au Cameroun, en Chine, dans des p’tites rues, sans amortisseurs, parfois à contre-sens dans la circulation.  Je me dis que je connais ça, la moto.  En fait, je m’apprête à traverser États-Unis en moins de deux semaines, de l’Ontario jusqu’en Californie et vraiment, je me sens comme une pro.

Après, je prends l’avion pour l’Australie, puis enfin ma destination ultime… la Papoisie Nouvelle-Guinée.  Ensuite, je reviens à Vancouver pour retraverser le Canada, 5 jours plus tard, je pars pour le Nunavik.  Ça va être tout un trip.  Bref, je me sens prête pour l’aventure, drillée par la fatigue et l’adrénaline des préparatifs.

Quelques heures à peine après être partie, je déchante… j’ai tellement froid sur la moto et j’ai toujours peur de perdre mes lunettes qui avec le vent ont l’air d’une brindille face à un ouragan.  Gênée, je finis par écouter les conseils qu’un peu tout le monde m’a donné : porter un bon manteau en cuir et mettre une corde sur mes lunettes… à contre-contre coeur (parce que c’est pas du tout mon style) je me fonds dans le monde de la moto…  et c’est magique!

En fait, sur mon chemin, je rencontre des dizaines de passionnés!! Des hommes (en grande majorité) tatoués de la tête aux pieds, vêtus de jeans et de cuir, avec des bandanas ornés de squelettes et de longues barbes.  Partout, les gens viennent me voir pour m’aider, pour voir comment je vais, où je me dirige et surtout savoir si tout va bien.  Je découvre une famille tissée serrée, une vraie communauté, qui me fait sentir en sécurité partout où je vais… parce que je voyage à moto.  C’est vraiment extraordinaire… et même si j’ai trouvé la transition difficile au début, je suis vraiment heureuse d’avoir fait un court séjour dans ce monde inconnu… j’ai vraiment été inspirée par le sentiment de solidarité entre les motos cyclistes.

Quelques semaines plus tard, en Papoisie Nouvelle-Guinée, j’irai à la chasse aux crocodiles sur la rivière Sepik, une région du pays où la seule façon de se rendre de village en village est par bateau.  Bon, certaines embarcations sont motorisées, mais sur le coup, je suis plutôt dans un mince canot sculpté dans un tronc d’arbre qui n’a pas vraiment de ballant… et c’est la nuit.  En fait, j’ai vraiment peur, je suis convaincue que je vais mourir dévorée par un croco, et je sais pas trop comment expliquer le tout aux chasseurs dans l’embarcation qui sont occupés à affuter leurs arpons.  Heureusement, un poisson volant saute dans ma face et change vraiment le mal de place.  Je finis par me calmer et vivre moment absolument magnifique avec les Papous.  L’homme devant moi fait des blagues à mesure que sa sacoche se remplie de bébés crocodiles.  Quelques jours plus tard, je comprends qu’il n’aurait jamais pu rien m’arriver.  Les Papous se sentent absolument responsable des gens qui les visitent, j’avais toute une famille qui m’attendait à mon retour.  J’ai trouvé cette expérience tellement touchante et ça aussi, ça m’a vraiment inspiré.

En fait, la raison pourquoi ne parle de ces deux anecdotes, c’est que je ne veux pas seulement parler de voyages, mais d’expériences de vie, de rencontres, de nouvelles activités, sports, sorties, cours à l’école, musées, groupes de musique, etc.  La vie est infiniment intéressante et remplie ; il y a tellement choses à apprendre, à explorer, à découvrir.  Mon voyage m’a seulement rappelé à quel point le monde est immensément grand et beau, et rempli de gens différents vivant de manières éclatées, et qu’ici ou ailleurs, c’est souvent dans l’inconfort de l’inconnu (et quand on accepte qu’on ne sait pas tout) qu’on grandi le plus.

PS : La semaine, je reprends mon récit sur le Cameroun 🙂

2 – Le déluge

Après un court arrêt au Maroc, où j’ai eu à peine quelques heures pour mettre les pieds dans les petites rues de Marrakech, j’arrive tard le soir à Douala, la capitale du Cameroun.  Il fait extrêmement chaud et humide.  Les vitres de l’aéroport sont couvertes de buée.  Mon ami Camerounais doit venir me chercher, mais il n’y est pas.  Assises sur mon sac-à-dos, je suis loin de paniquer, je sais très bien qu’en voyage le temps ne se mesure pas de la même manière que chez nous et qu’une vrai panoplies de choses rocambolesques peuvent arriver!

Deux heures plus tard, il n’est toujours là.  Je commence à me demander si je lui ai pas donné la bonne journée d’arrivée…  Puis, je le vois arriver.  TREMPÉ!  C’est qu’il a traversé les 15 mètres qui le séparent du 4×4 de l’aéroport… et il pleut!!!  J’arrive en plein saison des pluies!  Honnêtement, je n’ai jamais vraiment fait attention à ce genre de choses en voyage, mais en traversant le Cameroun… ouf, j’ai eu ma leçon!

Nous crevons dans l’auto, mais les fenêtres sont relevées.  Nous traversions Douala, et les routes sont remplies d’un épais lit d’eau!  Je n’ai sincèrement jamais rien vu de tel!  L’eau jailli de partout, et chaque fois que l’auto avance, de larges «splashs» refoulent sur la voiture.  C’est incroyable.  Je suis tellement fatiguée en raison de transport, mais franchement j’ai un géant pic d’adrénaline, je me sens comme dans une course à obstacles, dans la nuit, au milieu de ce nouveau pays.  L’eau est partout, et avec cette aventure, mon voyage au Cameroun commence bien 😉 

1 – Le python


J’ai rencontré Gabin lors d’un souper entre ami.  C’était un conteur.  Un vrai.  Un de ceux-ci t’emporte à l’autre bout du monde avec leurs paroles, leurs récits, leurs histoires.  Assise sur le coin de ma table, j’étais rendue au Cameroun.

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Il m’a raconté comment les hommes de son village chassait le python, partant à dix dans la jungle, jusqu’à la fameuse maison du dit serpent.  Le pied d’un homme au fond du trou, ils attendaient patiemment que l’animal s’enroule autour de la jambe, puisque c’est par asphyxie que ce dernier tue ses proies.  Le pied bien enroulé, on sortait rapidement le serpent de son terrier pour ensuite le tuer.  Et bang, on revenait au village en file avec le piton sur les épaules de 10 hommes.

Les yeux écarquillés, j’ai tout de suite pensé, qu’eh bien… Gabin et moi, on avait pas eu la même enfance!  Entre son village et Pointes-Aux-Trembles.

Pour Gabin, le Cameroun, c’est le plus beau pays du monde.  C’est le bijou de l’Afrique : c’est le tout-inclus des climats et le résumé de la beauté de ce qu’on peut trouver sur ce gigantesque continent : la mer, la jungle, la ville, les villages, les gens.

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Alors quand Gabin m’a demandé si je voulais au Cameroun, eh bien, j’ai capoté de joie, et j’ai acheté mon billet d’avion, parce que ça allait être trou fou aller visiter le plus beau bijou de l’Afrique et le monde rempli d’aventures dont Gabin m’avait tant parlé.

L’Afrique, le futur paradis du voyage sac-à-dos

Il a quelques mois, j’ai eu le plaisir de travailler avec Jennifer du blog «Moi, mes souliers» à l’adresse suivante : http://www.moimessouliers.org

Je vous invite à visiter son blog, afin de me lire sur les 5 plus grands mythes du voyage sac-à-dos en Afrique et pourquoi ce continent sera probablement bientôt, le futur paradis de ce type de voyage.  A bientôt!

C’est par ici : http://www.moimessouliers.org/lafrique-le-futur-paradis-du-voyage-sac-a-dos/

Voyager en sac à dos en Afrique

12 – L’Annapurna et moi

Et voilà, je l’ai fait.  J’ai traversé l’Annapurna, jusqu’à son sommet.  Je suis maintenant à 4 000 mètres dans les montagnes au cœur de l’Himalaya.

C’est complètement fou.

Je pourrais dire que je suis tellement fière d’avoir parcours des kilomètres de trek en montagne.  Oui, bien sûr.  Et j’ai même traversé une rivière assez épeurante, merci!

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Toutefois, au delà de l’effort physique, c’est la signification de ce trek pour moi qui était plus important.  Quand j’avais 17 ans, j’ai fait un stage d’initiation à la coopération internationale avec Jeunesse Canada Monde en Inde.  J’ai habité à Dharamsala dans une famille tibétaine en exil.  Sur le coup, j’ai dévoré des livres et des livres sur le sujet pour en apprendre plus la situation.  Perchée sur le balcon du Khaana Nirvana Café, devant l’Himalaya, je me suis dit que j’allais tout découvrir de cette population, et la visiter dans tous ses nouveaux lieux d’établissement.  Quelques années plus tard, je suis allée en Chine : 12 – Aux portes du Tibet, et maintenant… j’étais au Népal ; l’autre lieu d’exil des Tibétains.

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Bien sûr, j’ai découvert ici, que la population Népalaise est principalement hindouiste, et que l’industrie du tourisme du pays vante l’influence de la culture tibétaine, afin d’attirer plus de touristes comme moi… car c’est mythique le bouddhisme apparemment!  Mais au milieu de ce trek aux milles drapeaux représentant cette culture, je suis quand même absolument  émue d’avoir réaliser mon rêve d’adolescente de 17 ans quelques années plus tard.

Apparemment, les rêves les plus fous peuvent se réaliser 🙂

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11 – Au son des bombonnes de propane

Derrière moi, il y a un Népalais.  Assez petit, plutôt trapu, concentré sur 149 424e marches du trek de l’Annapurna.  Seul, il ne suit aucun trekkeur, mais c’est tout de même un sacré porteur!  Sur son dos il porte littéralement un set de 6 chaises!! J’ai vraiment de la misère à en croire mes yeux!  Trois chaises sont accordées ensemble sur la largeur, à l’envers trois autres sont attachées sur le siège des autres, c’est incroyable.  Le total fait deux fois sa hauteur, pas loin de 4 fois sa largueur… et d’un petit jeu de pied rapide, il me dépasse!

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De mon côté, j’avoue que je commence à sentir la pression de l’altitude sur mes poumons, l’oxygène se fait plus rare et je n’ai pas du tout la force des Népalais 😉  Pour avancer, je concentre sur le pays absolument fascinant autour de moi, et… sur ces ânes qu’on entend à des lieux à la ronde.  Tous alignés ensemble, ils traversent l’Annapurna chargés de lourdes bombonnes de propane, afin de fournir le gaz nécessaire pour faire fonctionner les réchauds de tous les arrêts pour les voyageurs.  Durant toute la randonnée, on peut attendre le cliquetis des bombonnes.

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Les marches continuent encore, puis il n’y en a plus, c’est un sentier étroit dans une vallée magnifique.  Je reprends mon souffle heureusement, et j’arrive à une larrrgge rivière au débit plutôt intense!  Je n’arrive pas à traverser, mais je n’ai pas d’autres choix de le faire.  C’est le seul chemin et j’arrive au moment de la crue des eaux.  Ouf!  Je pense que c’est exactement le moment j’explose de stress!  Je traverse mon sac-à-dos en premier, le poids de celui-ci sur mon dos aurait pu me faire basculer…  J’avance un pied, mais je recule, la roche est glissante et j’ai peur.  J’ai vraiment l’impression que je pourrais me faire emporter par la rivière si je fais un faux mouvement.  Aie, aie, aie.

Une de mes premières réactions quand j’ai peur est de figer.  Je trouve ça complètement niaiseux!  Ça me prend toujours un moment pour me dégourdir, parce que franchement, ce n’est pas une réaction de défense très pratique en voyage, et en particulier en trek!!  Je pense qu’il y a un moment ou j’arrête et penser et je saute…  franchement, il n’y avait pas d’autre choix!

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Le soir transie par le froid dans mon sac de couchage, je repense encore à la rivière, dire qu’il va falloir que je la retraverse en revenant!

 

 

10 – Autour de la chauffrette

Monte, descend, monte, descend, monte, descend.  Le treks de l’Annapurna est composé de milliers et de milliers de marches qui montent à l’infini, puis redescendent toujours plus bas, et plus un tout petit peu plus haut… finalement.  Je le sais, je les ai comptées!  Mes pieds sont remplis d’ampoules et je suis épuisée, mais en focusant sur le nombre de marches, j’avance un peu plus!

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Le paysage est à couper le souffle.

Le soir, je me change directement en arrivant.  J’enlève rapidement mon linge mouillé par la sueur, puis ensuite j’enfile directement mon ensemble du lendemain.  Il n’y a pas de chauffage dans les chambres des refuges et le matin je suis trop gelée pour même penser à enlever une couche de vêtements.  Après quelques jours, je n’ai toujours pris ma douche.  J’hésite encore entre ma propreté et l’eau littéralement glaciale!  Il faut dire que les douches sont rudimentaires.  Bon, je suis habituée à l’habituelle plaque de céramique au sol qui sert de douche, de toilette, de tout en fait.  Mais cette fois-ci, avec le froid, les besoins des gens sont plutôt gelés et collés au sol, donc bizarrement, c’est extrêmement glissant, alors bon, je vais attendre avant de prendre ma douche. 😉

Il y a aussi eu cet endroit ou la toilette n’était un long tunnel à découvert creusé au sol…  Dans cette grande pièce, j’ai cherché les cloisons, la porte à fermer… mais rien.  C’était plutôt..  ouvert comme situation!  J’étais un peu étonnée, mais je n’étais pas la seule apparemment…  d’autres locales étaient aussi bien surprises de me voir aller!  Au milieu des chuchotements et des rires à mon endroit, je pouvais heureusement admirer la vue sans pareille de la toilette.. ah, c’est beau l’Himalaya!

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Heureusement, le soir, sous de grandes tables centrales, des petites chauffrettes sont installées partout.  Alors, on a beau avoir un peu froid, on fait le tour du monde toute la soirée.  Entourée d’autres trekkeurs, c’est la grande conversation : Italiens, Coréens, Israeliens, on passe les soirées à discuter autour de nos gourdes en mangeant du riz, et c’est la belle vie!

 

 

9 – Dans le ventre de l’Himalaya

L’Annapurna, c’est un des géants de l’Himalaya.  Un colosse de plusieurs sommets allant jusqu’à plus de 8 000 d’altitude.

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Le permis de trekking obtenu à Katmandou en main, j’arrive à Pokhara, une ville bercée par le vent frais des montagnes.  Après les rues remplies et vivantes de la capitale, je suis vraiment heureuse d’y être arrivée.

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Dès mon arrivée, je prépare pour cette randonnée quelques jours, car je pars le lendemain matin.  J’ai un sac-à-dos de 60 litres, une bonne paires de souliers de marche et quelques sous-vêtements.  Comme je vais porter mes bagages, j’essaie de faire dans le léger 😉  Apparemment, ce n’était pas la technique adoptée par mes collègues Coréens qui, équipés de la tête aux pieds de vêtements synthétiques, partagent le chemin de randonnée avec moi!  Ils ont de petits sacs-à-dos bien sûr, mais également… plusieurs géants sacs ressemblant à des poches de hockeys!!  Je plains les porteurs qu’ils ont payés!!!!  Heureusement, le soir venu, complètement gelée parce qu’il n’y avait pas de chauffage dans les petites habitations fournies aux randonneurs, j’ai eu de la chance de goûter à de la pieuvre séchée  gracieusement offerte par ces derniers!  Je pense que c’était la dernière chose que j’avais pu penser manger ici 😉  Je comprends maintenant pourquoi leurs poches étaient si lourdes, ils ont apporté tout leurs repas!

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En fait, la nourriture sera plus chère à mesure que j’avancerais dans ce trek.  Tout étant porté à bras, plus j’étais loin, plus le prix du repas était élevé.  C’est normal.

Le lendemain, je quitte mes amis Coréens et reprends la route.  Je traverse plusieurs villages et la vue est absolument magnifique.  Je gravis la montagne, monte et monte encore des centaines de marches, arrivée au sommet je jubile, pour ensuite me rendre compte que je dois tout redescendre!  Le trek de l’Annapurna est tellement particulier sur ce point, souvent, si l’on regarde directement devant soi, on dirait qu’on pourrait atteindre le prochain sommet à vol d’oiseau en 5 min de marche, mais il faut monter et redescendre chacune des falaises de montagne qui forme une longue chaîne.  Heureusement que c’est magnifique, car c’est aussi interminable 😉

8 – Pashupatinath et ses morts

Je n’ai jamais été à Varanasi en Inde, cet endroit sacré où les personnes pratiquant l’hindouisme brûlent leurs morts.  Lorsque j’ai voyagé au Népal, j’ai appris qu’il existait un endroit similaire et je me suis vraiment demandée si j’allais y mettre les pieds.  En effet, en Chine, j’avais alors choisi de ne pas assister aux enterrement célestes issus de la culture bouddhiste tibétain : 16 – Les enterrements du ciel et de la terre.

Ici, j’ai eu un sentiment différent, que c’était un peu plus ouvert aux étrangers, comme tous pouvaient aller librement jusqu’à ce lieu.  Je ne sais pas si j’ai eu raison d’y aller, mais j’ai été vraiment touchée d’observer une vision tout à fait différente de ce que je connais de la mort.

 

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D’abord, comme dans plusieurs lieux hindous, plusieurs vaches erraient dans l’espace, comme cet animal est sacré selon cette religion.  Plusieurs sadhus y étaient également ; ces hommes choisissant de dédier entièrement leur existence à leur religion et la méditation.  En faisant ce choix, ceux-ci doivent d’ailleurs sacrifier un élément qui, à leur yeux, est vital.  J’ai donc observé plusieurs hommes fixer intensément le soleil, afin de perdre la vue et un autre le bras en l’air, incapable de le redescendre ; l’articulation s’était fixée au fil du temps et l’usage de ce bras était donc maintenant impossible.

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L’architecture était de toute évidence magnifique, comme ce couloir rempli de statues symbolisant les organes sexuels féminins et masculins.  Et les cérémonies traditionnelles d’offrandes étaient une fois de plus au rendez-vous.

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Quelques minutes après mon arrivée se préparaient déjà le premier «enterrement».  Le corps avaient déjà été lavé avec du lait et était maintenant enveloppé et déposé sur le bûcher.  Suite aux offrandes, le feu s’embrase et le corps brûle.  Peu à peu la famille se retire pour ensuite laisser cours au brasier.  Les cendres sont ensuite remises à la rivière.

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Assister à cette cérémonie dont le fonctionnement est si différent de ce que j’ai connu permet vraiment de réfléchir au sens de la mort pour cette société.  Ici, l’objectif de la crémation est de libérer l’âme du corps qui se réincarnera éventuellement.  C’est beaucoup plus visuel que chez nous et presque plus symbolique, puisque tout à un sens, le drap jaune, la rivière.  La mort n’est que la fin d’un cycle et le début d’un autre.

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