10 – La vie n’est pas pareille ici, mais elle est belle aussi : Les 7 plus grandes leçons de mon premier stage d’initiation à la coopération internationale

Cela fait déjà un mois et demi que je suis à Birr et que je vis ma première expérience d’initiation à la coopération internationale. Entre mon travail au Deer Park et la vie avec ma famille d’accueil, j’ai tissé au fil du temps ma petite routine. Comme mentionné un de mes derniers textes, le choc culturel a fait son chemin dans mon quotidien, pour ensuite s’effacer tranquillement pour faire face à une compréhension plus profonde de la culture locale.

9 – Attention! Choc culturel en cours!

La fin de semaine, je vais souvent marcher autour du village. L’endroit où je me trouve au creux des montagnes est absolument magnifique. Je marche et j’admire les bœufs faisant leurs chemins dans les champs et l’évolution des cultures de thé environnantes. C’est vraiment impressionnant de voir le vert des montagnes se transformer au fil des différentes phases d’épanouissement du feuillage. La semaine passée, les feuilles ont été recueillies et tout à changer.

Assise sur mon balcon, je repense à ce que j’ai vu et vécu. Les femmes portant toujours aujourd’hui leurs robes traditionnelles tibétaines : la chuppa. Les vieillards compter inlassablement leurs bracelets de prières. Les gens faisant une priorité de ne jamais tuer le plus petit des êtres vivants suivant l’idée de la réincarnation (qui sait qui pourrait être cette fourmi?). Le système scolaire privilégié par les Tibétains : de grandes écoles prenant la forme de résidences pour enfants où on enseigne aux Tibétains à donner à l’Autre en premier : «Others before self». Je repense combien c’est important pour cette culture de donner à l’Autre, d’être généreux. En riant, je me rappelle aussi comment les vieilles dames du village cachent des momos (dumpling tibétain) dans leur chuppas, sur leur poitrine, dans les fêtes communautaires pour donner à leurs chiens en rentrant à la maison.

J’ai compris que la vie n’est pas pareille ici, mais elle est belle aussi. J’ai fait le paix avec le choc culturel.Tant de choses me manquent encore, mais j’ai appris à trouver mes petites plaisirs ici, comme acheter chaque jour un kaki à deux roupies au stand à légumes du village, et le manger en silence sur mon balcon. C’est à moi de trouver et de créer mes joies quotidiennes.

J’ai appris aussi que les gens, oui, ici, vivent plus simplement, du bout des dents je dirais même ici que certains vivent dans la pauvreté. Je vois aussi que pauvreté, tant qu’on peut répondre à ses besoins de base, ne veut pas nécessairement dire malheur. Ne pas posséder, ne veut pas dire rien avoir à partager. Au contraire. J’ai rencontré des gens ici qui avaient tellement à partager avec moi : leur savoir, leurs histoires, leur culture, leur présence, et leurs rires.

J’ai compris que l’observation est mon plus grand atout, que rien de me sert d’agir sans comprendre et que les mots veulent dire peu de choses. Nous, les Occidentaux, les verbo-moteurs, nous pensons que nous savons, car nous savons meubler les conversations. Je sais maintenant que les personnes qui parlent le plus, ne sont pas nécessairement les plus intéressantes. Le silence est d’or, la parole est d’argent, dit-on. Je réalise la force de cette maxime en voyage, après avoir passé plusieurs semaines dans une famille d’accueil avec laquelle il m’était presqu’impossible de communiquer en anglais.

J’ai compris que le mot coopération internationale est un terme bien pompeux et qui flatte bien des égos. Aujourd’hui, plus de 10 ans plus tard, je travaille toujours dans le domaine.  Je suis toujours aussi fascinée par les autres cultures, mais je me freine constamment pour revenir à ce que j’ai appris à ce moment-là en Inde : prendre le temps de comprendre et échanger pour mieux agir ensemble dans le respect de la culture de l’Autre.

Finalement, j’ai compris que j’étais plus qu’extrêmement privilégiée, que j’avais le droit à l’éducation, à un pouvoir d’achat incroyable en comparaison à un grand nombre de gens à travers le monde.  Que je ne prendrai plus jamais pour acquis la diversité de ce que je peux trouver à l’épicerie, ni l’eau potable qui coule sur ma vaisselle chaque jour au Québec.  J’ai aussi compris que je Devais être une alliée, c’est-à-dire une personne consciente des obstacles supplémentaires auxquels d’autre personnes doivent faire face, afin d’atteindre les mêmes objectifs, et ce en raison de plusieurs inégalités sociales.  Que je ne serai jamais plus la même après ce voyage.  J’ai compris combien j’étais née dans la ouate de mes privilèges, et que maintenant que j’en avais pris conscience, j’étais responsable d’essayer de rendre le monde plus égal jour après jour, à ma manière, afin que plus de gens aient accès aux mêmes possibilités que moi.

8 – La Missionnaire

5- La citoyenne du monde

Toutes ces nouvelles leçons en tête, je remercie la vie d’avoir mis cette expérience sur mon chemin. A 17 ans, je pense que je venais de prendre un p’tit coup de maturité qui changera pour toujours ma vision du monde. Je suis toujours aussi reconnaissante que des organismes de coopérations internationales, tels que celui avec lequel j’ai voyagé, offre à des jeunes l’opportunité d’aller tester leurs valeurs à l’étranger et d’approfondir leurs connaissances sur le monde.  Je pense que je suis vraiment devenue une citoyenne ce jour-là.

Maintenant, j’ai hâte de vérifier comment je vais servir de ces nouveaux acquis. Demain, un nouveau défi m’attend. Je pars pour Dharamsala, la capitale du gouvernement tibétain en exil, une grande ville perchée du cœur de l’Himalaya pour la deuxième partie de ce stage de coopération internationale.

Et vous, avez-vous déjà fait un stage d’initiation à la coopération internationale? Quelle conclusions en avez-vous tirées?

Vous aimez ce texte? Likez-le et partagez-le, cela m’aidera à partager mes aventures avec plus de grands voyageurs comme vous! Vous voulez en savoir plus sur mes autres expériences autour du monde? C’est sur mon site : www.pleinairvoyagesetcompagnie.com que vous savourez des dizaines de récits de voyage de l’Océanie à l’Afrique! C’est un rendez-vous!

10 – La vie n’est pas pareille ici: Les 5 plus grandes leçons de mon premier stage d’initiation à la coopération internationale

Cela fait déjà un mois et demi que je suis à Birr et que je vis ma première expérience d’initiation à la coopération internationale. Entre mon travail au Deer Park et la vie avec ma famille d’accueil, j’ai tissé au fil du temps ma petite routine. Comme mentionné un de mes derniers textes, le choc culturel a fait son chemin dans mon quotidien, pour ensuite s’effacer tranquillement pour faire face à une compréhension plus profonde de la culture locale.

La fin de semaine, je vais souvent marcher autour du village. L’endroit où je me trouve au creux des montagnes est absolument magnifique. Je marche et j’admire les bœufs faisant leurs chemins dans les champs et l’évolution des cultures de thé environnantes. C’est vraiment impressionnant de voir le vert des montagnes se transformer au fil des différentes phases d’épanouissement du feuillage. La semaine passée, les feuilles ont été recueillies et tout à changer.

Assise sur mon balcon, je repense à ce que j’ai vu et vécu. Les femmes portant toujours aujourd’hui leurs robes traditionnelles tibétaines : la chuppa. Les vieillards compter inlassablement leurs bracelets de prières. Les gens faisant une priorité de ne jamais tuer le plus petit des êtres vivants suivant l’idée de la réincarnation (qui sait qui pourrait être cette fourmi?). Le système scolaire privilégié par les Tibétains : de grandes écoles prenant la forme de résidences pour enfants où on enseigne aux Tibétains à donner à l’Autre en premier : «Others before self». Je repense combien c’est important pour cette culture de donner à l’Autre, d’être généreux. En riant, je me rappelle aussi comment les vieilles dames du village cachent des momos (dumpling tibétain) dans leur chuppas, sur leur poitrine, dans les fêtes communautaires pour donner à leurs chiens en rentrant à la maison.

J’ai compris que la vie n’est pas pareille ici, mais elle est belle aussi.  J’ai fait le paix avec le choc culturel.

9 – Attention! Choc culturel en cours!

Tant de choses me manquent encore, mais j’ai appris à trouver mes petites plaisirs ici, comme acheter chaque jour un kaki à deux roupies au stand à légumes du village, et le manger en silence sur mon balcon. C’est à moi de trouver et de créer mes joies quotidiennes.

J’ai appris aussi que les gens, oui, ici, vivent plus simplement, du bout des dents je dirais même ici que certains vivent dans la pauvreté. Je vois aussi que pauvreté, tant qu’on peut répondre à ses besoins de base, ne veut pas nécessairement dire malheur. Ne pas posséder, ne veut pas dire rien avoir à partager. Au contraire. J’ai rencontré des gens ici qui avaient tellement à partager avec moi : leur savoir, leurs histoires, leur culture, leur présence, et leurs rires.

J’ai compris que l’observation est mon plus grand atout, que rien de me sert d’agir sans comprendre et que les mots veulent dire peu de choses. Nous, les Occidentaux, les verbo-moteurs, nous pensons que nous savons, car nous savons meubler les conversations. Je sais maintenant que les personnes qui parlent le plus, ne sont pas nécessairement les plus intéressantes. Le silence est d’or, la parole est d’argent, dit-on. Je réalise la force de cette maxime en voyage, après avoir passé plusieurs semaines dans une famille d’accueil avec laquelle il m’était presqu’impossible de communiquer en anglais.

J’ai compris que le mot coopération internationale est un terme bien pompeux et qui flatte bien des égos.  Aujourd’hui, plus de 10 ans plus tard, je travaille toujours dans le domaine ; bien sûr, je suis fascinée par les autres cultures, mais je freine constamment pour revenir à ce que j’ai appris à ce moment-là en Inde : prendre le temps de comprendre et échanger pour mieux agir ensemble.

8 – La Missionnaire

Toutes ces nouvelles leçons en tête, je remercie la vie d’avoir mis cette expérience sur mon chemin. Je pense que je viens de prendre un p’tit coup de maturité. J’ai hâte de vérifier comment je vais servir de ces nouveaux acquis. Demain, un nouveau défi m’attend. Je pars pour Dharamsala, la capitale du gouvernement tibétain en exil, une grande ville perchée du cœur de l’Himalaya pour la deuxième partie de ce stage de coopération internationale.

Et vous, avez-vous déjà fait un stage d’initiation à la coopération internationale?  Quelle conclusions en avez-vous tirées?

Vous aimez ce texte?  Likez-le et partagez-le, cela m’aidera à partager mes aventures avec plus de grands voyageurs comme vous!  Vous voulez en savoir plus sur mes autres expériences autour du monde?  C’est sur mon site : www.pleinairvoyagesetcompagnie.com que vous savourez des dizaines de récits de voyage de l’Océanie à l’Afrique!  C’est un rendez-vous!

9 – Attention! Choc culturel en cours!

 

Tout me fatigue.  Je suis tannée de manger du riz et des bines.  C’est tout le temps la même affaire, ça goûte tout le temps la même affaire, matin, midi, soir.  Je ne trouve plus ça «vraiment cute» les traditions bouddhistes.  Je suis tannée de ne pas pouvoir écraser le plus petit des moustiques qui essaie de me piquer dans ma chambre, parce qu’ici la tradition dit qu’on doit «respecter en tout temps la vie, question de karma».  Je trouve le rythme de vie trop lent et ça me tape sur les nerfs.  Ça prend toujours 20 à 30 minutes avant que les gens arrivent, personne n’est jamais à l’heure.  Je m’ennuie d’une douche chaude!  Je suis tannée de me laver dans seau d’eau!  L’eau est toujours frète, pis il n’y en a jamais assez.  Je peux même pas utiliser mon revitalisant.  Je suis tannée que les gens sachent tout, sur toute ma vie!  Comment ça se fait que tout le monde sait que je m’ennuie vraiment de mon chum.  Ça doit être parce que les gens sont assis sur le balcon le soir à me voir marcher trois à quatre fois semaines pour aller utiliser le téléphone du village pour l’appeler.  Est-ce qu’ils ont juste ça à faire, me regarder?  En plus, je m’ennuie de famille, je suis écœurée du décalage horaire qui fait qu’il y a 8 heures de différence pour pouvoir se parler.

J’ai envie d’aller au cinéma.  De manger de la poutine.  D’aller au centre d’achats.  D’être anonyme dans la grande ville.  D’aller sur Facebook et de pouvoir regarder mon fil d’actualité sans que ça prennent 10 minutes loader la page.

Je.Suis.En.Choc.Culturel.

Ahhhhh.

Ça arrive à tout le monde, même si tant de voyageurs se targuent de ne jamais l’avoir vécu, c’est le choc culturel!  Drôle de bête émotive, c’est une sorte de fatigue, d’intolérance, qui nous attrape le cœur, quelques semaines après avoir été plongée à 100 % dans une nouvelle culture 😊 Ça arrive sans qu’on le sache, lors d’une petite frustration quotidienne, qui devient soudainement virulente pour une raison que rationnellement on ne saurait expliquer.  C’est de l’accumulation.  Comme si notre peau était à vif par rapport aux petits changements quotidiens de la vie dans un autre pays.

Le culturel est un cycle normal de la vie d’un voyageur, un passage obligé qui permet de réellement s’adapter à la vie hors de chez soi, une fois le cycle réalisé au grand complet.

Quand je suis arrivée à Birr, tout était absolument magnifique.  Vraiment.  J’ai tout de suite adoré ma famille d’accueil, l’air pur des montagnes de l’Himalaya, la simplicité de la vie, ici.  Apprécier les petits moments comme l’idée de n’avoir rien à faire le soir, que de s’asseoir sur le balcon pour prendre le temps de réfléchir.

Ça duré quelques semaines.  C’est la phase d’euphorie.  Un espèce de moment de joie intense où toute découverte est magnifique, où la culture d’accueil semble vraiment posséder des valeurs parfaites que tout le monde devrait suivre.  En Inde, je me disais : «Je respire enfin.  Loin des centres d’achats et de Facebook, je retourne à l’essentiel et ça fait du bien!  Tout le monde devrait vivre de cette manière»

C’est le moment où l’on apprécie les différences avec chez-soi, un moment où l’on rejette un peu d’où l’on vient pour glorifier l’endroit où l’on se trouve.

Puis, vient la phase du choc culturel où tout soudainement nous fatigue.  Les choses nouvelles que l’on appréciait tellement au début, deviennent des contraintes lourdes à respecter.  On s’ennuie de la maison, des codes culturels faciles à comprendre.  A un moment donné, j’étais tannée d’essayer de plaire à ma famille d’accueil ou encore d’essayer de comprendre les raisons pourquoi quelques fois, ils étaient fâchés contre moi.  Une fois, j’ai mis mes pieds en direction de la photo du Dalaï-Lama… oh boy, c’était la crise!  Mais comment est-ce que j’étais supposée savoir que les pieds sont impurs et qu’ils ne doivent jamais être positionné vers cette figure importante du bouddhisme tibétain? Arggrrrr

Puis, vient l’état de balance.  Un point dans le temps où l’on comprend que rien n’est parfait.  Ni sa propre culture, ni sa culture d’accueil.  Un moment où l’on comprend que les mondes sont différents et qu’il y a une richesse immense dans cette différence.  Il est possible de s’inspirer personnellement des deux pour se bâtir un monde à soi que l’on aime plus.  On arrive dans un état d’acceptation où l’on est conscient des défauts des deux endroits du monde et on vit avec, tels qu’ils sont.

Pour moi, le choc culturel a été un moment qui m’a permis de mieux apprécier ce que j’avais entre mes mains au Québec et mieux choisir ce que je voulais vraiment.  Parfois, des valeurs nous sont données par notre culture locale et on vit avec ces dernières sans vraiment les questionner.  Au contact de d’autres choses, on apprend à mieux choisir les lignes selon lesquelles on veut vivre notre vie et à mieux voir ce que l’on possède déjà et qui est absolument beau chez nous.

Et vous, avez-vous déjà vécu un choc culturel durant un voyage?  Comment y avez-vous réagi?

8 – La Missionnaire

Ça y est, après quelques jours d’adaptation dans ma communauté d’accueil, j’ai commencé à travailler : je suis volontaire pour le Deer Park, un monastère bouddhiste qui reçoit des touristes cherchant à faire des retraites spirituelles. Mon objectif donner par mon superviseur de stage : sensibiliser les gens du village où j’habite au respect de l’environnement. Je me sens importante, je sens que je vais faire la différence!

Je suis hyper motivée, j’ai plein d’idées! Il y a tellement d’initiatives à prendre! On pourrait faire imprimer des affiches, organiser un évènement, faire des rencontres avec les gens de la communauté! En fait, j’ai vu beaucoup de gens jeter plusieurs types de déchets (canettes, bouteilles et sacs de plastique, sac de chips, différents types de produits chimiques) directement dans les fossés un peu partout. Il y a tellement à faire!! Franchement, pourquoi les gens ne jettent-ils pas leurs déchets dans les poubelles!

Le lendemain de bon matin, je cherche un endroit où imprimer les affiches «Recycle! Keep our river clean!», mais il n’y en a pas. Il n’y a qu’un petit magasin qui vend quelques crayons, mais aucun marqueur. D’ailleurs, avoir du papier de la grandeur d’une affiche relève aussi du défi. Il paraît qu’il provient de la ville et que la personne de l’approvisionnement n’est pas passé depuis longtemps, la route est vraiment mauvaise pour aller jusqu’à Birr. Sur le coup, je n’en reviens pas que je ne peux même pas trouver du matériel qu’on retrouve au Dollorama chez nous. Je me retrouve à faire des affiches à la main avec des petits crayons, comme quand j’allais à l’école au primaire.

En après-midi, je les affiche dans mon lieu de travail, mais je me rends rapidement compte que personne n’y passe. Mon superviseur de stage me dit alors d’essayer de trouver les lieux significatifs où les gens du village passent leur temps. Je lui avoue que je ne sais pas… il me propose d’aller au petit restaurant du village. Ce que je fais sur le champ.

Deux semaines après, les affiches commencent à perdre de la couleur et de toute évidence tout le monde continue à mettre ses déchets dans la rivière. Les affiches font pratiquement partie du mur maintenant. Elles sont couvertes de la suie du restaurant. D’ailleurs, personne ne les lie vraiment. Les gens parlent anglais approximativement, je ne sais pas s’ils lisent cette langue. J’aurais dû y penser… faire les affiches dans la langue locale du pays où je travaille. En fait, je suis un peu découragée, mes efforts pour rendre ce village plus vert n’ont pas donné aucun effet, vraiment aucun. J’ai l’impression que malgré toute l’énergie que j’ai donnée, rien ne s’est passé. Ouf.

Quelques semaines plus tard, dans un autre village, la situation se répètera. J’organiserais une activité où les gens seront invités à ramasser les déchets dans le fossé à la place de les brûler directement. J’ai fait des affiches que j’ai mis encore une fois dans les restaurants. Quelques personnes sont venues m’aider, mais le lendemain on aurait dit que rien ne s’était passé : des gens ont jeté des déchets dans le fossé et il y a presqu’autant qu’avant.

Assise sur le balcon de la maison où j’habite, je me rends compte que je ne suis vraiment pas au pays de l’évènement Facebook «Ma ville, ma santé : ensemble pour une ruelle verte!» et du hashtag #vivrevert, #jesuisminimaliste, et même si j’avais les même moyens qu’au Québec, les gens n’ont pas tendance à écouter quelqu’un qui vient de débarquer chez eux par le dernier avion. J’aurais dû faire porter mon message par une personne significative pour la communauté.

D’ailleurs, je ne sais même pas si je réponds à un problème si important que ça finalement. Je sais, le fossé est sale, mais en parlant avec ma mère de famille, je me rends bien compte qu’elle a d’autres préoccupations comme amasser assez d’argent pour faire le paiement pour l’école de ses enfants. Elle me mentionne que oui les sacs de chips jonchent le fossé, mais les couches d’enfants aussi! Et c’est ce qui va dans l’eau! Il faudrait faire une collecte de déchets, oui, mais qui va payer les gens? Elle me demande également pourquoi j’ai choisi de travailler sur les déchets dans le fossé. Est-ce que j’ai pris le temps de demander aux gens du village ce qu’ils pensent vraiment des éléments à changer au sujet de l’environnement? Bon, je me sens un peu stupide et je me rends compte que changer des habitudes de vie est beaucoup plus complexe que ce que je pensais.
Finalement, j’apprends surtout à prendre mon temps pour comprendre le milieu où j’arrive.
A observer, avant d’agir.
A intégrer que ma perception initiale des choses ne colle jamais vraiment avec la réalité de ce que les gens locaux perçoivent d’eux-mêmes. J’apprends aussi que sans expérience du milieu où je débarque, je ne possède pas la savoir nécessaire, ni les connaissances pour trouver des solutions adaptées aux défis et moyens locaux.
La vérité, c’est que moi la nouvelle touriste de 17 ans arrivée depuis deux semaines, je ne vais pas changer les choses, je n’ai aucune crédibilité. C’est impossible pour moi d’arriver dans un village et de changer comment les choses fonctionnent depuis des années en un instant. Les gens du village sont les propres acteurs des changements qu’ils voudront eux-mêmes intégrer dans leurs propres modes de vie. A titre de coopérante, je ne suis peut-être que la personne qui va créer certaines opportunités pour les gens de se parler, de discuter de réfléchir sur leur qui peut et doit être fait selon eux dans leurs villages.
Et à travers tout cela, je vais surtout apprendre à me changer.
Je me rends compte que c’est ça finalement un stage d’initiation à la coopération internationale. C’est prendre conscience de sa propre petitesse par rapport aux réalités étrangères et avaler une très bonne dose d’humilité, finalement je ne pense pas que c’est à propos de changer le monde. 😉

7 – Comment le Dalai-Lama a changé ma vie

Quand je suis partie pour l’Inde, quelqu’un m’a donné le livre «The Art of Happiness» écrit par «His Holiness The Dalaï-Lama».  A l’époque, je ne connaissais pas grand-chose de la tradition bouddhiste, encore moins de la tradition bouddhiste tibétaine.  A 17 ans, en fait, je savais, seulement que j’étais née au Québec dans un cadre de vie assez confortable et qu’éventuellement j’allais aller à l’université pour avoir un emploi stable et me permettant d’avoir un revenu me permettant de vivre normalement.

Normalement.

Depuis mon arrivée en Inde, je me demandais bien ce que pouvait bien dire le mot : « vivre normalement ».  A l’époque, j’étais probablement en train de vivre en choc culturel, même si je ne voulais pas me l’avouer.  Normalement, normalement, est-ce que ce mot voulait vraiment dire quelque chose?

Depuis mon arrivée,

  • j’avais cessé de prendre ma douche avec un pommeau de douche m’offrant une quantité illimitée d’eau,
  • ma capacité à avoir accès à une variété de légumes frais avait complètement disparu et mon alimentation se limitait maintenant à du riz et des bines,

  • la maison dans laquelle je dormais n’avait pas de chauffage et était franchement bouillante le jour et franchement humide et froide la nuit,

  • j’avais commencé à laver mon linge à la main, car la famille d’accueil où j’étais n’avais pas de laveuse et de sécheuse.

Autour de moi, je voyais bien que les gens ne vivaient pas de la même manière que chez moi, et surtout qu’ils n’avaient pas tous accès aux mêmes services, ressources… et rêves que moi.  Je réalisais peu à peu que le plan de tout le monde n’était pas : «aller à l’université pour avoir un emploi stable et me permettant d’avoir un revenu permettant de vivre normalement».  Ça m’a frappé.

Pour des membres du groupe avec lequel nous vivions, les situations nommées ci-haut provoquaient de grandes frustrations.  Et c’était normal… c’est vrai que la vie était «plus dure», ici.

Au même moment, je lisais ce livre du Dalaï-Lama.  Un passage surtout parlait de la perception des choses, de la manière dont on peut contrôler son esprit, afin de voir autrement ce qui est face de nous.  Le Dalaï-Lama disait que nous avons, au final, peu de contrôle sur les choses, et que c’est notre manière de voir ces dernières qui fait réellement une différence.  Il parlait d’apprécier ce qui est là tel quel, même si c’est vraiment imparfait.  D’y trouver de la joie, la beauté.

Bref, malgré les nombreux irritants de ce voyage, j’ai cessé de percevoir que la vie «devait» être comme «cela».  J’ai surtout compris que je venais d’un milieu absolument privilégié comparé à de très nombreux endroits dans le monde et que franchement je devrais vraiment apprendre à baisser mes standards et à transformer ma perception des choses, à me trouver chanceuse d’avoir ce que j’ai.

Grâce à cette philosophie, j’ai réalisé un voyage extraordinaire où j’ai arrêté de comparer ce que je vivais avez chez nous et j’ai appris à apprécier ce qui était franchement différent, ici.  Je me souviens de moments tout à fait magiques sur le toit de l’immeuble où j’habitais à Dharamsala.  Mes soirées préférées étaient les instants où je faisais mon lavage à la main!  Perchée sur ce troisième étage au cœur de l’Himalaya, je contemplais les montagnes et franchement je ne me suis jamais ennuyée de ma laveuse là-bas!   Question de perception!

 

6 – Parler culture autour d’un thé au beurre tibétain

En 1950, la Chine a envahi le Tibet.  Deux raisons principales justifiaient alors ce choix.  Premièrement, la Chine proclamait alors que ce territoire lui avait toujours appartenu.  Deuxièmement, que les Tibétains  vivaient dans un système sous-développé culturellement et religieusement arriéré.  «Cette libération» aura donné lieu à une occupation chinoise massive toujours en place aujourd’hui, et l’exil de milliers de Tibétains au Népal et en Inde.

C’est donc dans une de ces familles tibétaines exilées que je me suis retrouvée en Inde.

A l’époque, et encore aujourd’hui, je trouvais cette expérience complètement incroyable.  J’avais la chance de vivre au cœur d’une situation politique intense de manière quotidienne, puisque je partageais la vie de ces gens au jour le jour en habitant avec eux.  Non seulement, j’étais en position d’en apprendre plus sur leur culture, mais également d’en savoir plus sur leur vécu par rapport à la Chine, surtout quant au déplacement auquel ils ont du faire face suite à la perte l’indépendance de leur autrefois dit «pays».

Assise autour d’un thé salé, un thé noir où un large morceau de beurre avait été fondu, je pouvais donc parler à ma mère de famille d’accueil de comment les habitudes culturelles tibétaines s’étaient transformées à travers ces événements tragiques.  Sur le moment, je m’étonnais qu’à des kilomètres du Tibet, on buvait encore ce thé brûlant et calorique avec une température aussi chaude et intense que celle de l’Inde.   Ma mère de famille semblait être très attachée à cette tradition.

13 – Parmi les yacks

Des années plus tard, à la frontière du Tibet, les os alors transis par le froid devant une horde de Tibétains nomades vivant dans des yourtes, j’ai compris pourquoi ce thé gras et salé était extrêmement satisfaisant : il permettait de résister au froid glacial et humide de cet environnement natal unique.   Ce thé, toujours bu maintenant en Inde dans cette famille tibétaine, et que je buvais maintenant avec ma mère de famille symbolisait l’importance la pérennisation de la culture tibétaine malgré la perte de la souveraineté son territoire.

Bref, avec ce thé, j’apprenais à comprendre avec tellement de profondeur, qu’est-ce que qu’avait été l’Exil, comment on fait pour garder sa culture quand elle est massacrée et interdite par l’invasion d’un autre peuple, et appelée à s’adapter dans un autre pays.  Comment on essaie de la garder, et aussi pourquoi quelques fois, on n’y arrive pas.  Dans ce contexte, boire du thé salé au beurre à 40 degrés fait tout à faire du sens : c’était l’idée de préserver son identité par la perpétuation de la tradition.   C’était l’idée de rester soi-même, et de s’en servir comme base pour se rebâtir dans un nouveau milieu.

J’apprenais surtout comment la Culture, fait partie absolument intégrante de l’identité, et comment c’est un outil de résilience central pour survivre aux traumatismes d’événements historiques.  Pas besoin de dire que je me sers constamment de ce savoir dans le cadre de mon travail actuel dans une communauté autochtone.

 

5 – A la douche!

Je regarde le seau rempli d’eau froide avec un sourire sarcastique, toute nue dans la salle de bain.  L’eau est vraiment froide, et il y a en peu, mais mon petit seau est plein.  Bon, j’essaie de comprendre la logique de la chose, de savoir comment je vais faire ça, prendre ma douche au seau d’eau.  Ma mère de famille d’accueil a insisté, c’est aujourd’hui que je me lave… et que ça saute, ici, il n’y a pas de gens pas propre, surtout pas sa fille d’accueil!  Elle m’a donné un gros seau, puis un p’tit bol, puis elle a tourné les talons pour retourner à la cuisine.

Je repense à la douche chez mes parents.  L’eau chaude à volonté, le bouton avec lequel tu peux décider de la température.  Le jet d’eau avec une roulette qui tourne, afin que je puisse choisir la forme du jet.  Ouin, ici, c’est un peu différent.  Tranquillement, je m’agenouille sur le sol en céramique, je m’asperge d’eau à grands frissons.  Puis, j’entreprends de me savonner le corps et les cheveux.  L’eau est glacée, je me dis que je ne prendrais pas ma douche souvent ici en levant les yeux vers le ciel.

Oh!

Je-ne-suis-pas-seule!

Je prends ma douche avec une belle grosse araignée poilue grosse comme ma main, dans le coin à droite de la pièce. Ahhhhhh, je déteste les bébittes! Rapidement, je prend mon p’tit bol, le rempli d’eau à grande vitesse et m’asperge à grand jets les cheveux la tête virée par en avant.  L’eau utilisée revient dans le seau, car la quantité est limité.  Soudainement, je n’ai plus vraiment froid.  Hop, hop, de l’eau partout.

Vite, je m’enroule dans ma serviette en micro-fibre et retourne dans ma chambre presqu’en courant.  Oufffff, j’ai pris ma première douche au seau!

Dans les prochaines semaines, je m’habituerais facilement à cette nouvelle manière de me laver et cela me servira dans tous mes futurs voyages.  Dans presque tous les endroits où j’ai voyagé les gens se lavent quotidiennement avec un seau.  Aujourd’hui, je trouve cela tout à fait normal.  A partir de ce moment, j’ai réalisé la quantité astronomique d’eau que j’utilisais chez moi au Québec dans une douche régulière et j’ai cessé de prendre l’accès à cette ressource pour acquis.

Entre temps, l’épeurante araignée est restée dans son coin à m’observer dans mon habit de naissance.  Effrayée, j’en ai économisée de l’eau cet automne-là à avoir peur de me faire manger par l’araignée géante!  Un jour, j’ai été vraiment tannée de la terreur de cet insecte à 8 pattes.  Habillée de la tête au pieds et un filet sur la tête, j’ai pris les grands moyens : je voulais la chasser avec un balai!!! L’adrénaline au bout, je l’ai picossé pour quelle se sauve enfin! Arghhhhh!

Son cadavre mort est alors tombé dans mon seau d’eau.  Beurk!

J’ai pu enfin avoir la paix en pennant ma douche… ou plutôt mon seau!

4 – La familia!

Arrivée à Birr, je rencontre enfin ma famille d’accueil.  Pour le prochain mois et demi, j’aurai une nouvelle mère, une nouvelle sœur et un nouveau petit frère.  Ils me considéreront comme un membre de leur clan et je les suivrais dans tous ce qu’ils font.  L’idée d’aller vivre en famille est simple : en vivant côte à côte au quotidien du réveil à la tombée du jour, j’apprendrais à découvrir en profondeur la culture locale.  Des habitudes de sommeil, à l’alimentation et la consommation d’alcool, j’en apprendrais également plus sur leur habillement, leurs emplois, leurs rites religieux.  La liste de ce que j’ai à apprendre est longue!

A peine arrivée, déjà je remarque tellement de choses qui sont différentes de chez moi.  A l’époque, je me faisais de grandes réflexions!  Je découvrais pour la première fois tellement de choses!

Premièrement, il y avait beaucoup de déchets un peu partout.  Pas de déchets dans les poubelles, mais dans les fossés, les canaux, les rivières, sur le bord des trottoirs.  Beurk!

Dans un deuxième temps, le boucher du village opérait dans un espace entouré de moustiquaire et fait en planches de bois.  J’avais beau regarder et regarder encore, il n’y avait pas de frigo chez le boucher.   D’ailleurs, la coupe de la viande se faisait aussi de manière différente… A chaque client venu, l’homme découpait un large morceau directement de la carcasse suspendue à l’air libre.

Ces éléments me choquaient.  Sur le coup, je me disais… ouf! le sens de la propreté est horrible ici et oh mon dieu, je pense que je vais devenir végétarienne!  La viande n’est pas fraîche!  Oui, j’apprenais bel et bien à découvrir le choc culturel!  Tellement de choses de ressemblaient pas à chez moi, et formaient des contradictions dans ma tête.  Sur le coup, je trouvais ça vraiment dégueu!

Au  fil des années, j’ai appris à comprendre que ce qui peut ne faire aucun sens pour moi au début, demande une réflexion plus en profondeur, et que le jugement rapide sur une situation qui apparaît choquante ne sert à rien.

Par exemple, quand je revois ces piles de déchets un peu partout en comparaison à nos belle poubelles d’Occident, je pense aussi aux sommes astronomiques de biens de consommation achetées et formant, par exemple, des montagnes de déchets électroniques chez nous.  Je me dis alors que les gens du village où j’habitais allaient probablement moins consommer dans toutes leurs vies moins que moi au Canada durant quelques années.  Alors qui est vraiment plus propre pour l’environnement?

Et le boucher.  La viande non réfrigérée ne m’a jamais inspirée 😉 Mais j’ai compris par la suite que la viande du boucher est presque toujours fraîche, car il tue les animaux en fonction des besoins du moment et il n’y jamais pas de gaspillage.  Ce n’est pas comme nos supers marchés où tout est disponible tout le temps et où il y a tellement des surplus qui ne sont pas mangés.

Bref, j’étais bel et bien en Inde.  Et grâce, à ce voyage m’a tête bouillonnais de nouvelles réflexions.  D’ailleurs, le choc culturel se pointait déjà le nez!  Et puis, vivant avec ma famille d’accueil, j’étais au meilleur endroit pour en apprendre plus!

3 – Une leçon de voyage de base

J’ai vraiment envie de pipi.  Durant le trajet d’autobus que je prendrais de Delhi à Bir, le petit village de Himachal Pradesh où je vivrai dans les prochains mois, le chauffeur d’autobus ne s’est arrêté qu’une fois.  En 14 heures de route.

Difficile de communiquer au chauffeur d’autobus qui ne parle que l’Hindi, qu’il faut qu’il s’arrête absolument maintenant, car je n’en peux plus, moi, qui avait envie après deux heures. L’autobus est bondé, de toute manière impossible de me rendre à lui.

Plusieurs heures plus tard, nous nous arrêtons enfin.  Devant un champ vague.  Ouf.  Les filles de mon groupe capotent.  Moi, aussi d’ailleurs.  Je ne comprends pas ce que je suis supposée faire à part restée plantée là.  Je ne comprends pas cette logique, de me demander d’aller à la salle de bain là où il n’y a pas une herbe plus haute que ma cheville.

J’imagine que c’était plus fort que nous, car en l’espace de quelques secondes, je revois dans ma tête cette image indélébile et absolument cocasse où nous, la dizaine de filles du Québec, nous faisons pipi en rond, dos-à-dos chacune des autres, crampées de rire devant les regards tout-à-fait incrédules des passagers Indiens de l’autobus.

Première péripétie saugrenue du voyage!

Revenue dans l’autobus, je retiens tout de suite la première leçon de ce périple :

  • Andy, les transports de voyage ne sont pas toujours confortables, et surtout vessie-friendly ; svp évite de boire un deuxième café avant de prendre l’autobus!  Hi, hi, hi.  Impossible de ne pas dire qu’à partir de ce moment, je n’ai plus jamais oublié cet élément, que j’ai été en Inde, au Népal, au Nicaragua ou en Papoisie, les chauffeurs font leurs chemins et toi, tu suis. 🙂

Et vous, est-ce que vous avez déjà vécu une situation comme celle-ci?

 

 

2 – Question de vocabulaire

Je suis arrivée à Delhi de nuit. Oh, du haut de mes 17 ans, comme tout avait l’air effrayant. C’est fou comme tout a l’air plus effrayant la nuit, d’ailleurs.
Je me souviens des grandes autoroutes avec des bords blancs et noirs en ciment et du tintamarre assourdissant de la ville et des coups de klaxons. Je n’avais aucun repère.

Dans ma tête, je me répétais sans cesse ce qu’on m’avait dit au Cégep : c’est un stage d’initiation à la coopération internationale.  Je ne m’en vais pas sauver le monde!  On me l’avait répété 100 fois plutôt qu’une pour que je sois vraiment consciente de l’objectif de mon voyage, et surtout pour que je m’enfle la tête le moins possible.  Je me souviens que dans ma famille proche et élargie, on me disait souvent : «oh, tu t’en vas faire de l’aide humanitaire!» Non, non, non, je répondais, l’humanitaire, c’est de l’aide d’urgence offerte par des professionnels en cas de catastrophe, guerre, etc.  Je vais plutôt faire de la coopération internationale, donc des projets sur le plus long terme dans une optique d’échange.  Selon mes professeurs, c’était vraiment plutôt de l’initiation, parce qu’avant d’être opérationnelle sur le terrain, il fallait vraiment que j’apprenne la base de l’échange interculturel et que j’acquière la capacité de simplement à vivre «ailleurs».

Bref, c’était la première fois que j’apprenais la définition de ces mots-là : humanitaire, choc culturel, coopération.  Au fond de moi, j’avais quand même une p’tite envie d’aider, de faire une différence.  Avant même d’avoir mis les pieds dans mon village d’accueil, j’avais vraiment l’impression que j’allais «aider», que je «savais» des choses.  J’avais tellement des bonnes intentions, mais j’allais me rendre compte dans les prochaines semaines que j’étais également un p’tit peu trop naïve.  😉

Bref, le lendemain, je mettais les pieds pour de vrai à Delhi.  Déjà, j’étais fascinée par l’usage extrême du klaxons, les minis rues, les rickshaws et les mendiants.  J’allais me rendre compte bien vite qu’avant «d’aider», il fallait que je comprenne et j’accepte tel qu’il l’est mon environnement.

1 – Avec mes grands yeux de 17 ans

Je pars à l’autre bout du monde.  C’est mon premier grand voyage toute seule.  J’ai tout à apprendre.  Je suis si jeune.  Je ne sais encore rien.  Je sais juste que j’ai passé mon enfance à lire des magazine National Geographic, et que c’est maintenant le grand moment.  Je pars en Inde avec un programme offert par mon cégep pendant 3 mois, science humaine, profil monde.  Pas de famille, pas d’amis, pas de copain, il n’y aura que moi et tellement de magnifiques choses à découvrir.  J’étais tellement curieuse de découvrir comment le monde pouvait fonctionner différemment et continuer de fonctionner malgré tout.

Je me revois à 17 ans.  Le coeur et la tête dans les nuages, rêveuse, passionnée.  Je repense à cette jeune fille naïve et tellement heureuse d’enfin partir découvrir le monde!  Ça me fait tellement sourire.

Je ne pense pas que j’avais une idée de comment ce voyage allait changer ma vie.  Car il l’a fait.  Mon voyage en Inde a créé en moi une passion dévorante pour le voyage, pour ce qui est différent, pour la découverte de nouvelles cultures autre que la mienne.  Ce voyage a forgé ma personnalité et la façon dont je vois la vie.  Grâce à ce saut dans le vide (encadré par mon cégep bien sûr) , je n’ai pas eu si peur que ça, des années plus tard, d’acheter un billet pour l’Éthiopie ou pour la Chine pour continuer mon chemin.

D’ailleurs, c’est probablement grâce à ce voyage que je travaille aujourd’hui comme enseignante dans une communauté Inuite du Nunavik, le grand Nord.  Chaque jour, je me sers quotidiennement des outils que j’ai appris de ce premier voyage ; lorsque j’ai appris à laisser de côté mes lunettes culturelles pour apprendre à mieux écouter pour mieux comprendre.

Aujourd’hui, je vous invite à revisiter avec moi mon voyage dans ce pays énigmatique qu’est l’Inde, avec mes yeux de jeune adulte de 17 ans.  Ces tous premiers moments de réflexion, où je me suis questionné sur la pauvreté, les pays dits «en développement», les inégalités sociales, la colonisation et la coopération internationale, et surtout où j’ai appris mes plus grandes leçons de vie.

Et vous, avez-vous un voyage qui vous a marqué de cette manière?

 

14 – A l’école de la vie

Aujourd’hui, je quitte le Cameroun le cœur gros.  Comme à chaque fois que je quitte un pays, je repense avec nostalgie à tout ce que j’y ai vécu… aux milles et unes aventure que j’ai vécues bien sûr…  comme :

La chasse aux petits mammifères et python, en pleine jungle :

10 – A la trappe camerounaise!

Cette traversée épique et effrénée de Douala à moto :

4 – Les parapluies camerounais

Ou cette visite surprise et risquée de la frontière du Nigéria :

8 – A la frontière du Nigéria

Toutefois, je pense également aussi beaucoup aux grandes leçons de vie que j’y ai appris.  Ce qui est pour moi, le plus riche.

Comme cette idée que toutes les connaissances sont valables, et que personne n’est ignorant :

11 – Le coconut

En fait, chaque fois que je pars en voyage, j’ai l’impression de refaire mon baccalauréat.  C’est certainement dans ces moments privilégiés que j’ai le plus appris.  Que ce soit à l’arrêt d’autobus ou au marché, je fais l’expérience au quotidien de concept comme l’économie locale versus la mondialisation et le développement.

9 – Le poisson du village

Ou encore de l’impact du tourisme sur les populations locales :

7 – Négocier serré

Bref, aujourd’hui, je pense aussi bien fort à mon ami Gabin, rencontré par hasard dans un souper entre ami.  Quand je l’ai rencontre, il commençait son baccalauréat au Canada avec tous les défis que ça représente d’arriver dans un nouveau pays.  On n’avait pas eu la même enfance, ni la même histoire de vie, lui au Cameroun, puis moi au Québec.  On s’est toute de suite bien entendu et encore aujourd’hui, nous sommes toujours de très bon amis.  Je suis vraiment heureuse de m’être assise ce jeudi soir d’automne pour entendre ses milles et unes aventures du Cameroun, sur ce pays qu’il qualifiait du plus beau bijou d’Afrique.

Et, il n’avait pas menti.  Le Cameroun est un pays absolument fabuleux, intéressant sur tous les plans et vraiment, vraiment beau.  Je suis encore aujourd’hui absolument reconnaissante qu’il m’ait fait l’invitation de venir, afin que je puisse découvrir sa culture.  C’était mon deuxième voyage en Afrique et je continue toujours à dire que c’est un continent ignoré par les voyageurs, mais qui a tellement de beautés à offrir.

Je tiens à souligner que c’est dans la différence que l’on apprend le plus.  Que c’est en allant vers l’Autre, qu’on enrichit le plus sa vision du monde et qu’on apprend à vitesse grand V sur la vie.  Que si je n’avait pas appris à connaître Gabin cette soirée-là, je n’aurais jamais pu avoir accès son monde, sa culture, ses opinions, son histoire…  et je serais vraiment passé à côté de quelque chose d’inestimable.

Et vous, quelles grandes leçons de vie avez-vous apprises de vos voyages?

13 – Trésors de bronze

Je suis toujours à Bafoussam au marché.  Je regarde les couleurs et les gens…  j’adore ces endroits!  J’adore me promener entre les stands faits de bâtons de bois et de tôle, dans les allées infinies de terre battues.  Le marché sent la terre mouillée, il vient de pleuvoir.  Et puis, je vois quelque chose que je n’ai jamais de ma vie… de géantes statues de bronze.

Rapidement, un homme vient me parler et commence à me parler avec tant de fierté de sa fabrique.  Il me montre le charbon avec lequel il alimente le feu à haute température faisant fondre le métal.


 

Puis, l’endroit où le feu est fait.

Enfin, il n’emmène où sont les moules en terre cuite à l’intérieur desquels le métal liquide est inséré et prendra ensuite la forme voulue.

Ensuite, il me montre le résultat fini, juste après le démoulage.

Puis, finalement, les différentes pièces de bronze, suite au polissage.

La fabrique est un endroit un peu étrange et tellement chaud.. partout de grandes et de petites statues en forme d’humain, de chats, d’oiseaux me font face.  A travers cet art, j’en découvre un peu plus sur le folklore camerounais, les histoires et les contes de ce fabuleux endroit du monde, et une fois de plus, je suis tellement d’en connaître plus sur la richesse de cette culture. Je suis totalement fasciné par le processus de fabrication ces statuts et par l’expertise des travailleurs de la fabrique.   C’est magique!

Et vous, avez-vous déjà visité un fabrique comme celle-ci? Où cette fabrique se trouvait-elle?

12 – Histoires oubliées du Cameroun

Me voici dans l’Ouest du Cameroun, une partie du pays du pays complètement différente de celles que j’avais visitées.  Ici, les gens sont majoritairement de confession musulmane et parlent principalement anglais.  Je savoure ce nouveau paysage et cet autre visage de la culture camerounaise.

D’abord, je me réhabitue au son de la première prière, célébrée vers 4h00 du matin et entendue dans toute la ville à partir des minarets de la mosquée.  J’avais déjà vécu cette expérience au Bangladesh et chaque fois, je suis fascinée par cette voix grave qui donne une ambiance mythique aux réveils.

Tôt le matin, je m’oriente vers le marché où j’admire les couleurs des vêtements des femmes.  Elles portent fièrement leurs boubous, des grandes robes fabriquées à la main par des couturières locales.  Inspirée, je me fais moi-même faire un habit!  J’avais déjà tenté l’expérience dans plusieurs pays, comme au Vietnam, au Cambodge ou en Inde; les vêtements locaux sont de toutes évidences les mieux adaptés à la culture locale, et c’est l’occasion idéale de se faire faire des vêtements sur mesure tout en encourageant l’économie du coin.

Le marché de Bafoussam est l’un des plus beaux que j’ai vu.  On peut y trouver une variété extrêmement impressionnante d’épices fraîches récoltées dans les environs.  D’ailleurs, j’en profite pour faire le plein, afinremplir les armoires de mon appartement à Montréal.  La femme à qui j’achète toutes ces épices a de grands yeux ronds voyant tout ce que je prenais, je sais qu’en lui achetant directement ses produits, j’investie dans sa famille et son commerce.

Puis, je me dirige vers le point culminant de la ville…  le château!  Sincèrement, c’est la deuxième fois que je tombe sur le telle construction en Afrique.  C’est absolument magnifique.  Je suis toujours étonnée de constater à quel point j’en sais peu sur l’histoire du continent avant la colonisation.  Devant cet imposant bâtiment, dont un géante fresque de céramique décrit l’évolution et les personnes y ayant séjourné, j’ai le même sentiment que lorsque j’avais découvert un autre château en Éthiopie : http://pleinairvoyagesetcompagnie.com/2015/08/11/gundar-la-magnifique/.

Je découvre avec surprise toute l’histoire de la communauté Bamoune et sa descendance sur le trône.  La visite est très bien organisée par des guides locaux passionnés par le partage de leur savoir.

Mon ignorance me fend le cœur et j’en reviens à même conclusion que je m’étais faite lors de mon précédent voyage en Afrique de l’Est : l’Afrique est remplie de si multiples richesses, personnes, histoires et savoirs…   http://pleinairvoyagesetcompagnie.com/2016/03/12/40-epilogue-de-cette-epopee-africaine/

Je suis toujours aussi choquée de constater à quel point le reflet de ce qui nous est transmis en Occident concerne simplement la pauvreté et/ou les conflits présents dans certaines régions, alors que des villes dynamiques comme Bafoussam sont si belles et ont tellement à offrir aux voyageurs.  L’industrie du voyage sac-à-dos est inexistence dans cette partie du monde pour plusieurs raisons, mais entre autre pour cette dernière, l’image erronée transmises de ces lieux ou le manque de médias donnant accès à de telles informations.  Bref, je suis tout à fait enchantée d’avoir mis les pieds dans cette partie du Cameroun, d’avoir pu en savoir plus sur cette partie fascinante du pays.

Et vous, saviez-vous qu’un tel château existait au Cameroun?  Avez-vous déjà fait ce genre de découverte dans un pays où vous ne vous y attendiez pas?

11 – Le coconut

Quand je m’assoyais sur le bord de la plage dans le village où j’avais décidé de me poser quelques jours, il avait toujours un petit garçon qui venait s’asseoir près de moi.  Il se couchait sur le sol, la tête dans les mains, et il me dévisageait sans remords, curieux.  Puis, il s’est mis à me parler, à me poser des milliers de questions : d’où je venais, où j’allais, pourquoi j’étais ici, où était le Canada, c’était quoi le Québec, combien coûtait mes souliers, et tout le tra la la.

A l’époque, je voyageais avec des amis, et le petit garçon nous suivait un peu partout.  Sans qu’on lui demande, il était là.  On aurait pu le trouver collant, insistant, et avec toutes ses questions… un peu ignorant…

Et pourtant, il cherchait par tous les moyens en savoir plus sur nous, mais surtout sur le monde, et avec toute cette curiosité, il a saurait bientôt bien plus que nous tous réuni, même s’il ne savait où placer le Canada sur une carte.

Un peu plus tard, j’ai passé pas moins d’une heure à essayer d’enlever la croûte épaisse de la coconut qui était tombé à pied.  Je me suis fais mal aux mains et je me suis un peu coupée.  Quand le garçon m’a vue, il a éclaté d’un grand rire vif! C’est que j’étais en train de peler un coconut pourri!! Voyons, comment j’avais pu faire pour ne pas le voir!! C’était si évident!  En deux temps, trois mouvements, le jeune adolescent avait grimpé l’arbre cueillir une noix fraîche, et de trois coups de machette bien précis à des endroits stratégiques, avait pelé le fruit pour me permettre d’enfin le manger et d’en boire le jus.  Cette fois-ci, il m’avait trouvé vraiment stupide de ne pas savoir comment faire, moi l’adulte qui a parcouru le monde.

Ce que ce coconut m’a fait comprendre, c’est qu’il n’y a pas vraiment d’ignorance, mais plus d’expériences de vie différentes aussi riches les unes que autres, et que du haut de mon grand monde occidental, je n’en sais pas plus que quiconque.  Que les connaissances que j’ai appris à partir de mon lieu de naissance, ne permettraient pas nécessairement de survivre dans un autre environnement, tel que ce coin d’Afrique par exemple.  Aujourd’hui, je ne trouve jamais plus personne ignorant… où peut-être seulement celui qui pense que l’Autre l’est, sans vraiment s’intéresser à lui. 😉

Et vous, avez-vous déjà eu des dizaines de questions de la part d’un enfant en voyage?  Comment avez-vous réagi?